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L'expérimentateur génial du cinéma français signe ici l'un de ses films les plus émouvants - et l'un des ses plus méconnus aussi. Comme toujours chez Resnais, la forme éclaire le fond et cette histoire de voyage dans la mémoire est autant l'occasion d'un incroyable travail de déconstruction narrative qu'une plongée dans l'ambivalence du sentiment amoureux. Le récit (comme le personnage principal) nage entre deux moments de souvenir, comme on nage entre deux eaux (la mer, omniprésente comme élément matriciel), retraçant l'échec d'une histoire passionnelle à l'issue fatale. Si on la prend dans sa reconstruction chronologique, l'histoire de Ridder et Catrine correspond au rêve d'amour fou pour lequel un homme lâche tout, et part pour une dérive vagabonde dont la structure du film rend compte. Ce qui bouleverse ici, c'est l'impossibilité de retrouver le juste temps de la félicité. De là à supposer que ces jours heureux n'étaient qu'un désir inaccessible - l'impossible amour -, il n'y a qu'un pas. A moins que ce ne soit dans la prédisposition de Ridder à choisir, malgré lui, le reflet, l'ombre de la femme, que réside l'énigme de son mal de vivre. Le génie de Resnais est de laisser intacte cette zone d'ombre qui plane sur tout le récit et de parvenir ainsi à la synthèse idéale du film mental et du film de pure sensation, de mêler l'imaginaire le plus débridé et la rigueur d'une tragédie classique. A l'aune de ce chef d'oeuvre, on mesure la richesse infinie du cinéma de Resnais, et son incroyable capacité à repousser les limites formelles et narratives de son art.
Ajoutée le 31 juil. à 18h24 Signaler un abus
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