Inspiré d'un fait divers belge, "A perdre la raison" nous entraîne avec intensité dans une sensation de mal-être et de dépression parfaitement interprétée par la talentueuse Emilie Dequenne et ses compères. Une petite mélodie répétitive en harmonie avec cette ambiance routinière, une prestation d'actrice remarquable, une histoire bouleversante où le rêve de petite fille s'écroule, bref le film prend aux tripes par son réalisme pour aboutir à une scène finale vraiment talentueuse. A découvrir.
A partir d’un fait divers survenu en 2007 à Nivelles en Belgique où une jeune femme de 42 ans avait tué ses cinq enfants, Joachim Lafosse belge lui-même réalise un film sur une relation triangulaire déséquilibrée et névrotique qui amène un de ses membres jusqu'à un geste fou pour tenter de rompre l’enfermement duquel il croit ne plus pouvoir sortir. La caméra de Lafosse scrute chirurgicalement tous ces petits riens qui font comprendre à Murielle (Emilie Dequenne) que le lien qui unit son mari Mounir (Tahar Rahim) au Docteur André Pinget (Niels Arestrup) sera plus fort que tout ce qu’elle pourra bâtir avec lui, y compris les nombreux enfants qu’elle lui offre en gage de son amour. Cette toile d’araignée qui va piéger Murielle se tisse sans incident majeur au rythme du lancinant et majestueux « Mentre io godo in dolce oblio » d’Alessandro Scarlatti. On comprend assez vite que le lien qui unit le docteur Pinget au jeune émigré Mounir a pris avec le temps une tournure malsaine. Lafosse ne nous donne aucune piste sur les causes possibles de cette dérive en livrant très peu de choses sur le passé des protagonistes et en particulier sur le docteur Pinget dont on ne saura jamais si le sacrifice qu'il consent à ce jeune homme qu’il éduque depuis plus de vingt ans est dû à une rupture sentimentale ou à la mort d’un de ses propres enfants. De quoi est donc fait cet homme qui semble se fondre complètement dans le couple que forment Murielle et Mounir ? On entrevoit juste un malaise avec les choses du sexe quand la sœur de Murielle (Stéphane Bissot) lui propose clairement d'agrémenter ses moments de loisir à l’aide de ses formes généreuses. Mais Lafosse ne tient pas à donner une explication là où il n’y en a peut-être pas. Chacun est sans doute un peu coupable de ce qui est arrivé, y compris Murielle qui n’a jamais été réellement prisonnière que dans son esprit. Il y a seulement des êtres qui ne devraient jamais se rencontrer et qui au contact les uns des autres révèlent chacun le pire d’eux-mêmes. Il aurait seulement suffit au tout début de leur relation que Murielle refuse à Mounir que son mentor les accompagne en voyage de noces. La confusion s’est sans doute installée à ce moment précis dans l'esprit des deux hommes qui y ont vu comme une invitation de Murielle à n’être qu’une pièce rapportée au sein d’un édifice déjà solidement construit. Les acteurs sont bien sûr tous les trois formidables, portant dans leurs regards l’effroi que leur inspire souvent cette relation devenue contre nature et une sorte de piège pour chacun d'entre eux. Il est assez curieux mais somme toute aisé pour Joachim Lafosse d’avoir choisi de prolonger la relation de maître à élève que Niels Arestrup avait développé avec le jeune Rahim Tahar dans "le prophète" de Jacques Audiard (2009). Un film dérangeant, plusieurs fois récompensé après avoir fait un peu polémique en Belgique auprès des vrais protagonistes de ce drame.
Se saisir d'un fait divers si terrible et essayer de l'expliquer avec un film , franchement c'est casse gueule, et Lafosse s'en tire honnêtement mais sans plus . Dequenne est incroyable . Son immense prestation permet de relever le film . Mais je trouve dans l'ensemble , la fiction qu'en fait Lafosse , un peu caricatural.
En livrant la fin de l'histoire dès les premières minutes du film, le réalisateur désamorce le processus malsain qui consisterait à se demander pendant tout le film si "elle va tuer quelqu'un". La question est plutôt comment, et pourquoi, la tension monte au fil des ans. La violence est à la fois toujours présente, et presque jamais (ou peu), ce qui relaye aussi tout le débat autour de la femme qui a inspiré le film.
