Flav43
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4 - Très bien
Dans le quartier israélien de Mea Shearim, «Kadosh» (Israël, 1999) d’Amos Gitai suit le parcours quotidien de deux sœurs immergés dans le milieu ultra-orthodoxe de la judaïté. Emprunt de l’empathie usuelle à Gitai, «Kadosh» décrit avec une profonde sensibilité le trouble intérieur qui agit les personnages féminins. Accompagné d’une mise en scène soigneuse où les travellings déploient un espace clos de tous bords, le récit de «Kadosh», outre que de relater une condition de femmes modernes en Israël, brosse le paysage d’une communauté orthodoxe avec toutes les frustrations et les illusions qui y circulent. Bordé par une musique aussi liturgique qu’elle est élégiaque, «Kadosh», dont l’équivalent français signifie «sacré», côtoie l’ironie pour exprimer la désuétude d’une certaine pratique de la Torah. Membre de ces films antireligieux, «Kadosh», sans user d’une virulence superflue, explore les zones intimes de la religion pour mieux en souligner les vices et les carences. Le film s’ouvre sur un étudiant de la Torah qui, après s’être adonné aux gestes usuels qu’il accomplit à la gloire de Dieu, vient baiser le front de sa femme et la réveillé. Ce geste inaugural contient toute la délicatesse avec laquelle Gitai donne à voir et à entendre le paradoxe amour-haine que ressentent ses protagonistes. Le film compose sur ce thème sans jamais délimiter les séquences haineuses des séquences amoureuses. La réussite du film tient à l’expression juste de deux émotions a priori distinctes qui se retrouvent possiblement présentes dans le même acte. «Kadosh» réussit l’exploit de sourdre de l’amour un relan de haine et inversement en cultivant toute l’ambivalence des regards et des gestes. Par là, Gitai établit une excellente définition de l’orthodoxie : le culte de l’amour poussé à sa pratique la plus violente. Cette singulière approche du sacré pérennise avec sagacité un ton subversif qui ne quitte jamais le cinéma de Gitai.
Ajoutée le 05 juin 2009 à 17h35
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