Sorti fin 1930 au Royaume-Uni, Junon and the peacock (traduction française : Junon et le paon), est le second film parlant d’Alfred Hitchcock.
Durant la guerre civile d’Irlande, le film retrace un moment de la vie d’une famille, les Boyle. Pendant que le père, fuyant le travail comme la peste en prétextant des problèmes de santé, préfère vider des verres au pub à s’intéresser à sa famille, Junon, la mère, s’occupe du mieux qu’elle peut du foyer et de sa progéniture : Mary, une jeune femme effacée, et Johnny, un jeune adulte ayant perdu son bras pour son idéal irlandais. Un jeune avocat, courtisant Mary, vient annoncer à la famille désargentée qu’un heureux héritage conséquent va leur parvenir. Dans cette attente, les Boyle commencent alors à mener grand train, et s’endettent.
Mais les tragédies vont se cumuler en un rien de temps : le jeune avocat a commis une faute qui réduit l’héritage à peau de chagrin, provoquant la saisie des biens de la famille, il aura de surcroît rendu Mary enceinte avant de s’enfuir, jetant l’opprobre sur la famille et sur elle (son autre prétendant la fuira en apprenant cette maternité), et Johnny est assassiné par le comité auquel il appartenait suite à une dénonciation d’un des leurs qu’il avait commise. Le père Boyle, n’assumant rien, s’en retourne au pub oublier ses difficultés dans l’alcool, tandis que Junon, dans un monologue touchant, exprime son désarroi et son abandon par Dieu, avant de quitter le domicile familial totalement vidé de ses meubles et de ses habitants.
A l’exception de la première scène se déroulant dans une rue où un orateur haranguant une foule acquiescante se fait tirer dessus, le film n’est ni plus ni moins qu’une pièce de théâtre filmée. Et pour cause, Junon and the peacock est à la base une pièce à succès. Mais si Chantage, son précédent film parlant, était également tiré d’une pièce de théâtre, Hitchcock a offert à celui-ci une réelle dimension cinématographique, ce n’est nullement le cas de Junon and the peacock, comme il l’admettra plus tard. S’il ose habituellement de nouveaux procédés de réalisation, on ne note aucune innovation notable ici. Quelques scènes humoristiques prêtent à sourire, comme Junon écoutant son mari et son acolyte la dénigrer alors qu’ils la pensaient absente, ou lors de la découpe des parts de gâteau, Junon vidant les plus gros morceaux de l’assiette qui sera présentée à son époux pour éviter qu’il ne se goinfre.
Le contraste est saisissant entre les trois premiers quarts du film, ennuyeux à souhait, et les dernières scènes où les tragédies se succèdent, et où le pathos de Junon s’exprime de manière brillante. Quelques extraits du texte de la pièce font alors forte impression suite au meurtre de Johnny : « La volonté de Dieu n’y peut rien. Que peut Dieu contre la stupidité des hommes ? (…) j’ai souffert en te portant au berceau, je souffre en te portant au tombeau », la référence à Marie et au Christ est évidente. La dimension religieuse est confirmée par un extrait biblique « ôte-nous nos cœurs de pierre ».
Malgré une scène finale forte et hyper symbolisée (départ du domicile familial totalement vidé), Junon and the peacock n’est pas une réussite cinématographique, et n’est en rien identifiable à un film d’Alfred Hitchcock.