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ronny1
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4,0
Publiée le 27 février 2019
Convaincu par Michel Simon d’adapter la pièce théâtre « Boudu sauvé des eaux » de René Fauchois, Jean Renoir réalise un film irréverencieux au possible. Dépassant totalement les intentions du dramaturge, il place la lubricité et la vulgarité au fondement même de son film. Déjà dans le discours il y avait largement de quoi faire frémir critiques et spectateurs de 1932, mais la réalisation, où aucun plan gratuit ne vient ralentir ou affadir l’ensemble, a du en estomaquer plus d’un. La qualité des extérieurs, comme des intérieurs, doivent beaucoup à une mise en scène souvent innovante, pour aller à l’essentiel. Par exemple le zoom pour traverser une chambre et se fixer sur la petite bonne (excellente Séverine Lerczinska) dans l’encadrement de la fenêtre de l’autre côté de la cour, résume à la fois la topographie et la volonté de la petite délurée à toujours rechercher le positif dans ses actes (seul Keaton aux USA avait eut ce genre de préoccupation sur l’efficacité visuelle). Ce plan qui se meut inspira des années plus tard bien des cinéastes et trouva une apothéose chez Antonioni dans « Profession Reporter ». Vilipendé à sa sortie, le film connaîtra un véritable triomphe dans les années soixante, où sa modernité et sa glorification de l’anarchie, le plaçait au sommet de la tendance libertaire, De plus, rétrospectivement, Boudu offre à Michel Simon un de ses plus grand rôle à l’écran. De nos jours, nihilisme, conflits et cruautés ont remplacé cette bande de « bourgeois et leur clochard » pour paraphraser Disney, les rangeant au rayon des bisounours, la critique sociale se limitant à quelques piques comme la différence de traitement quant à la recherche des chiens. Un coup de vieux, quoi. Mais pas sur que nous ayons gagné au change. Les remakes avec Nick Nolte et Gérard Depardieu jouent clairement dans la division inférieure.
Comédie sociale arrosée de vitriol, Boudu sauvé des eaux est un magnifique hymne à la liberté et à l’anarchie. Le charme de Boudu, c'est la glorification de la vulgarité. C'est la mise en forme civilisée et nonchalante de la plus franche lubricité. Boudu est un film magnifiquement obscène.
« Boudu sauvé des eaux » est un film étonnant, inclassable. Sorte de fable sociale anarchiste, c'est un bel écrin pour le jeu totalement imprévisible (et très physique) de Michel Simon. Un clochard, Boudu, se jette dans la Seine après avoir perdu son chien. Un bourgeois le voit dans l'eau depuis son appartement parisien, et décide de sauter dans le fleuve pour lui venir en secours. Il le ramène chez lui, et l'habille comme l'un des siens. Mais la nature anticonformiste de Boudu ne s'adapte guère à la bienséance (toute relative) des mœurs de la famille Lestingois. Ce dernier est en effet un bourgeois libéral et généreux, qui entretien une liaison avec sa bonne, à l'insu de sa femme. Comme dans une pièce de vaudeville, l'arrivée de Boudu dans la famille vient rebattre les cartes des liaisons amoureuses et tout faire voler en éclat, engendrant de savoureux quiproquos. Il vient surtout remettre en cause les principes de Lestingois : l'hospitalité, la générosité, la croyance dans la bonté humaine. La séquence finale est extraordinaire : complètement inattendue, elle révèle toute l'ambivalence de la nature de Boudu, qui décidément, ne veut se raccrocher à rien d'autre qu'à sa liberté. Notons que la mise en scène de Renoir est d'une grande qualité, nous avons droit à de beaux travellings, et surtout à de magnifiques prises de vue en extérieur, notamment sur les bords de Seine. Un film assez déroutant, mais typique de l'art conjugué de Jean Renoir et Michel Simon, et à ce titre qui mérite largement le coup d’œil.
Jugement mitigé sur ce grand classique. Grande mise en scène, très technique mais bien vieillotte aujourd’hui. Une fable qui permet d’excuser l’invraisemblance du scénario, mais pour dire quoi ? Que Boudu, clochard anarchiste, refuse la société petite-bourgeoise, certes. Mais où est la critique de cette société où le bourgeois est d’une immense générosité, sans retour de gratitude ? Où les “bourgeoi(se)s” font preuve de plus d’empathie et de tolérance que le marginal ? Reste un modèle d’interprétation entre l’immense Michel Simon qui avait déjà joué le rôle au théâtre et Charles Granval, vedette de la Comédie-Française. Cela dit, il garde de l’avance sur les piètres remakes faits par la suite, y compris avec Gérard Depardieu.