Bon film, même si très très lent, surtout vers le milieu du film ou on sent un creux. Un peu pressés qu'il se termine. Ce film nous montre certaines facettes de la personnalité des gens. Le fait que certains rendent des services et te font comprendre que tu leur doit tout. En effet, le docteur a vraiment une emprise sur ce couple, et s'accapare totalement la femme et les enfants. Il a de l'argent et il est chez lui, alors il se permet tout. Le fait aussi que le marie délaisse totalement la femme, jusqu'à partir en la laissant, elle et les enfants, avec le vieux monsieur. On voit vraiment à quelle point ces hommes traitent cette pauvre jeune femme comme une sous-merde, ça fout vraiment la rage. Cela fait réfléchir, finalement, nul n'est à l'abris de tomber au plus bas, au début du film, cette femme avait un travail, elle était heureuse. Et on la voit se détériorer tout au long du film...
Un poids. Comme un rapace qui tiendrait sa proie enserrée, un fauve qui jouerait avec sa victime avant de l’achever Telles sont les métaphores qui nous viennent à l’esprit pour qualifier la mainmise terrible du personnage de Niels Arestrup sur le jeune couple (Emilie Dequenne et Tahar Rahim) La descente aux enfers de Muriel semble inexorable et l’on se sent bien impuissant devant une telle chute Le duo Emilie Dequenne-Niels Arestrup est époustouflant On en ressort d’autant plus écoeurés que l’on sait que cette histoire est basée sur des faits réels…
Emilie Dequenne est la révélation du film, dans un rôle de femme au foyer meurtrie, salie, oubliée, dénigrée, et surtout épuisée ! C'est réaliste, on y croit à fond. On a envie de lui dire "Eh secoue-toi, pars, et arrête de tomber enceinte" mais on se rend bien compte que le personnage est faible et fébrile. Le film est plutôt lent et simple, mais justement, il ne dérape pas dans la démonstration et donne à réfléchir sur le principe d'accumulation qui provoque le burnout. Une fois que la brèche s'est ouverte et que la vermine s'est foutue dedans, difficile de faire machine arrière.
Beau, grave, juste, nécessaire : quelques mots pour qualifier le film de Lafosse sur l’affaire Lhermitte « librement inspiré par le fait divers ». A souligner la performance des acteurs et notamment celle d’Emilie Dequenne « habitée » par le personnage !
C'est pas un navet biensûr, et ce film a bien quelques qualités. M'enfin c'est pas la révolution. On aurait presque pu croire que le film échappait au psyhcologisme, maladie chronique du cinéma français (ah pardon, c'est un belge?). Ce qui est bien, c'est que le personnage d'Arestrup, pervers narcissique notoire, est très finement écrit. Dans la plupart des films ou ce genre de personnage apparait, ses traits sont grossis, et les effets néfastes de sa conduite trop soulignés. Ici, on voit bien que le malaise vient de lui, mais le réalisateur ne ressent jamais le besoin de nous le DIRE (à part avec l'intervention de la psy). Autrement dit, il nous prend pas trop pour des cons. Ce qui est dommage, c'est que le malaise généré par la situation est forcément l'explication d'un geste inexplicable. J'ai lu Haneke dans une des critiques, et oui c'est un peu çà. Mais pas pour le meilleur. Parceque effectivement, un peu comme chez Haneke, là, on nous reprend pour des cons et, l'air de rien, on nous replonge dans une démonstration psychologisante. Cà aurait quand même été plus intéressant (sans forcément coller au fait divers dont je ne connais pas les détails) de filmer une perte des répères dans un contexte plus neutre, moins anxiogène. Quand Claire Denis fait J'ai pas sommeil autour du fait divers du tueur de vieille dame, çà a quand même une autre gueule...
Le retour grandiose d’Emilie Dequenne. Complètement transfigurée physiquement et moralement, elle porte à elle seule ce film monstrueux. Ça fait très mal et hante longtemps après la projection.
Incroyable, Troublant, Fascinant! et la Fin...la scéne finale, a me hérisser les poils un par un...à ne pas manquez! un film Autant Magnifique que Dechirant!
A perdre la raison nous offre une sorte de menage a trois terriblement malsain. Ce film brille dans sa capacite a restituer ce climat deletere. L interpretation du trio principal est remarquable.
Avis mitigé. Le film est "sympa" à regarder, dans le sens où ça semble proche de la réalité et plutôt bien mené. J'arrive très bien à imaginer la nana qui fait gamin sur gamin sans réfléchir. Le grand-père a en tout cas toujours des remarques très bien placées, on se surprend à lui dire merci quand il la remet à sa place ! Ce qu'on peut lui reprocher c'est d'être un tantinet long et la nana insupportable (mais n'est-ce pas le but ?).
Nul!!! J'ai regardé ce film parce que je suis fan de N.ARESTRUP. Ce film est long, même incompréhensible, pourquoi la fille a perdu la raison jusqu' à un acte insensé de tuer ses propres 4 enfants. Très décue.