Un beau film, calme, silencieux et poétique. Le générique de début est assez anecdotique : d'énormes paquebots sont remorqués dans le port marchand du Havre. La musique nous met par contre tout de suite dans l'ambiance, une ambiance délétère, angoissante, poisseuse et mauvaise qui ne nous quitte plus. Le défaut principal du film est son rythme, qui est pourtant le meilleur pour traiter une histoire pareille avec autant de brio. C'est étrange justement, parce qu'au départ on se demande où on va, on ne comprend pas trop les tenants et les aboutissants, on s'attend à une enquête, à un mystère, mais on suit un personnage qui ne parle pas et un autre qui ne sait pas... Rien à se mettre sous la dent. Rien, sinon au bout d'un moment les phrases poétiques et sophistiquées des personnages. Car tous parlent bien. Cela pourrait être un défaut que d'entendre derrière les sons sortant de la bouche des comédiens les phrases écrites par Belvaux. Mais ces phrases expriment avec une telle précision et une telle poésie les doutes qui animent les personnages qu'on le lui pardonne facilement. Les dialogues ne sont justement pas réduits au minimum, ils font partie intégrante du travail exceptionnel du son dans 38 Témoins. Exceptionnel, oui, car avec ce film on comprend parfaitement la nécessité d'un César du Meilleur Son, ainsi que l'obligation de récompenser l'intégralité de l'équipe son : preneur de son, monteur son et mixeur. En effet, dans ce film, tantôt les personnages sont très loquaces, tantôt ils ne disent rien et on a le droit a des longs plans "silencieux" dans lesquels toute la magie de la création sonore se fait entendre, en plusieurs niveaux concentriques : ambiance appartement, bruits de plancher, vie de l'immeuble, bruits urbains, etc. C'est encore plus remarquable quand deux personnages ont beaucoup de choses à se dire, qu'ils se fixent, se sourient, ne se disent rien et partent. Quelle magnifique frustration ! Pour conclure je suis heureux d'avoir pris le temps de voir ce film sorti il y a déjà plus d'un mois. S'il reste encore en salle, ce que je lui souhaite, prenez le temps de découvrir ce film atypique, parfois dérangeant, mais très poétique.
Source : Plog Magazine, les critiques des ours
http://lescritiquesdesours.blogspot.fr/2012/04/38-temoins.html