Boudu est un clochard insoumis, insolent et épris d’une liberté sans borne recueilli par des bourgeois au bon cœur qui font beaucoup d’effort pour le sortir de sa misère… Mais Boudu n’est pas un anarchiste qui souhaite faire s’écrouler l’édifice de cette famille bourgeoise, il n’a tout simplement pas la même vision de la société que le commun des mortels, il vit en dehors mais s’y sent bien. Pas envieux pour un sou, ses rapines, c’est juste pour survivre ; ses actes ne sont pas guidés par des idéaux politiques, juste par son bon plaisir. Cet être indomptable et imprévisible qui par sa volonté de ne pas se fondre dans le système prend des allures d’anar’ ; et c’est bien çà qui dérangea le public et les critiques de l’époque. Comment un homme auquel on donne toutes les clés pour se sortir de la précarité ne s’en saisi pas ? Pire fait un pied de nez à la société… Un comportement absurde pour l’époque, mais un personnage qui aujourd’hui est toujours aussi moderne dans une société qui elle semble de plus en plus absurde. Renoir débute ici sa peinture peu élogieuse de la bourgeoisie et donne déjà un sens social à son cinéma. Pas manichéen, Renoir ne dépeint pas ces bourgeois comme des gens malhonnêtes, malveillants… par contre guidés par la morale chrétienne et leur mission : remettre sur les rails la brebis égarée. Mais la brebis est retorse. Boudu est un vrai libertaire lui, il refuse de suivre la masse, le modèle en vigueur. Beau pied de nez de Renoir à une société du début de l’ère industrielle qui fût déboussoler par la posture de Boudu… mais ce modèle consumériste a vécu depuis 85 ans, Boudu parait d’autant plus pertinent et courageux aujourd’hui qu’au siècle dernier. Un Renoir est toujours immanquable et puis Boudu révéla au grand public l’opulence de Michel Simon. Qui pourrait aujourd’hui après près d’un siècle reprendre ce rôle ? Boudu est Michel Simon : sa tenue générale, ses expressions faciales, son articulation, son timbre de voix, sa démarche titubante, son allure débraillée… Inspiré de Chaplin, sa composition tua toute reprise éventuelle. Simon-Renoir au début d’une carrière cinématographique prometteuse, et c’est un atout supplémentaire du film. Mon blog: tout-un-cinema.blogspot.fr
Déjà en 1932, les pièces de théâtre transposées au cinéma faisaient rarement un tabac. Boudu n'a pas échappé à la règle. Michel Simon qui avait déjà joué ce rôle sur les planches, avait su convaincre Jean Renoir d'en faire un film.Le comédien en est d'ailleurs aussi producteur. Ce fut un bide et il n'y eut plus de collaboration ultérieure entre les deux hommes. Bide mérité : le scénario est nul, et pour meubler, Michel Simon ne cesse de faire le pitre à la manière Chaplin mais il en fait trop. Ce qui séduit au théâtre ne marche pas forcément sur le petit écran.Ce n'est plus du burlesque : ça devient ridicule. Renoir montre déjà son goût pour la campagne, les promenades en barque, et on retrouve Jacques Becker comme premier assistant . Il aime aussi se délecter de la frivolité féminine ! On regarde avec bienveillance à moins que ce ne soit du respect, ce film restauré. Pathé prévient qu'il y a encore des flous non artistiques et non retravaillés par respect pour l'oeuvre de l'auteur, et des bruits parasites subsistent dans la bande son. On regarde cette histoire avec une bienveillance comme on pourrait en avoir avec des voitures anciennes ou autres, mais on n'ose imaginer qu'un tel film puisse encore sortir de nos jours. Pour les amateurs de choses anciennes... willycopresto
Film formidable qui met en avant la différence des classes interprété admirablement par le GRAND Michel Simon (qui n’apparaît d'ailleurs pas en première page de la fiche allociné quelle honte). Film a voir et a revoir sans modération.
J'adore le cinéma de Jean Renoir (La règle du jeu, La grande illusion). Mais pas cette fois, chose rare, son film a mal vieilli et se trouve aujourd'hui très daté.
Film populaire du cinéma français d'avant-guerre, Boudu est d'abord et avant-tout une excellente comédie dans laquelle l'immense talent de Michel Simon – qui s'en donne à cœur joie, enchaînant pitrerie sur pitrerie – explose. Mais cette transposition d'une pièce de théâtre constitue aussi une belle réflexion sur la valeur des êtres humains – considérés différemment selon qu'ils sont riches ou pauvres – sur la générosité et sur le droit à la différence. Surtout, ce film est une magnifique ode à la liberté, que l'argent et les conventions sociales ne font qu'entraver.
