Un film des années 1900-1910, ça peut être chiant à regarder ! Qualité d'image moyenne, pas d'histoires incroyables... Jusqu'à ce qu'on découvre Le Voyage dans la Lune, on a eu la chance que ce film soit conservé, car sinon on serait passé à côté de quelque chose de grand !
Le Voyage dans la Lune commence avec un colloque réunissant des spécialistes de l’astronomie. Il s’agit en effet d’un Congrès scientifique. Celui que l’on peut appeler le maître de conférences, le professeur Barbenfouillis, présente un projet qui paraît complètement fou : faire un voyage sur la lune ! Le projet prend forme et le voyage enverra sur l’unique satellite terrestre 6 spationautes. De la Lune, nos compagnons verront notre chère et précieuse Terre. Mais comme il s’agit d’une œuvre de science-fiction, toute la bande se fait enlever par des Sélénites, habitants de la Lune. Ils réussiront cependant à tous s’échapper en capturant en bonus un de ses autochtones. De retour sur Terre, tout le monde acclame les spationautes et affiche au grand jour leur trouvaille quelque peu originale.
Beaucoup de comédiens apparaissent, notamment au début du film. On imagine la mise en scène compliquée pour diriger tout ce beau monde, mais surtout, ce qui est frappant, ce sont les décors, avec en point d’orgue l’obus qui sert de moyen de transport vers le satellite qui a donné son nom à un jour de la semaine. Une image qui reste du film encore de nos jours, c’est l’atterrissage de l’obus sur la Lune, ou plus précisément dans l’œil droit de la Lune. Il faut noter que cette prise de vue subjective fut la première de tous les temps et montre évidemment une marque de fabrique de la part de George Méliès. Alors oui, je sais, les 6 spationautes arrivent sans casque ni combinaison et arrivent à respirer quand même, mais on ne savait pas grand-chose de la Lune en 1902, soyez indulgent ! La vision de la Terre vue de la Lune rappelle bien sûr la photographie de William Anders (qui elle, est réellement celle de la Terre vue de la Lune). Ce film est l’un des exemples les plus influents sur l’utilisation des fondus de la part de Méliès, ne serait-ce que pour la transition entre chaque plan, mais aussi pour l’apparition des comètes, des étoiles et autres, faisant presque penser à un délire à la The Big Lebowski, montrant les rêves des spationautes. Bon là certes, on a plus l’impression que nos astronomes sont dans une cave, puis dans une espèce de forêt bizarre, mais George Méliès a fait preuve là de beaucoup d’imaginations. Je reproche une chose qui me semble importante, mais très en vogue en 1902, c’est l’implication des acteurs. Oui, c’est presque du théâtre et Méliès a cherché à montrer que le cinéma, c’est aussi de la fiction, mais on a l’impression que les comédiens en font des caisses, notamment lors du Congrès au début du film, mais ceci est compréhensible puisque qu’il fallait montrer les expressions davantage vu la qualité du matériel en 1902.
Grâce à cette œuvre (qui est la plus connue de sa filmographie), George Méliès marque un tournant dans le cinéma en dépassant les frères Lumières en terme de reconnaissance dans le domaine cinématographique, en particulier du public français et du public américain. De plus, les Frères Lumières filmaient des scènes « telles quelles », sans réels acteurs, alors que Méliès introduit un scénario et une théâtralité de la part de ses comédiens (parfois discutable, certes), rendant le cinéma plus fictif. Ce n’est pas surprenant de voir cette théâtralité, Méliès étant à la base un comédien de théâtre. La présence de femmes pas trop vêtues au lancement de l’obus et le conflit contre les Sélénites étaient originale, il faut le reconnaître. George Méliès exploite donc le potentiel artistique que peut apporter le cinéma. On peut trouver une similitude entre Le Voyage dans la lune et Histoire d’un crime, avec l’ellipse temporelle utilisée pour « modifier » le temps, ici, on voit l’apparition de la Grande Ourse, d’une comète, d’étoiles, tout cela pour montrer le temps de sommeil des spationautes. Pour ce qui est de la Lune en elle-même, ce n’est pas la première fois qu’elle apparaît sous cette forme. Déjà en 1898, Méliès projette La Lune à un mètre, avec justement cette même lune représentée. On peut aussi comparer Le Voyage dans la Lune avec Avatar, par rapport à l’innovation des techniques utilisées pour les effets spéciaux. On peut dire que George Méliès a inspiré quelques grands noms comme James Cameron, Stanley Kubrick, Orson Welles ou même Alfred Hitchcock, pour ne citer qu’eux. Le Voyage dans la Lune est donc un film à voir absolument si on veut se rendre compte des premiers effets spéciaux réalisés par un réalisateur français, mais aussi et je ne le dirais jamais assez, pour son originalité, sa poésie et son charme. C’est le premier film qui a le droit au nom de chef d’œuvre du cinéma. C’est un émerveillement pour les yeux et un bonheur à regarder ! Il mêle animation, fantaisie, et science-fiction. Il était en avance sur son temps ! George Méliès a ouvert la porte des possibilités infinies que peux offrir le cinéma. Regardez-le, sincèrement !