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Raymond Depardon est un cinéaste documentariste très attaché au réalisme, son projet cinématographique a cette vocation à parler du monde fidèlement. Je n'utilise pas le terme d'objectivité car elle n'existe simplement pas au cinéma, dès qu'il y a un choix à faire il y a subjectivité. Le langage cinématographique permet de modifier son discours selon un simple changement d'échelle de plan. Dans San Clemente, le réalisateur utilise beaucoup le plan séquence car il nous permet de comprendre le quotidien austère et sans but des patients. En effet on découvre des personnes errant dans l'hôpital d'un point à un autre sans arrêt et sans savoir que faire. La mise en scène est ici réduite à sa plus simple expression, Depardon et sa charmante preneuse de son suivant les déambulations de ces fantômes en noir et blanc sans jamais les sortir de leur quotidien. Il ne leur parle pas et essaie de diriger l'attention des patients plutôt sur sa collaboratrice, ce qui offrira quelques petits moments de tendresse (Dario saluant Raymond et Sophie) et d'humour amer (la vieille dame et ses coups de balais à la caméra). Le réalisme se trouve aussi dans l'utilisation et la monstration du son, alors que jamais on ne verra le visage ou la caméra de Depardon, Sophie et son micro sont très présents à l'image. La musique quant à elle, n'est jamais extra-diégétique, elle provient des différents postes de radios qui sont souvent la seule source de soutien moral des patients. Car quand on s'intéresse aux médecins de l'hôpital, Depardon livre au travers du plan séquence l'amateurisme, l'impuissance et parfois l'incompétence des médecins. Les discussions tristes et vides ne menant à rien, ou parfois au sourire d'un médecin sosie de Kubrick qui semble s'amuser de la situation ou peut être de sa propre inutilité. Sosie de Kubrick que j'ai d'ailleurs pris, pendant quelques minutes, pour un patient de l'hôpital...Là où le film trouve une autre source de matière artistique c'est dans sa propension à effleurer le thème du cinéma. Je m'explique. Au delà du clin d'oeil sur Kubrick, on se souviendra de ce patient nous parlant de "l'oeil mécanique" (Ciné Oeil de Vertov ?) en regardant la caméra ou plus généralement l'impression que dégagent les italiens. Aucune langue et aucun peuple ne sont autant liés à la comédie, cette culture de l'expression par le corps et ce langage chanté peuvent être caractéristiques du jeu de l'acteur. Bien qu'ici nous ayons uniquement à faire à des non-acteurs, il se trouve dans leur présence à l'image une dimension quasi artistique.
Ajoutée le 31 janv. 2011 à 23h05 Signaler un abus
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