Un film génial. Drôle, émouvant et encore mieux à voir des dizaines d'années après, la façon de parler, le genre, la dégaine de Michel Simon. Les petits dialogues savoureux. Et la scène avec le vin et le sel à table. Hilarant
Formellement c'est très bien réalisé, le cadrage, les éclairages et la photo, tout cela est parfait. Michel Simon joue très bien et on apprécie le rôle de la mystérieuse Sévérine Lerczinska dans le rôle de la petite bonne délurée. Sinon, la mise en scène comprend des lourdeurs et des maladresses spoiler: (Quand Boudu met une pagaille monstre dans l'appartement sous prétexte de cirer ses chaussures, était-ce la peine de force le trait à ce point que ça en devient ridicule ? Lestingois qui ne réagit pas quand Boudu lui barre l'accès à la chambre de la bonne). Maintenant parlons du propos, on nous répète à foison qu'il s'agit d'une satire de la bourgeoisie, si cela était bien l'intention de l'auteur, c'est complétement raté. Après nous avoir expliqué en version gros sabots que la société était injuste spoiler: parce que personne n'aidait Boudu à retrouver son chien alors que tout le monde se met en quatre pour retrouver le pékinois d'une bourgeoise, on s'intéresse aux Lestingois dont le mari vient de sauver Boudu de la noyade . Qu'est-ce qu'on leur reproche à ces bourgeois là ? D'être conformistes parce qu'ils ont un piano pour épater la galerie (tu parles d'une critique !) De s'époumoner parce qu'un j'menfoutiste et fier de l'être fout la pagaille chez eux ? D'avoir des relations extra-conjugales ? Mais à ce propos Renoir se plante complétement : spoiler: La scène où chacun s'aperçoit des coucheries de l'autre se termine de façon abrupte et absurde par le mariage de la bonne et de Boudu (Renoir veut sans doute nous dire que les petits bourgeois sont hypocrites) et à la finspoiler: quand Boudu a disparu on voit Lestingois tenir dans ses bras à la fois sa femme et sa bonne, prémices d'un ménage à trois que Renoir semble critiquer. Ce film correspond à une vision anarchiste désuète de la société, par laquelle les bourgeois seraient tous des parasites, même quand ils se montrent libéraux, et ceux qui agacent les bourgeois seraient forcément des gens admirables ! Finalement dans ce film les Lestingois et leur bonne me paraissent bien sympathiques, tandis que Boudu m'apparaît comme un parfait imbécile ! Je ne pense pas que c'est ce que voulait nous dire Renoir !
La première fois que j’ai vu « Boudu sauvé des eaux » ce devait être il y a six ou sept ans. J’en avais gardé qu’un vague souvenir. Suffisant tout de même pour me permettre de dire qu’il y avait une classe d’écart entre le film de Jean Renoir et le remake réalisé par Gérard Jugnot en 2004. J’ai donc décidé de regarder de nouveau ce classique de 1932, non seulement pour en poster la critique, mais aussi pour établir une petite comparaison avec son « successeur ». Et pour moi, il n’y a pas photo, ce n’est pas une classe, mais un monde qui sépare les films de Renoir et de Jugnot. L’original doit sa réussite non seulement à une histoire grinçante: celle d’un SDF sans gênes recueilli par un bourgeois et qui va progressivement foutre la pagaille dans ce ménage pépère. A travers ce film, Renoir a voulu montrer aux gens à quels points les gens de la haute peuvent être conformistes et à quel point leur mentalité est sectaire. On n’a aucun mal à deviner l’accueil que le film a du recevoir à sa sortie. Mais « Boudu sauvé des eaux » c’est aussi un acteur: Michel Simon qui semble ne pas forcer pour interpréter ce personnage outrancier et qui trouve là une bonne occasion de faire valoir son imposante carrure et son immense talent d'acteur que nul ne saurait lui contester.
Une comédie réussie à l'interprétation globale excellente. Mais au delà de son important potentiel comique, le film réussit à développer une satire de la petite bourgeoisie avec une certaine subtilité. Réjouissant !!!
Un beau film de Jean Renoir avec un Michel Simon magistral dans le rôle de Boudu, un clochard loufoque. L'arrivée de ce personnage plutôt oublieux des codes de bonnes conduites dans une famille bourgeoise va servir de révélateur : situations cocasses et dialogues savoureux dans un film qui mêle habilement satire sociale et comique de boulevard.