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    C'est assez bien d'être fou
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "C'est assez bien d'être fou" et de son tournage !

    Origine du projet

    C'est sa productrice de l'époque, Jeanne Thibord, qui a présenté Bilal Berreni à Antoine Page. Elle habitait Belleville et avait été impressionnée par les immenses fresques signées Zoo Project qui commençaient à recouvrir tout le quartier. La productrice a réussi à savoir qui se cachait sous ce pseudo et a rencontré Bilal, qui venait d’avoir dix-huit ans. Le cinéaste explique :"Il lui a tout de suite fait part d’un projet qu’il avait de parcourir le monde en repeignant tout sur son passage et de la possibilité de filmer son expérience. Le projet avait tout du fantasme et promettait assurément d’être hasardeux. Jeanne s’est tout de suite dit que nous pourrions nous entendre. C’était bien vu : au bout de dix minutes de conversation, nous étions déjà en train de travailler sur le projet. On ne savait pas, alors, qu’il allait nous occuper durant près de quatre ans."

    Evolution du projet

    Le projet a beaucoup évolué depuis l'idée de départ. Bilal n’avait d'ailleurs pas réellement pensé à un film : c’était juste une idée, un désir de voyage. Dès qu'il a commencé à y réfléchir avec Antoine Page de manière plus pragmatique, les véritables orientations sont apparues. Le metteur en scène se rappelle :

    "Le plus simple a été d’identifier ce que nous ne voulions pas faire. Ni un film de street art où, caméra portée, on suivrait un jeune artiste sillonnant les villes et laissant sa marque sur les murs, le tout filmé dans un style coup de poing ; ni un film de voyage où l’on suit des gens sympathiques partis sac au dos à la rencontre de l’autochtone. En fait, on savait très bien ce qu’on ne voulait pas faire, mais pas beaucoup plus. Par contre ce que j’ai tout de suite proposé à Bilal, voyant que nous nous entendions particulièrement bien et que nous étions partis pour travailler longtemps ensemble, c’est de faire une véritable collaboration artistique où il n’y aurait pas un filmeur / suiveur et un filmé / étranger à l’élaboration du film. Dessin et vidéo seraient imbriqués et Bilal participerait à travers son art, le dessin, au processus de création du film."

    Sources d'inspiration

    Lors de la conception de C'est assez bien d'être fouAntoine Page n'avait pas de références au sens de modèles dont lui et son équipe auraient souhaité se approcher, mais plutôt d’innombrables sources d’inspiration qui leur ont permis de se plonger dans un climat propice à la création. Le réalisateur précise : "Nous passions notre temps à feuilleter, lire, écouter, regarder. Des films, bandes-dessinées, romans et livres d’art... Ecouter Bob Dylan, Leonard Cohen, regarder John MacCabe, La porte du Paradis, découvrir émerveillés les films d’animations de Yuri Norstein, fantasmer sur la Russie à travers la vision des films de Konchalovski, Mikhalkov, Tarkovski, et évidemment la littérature du 19 siècle... C’était sans fin et grisant."

    Référence principale

    Durant le voyage, Antoine Page et son équipe ont emporté avec eux deux ouvrages : la bande-dessinée Big Questions d’Anders Nilsen et l’œuvre complète de Nicolas Bouvier. "Finalement si après coup je devais choisir une seule source d’inspiration ce serait Bouvier : son érudition douce, sa manière de voyager tout en vivant sur place, sa curiosité permanente, dénuée d’exotisme. Sa façon d’être représentait pour nous une sorte d’idéal, d’équilibre à tenter de trouver. d'autant que faire un film sur un voyage présente de nombreux écueils", confie le cinéaste.

    "N'importe comment"

    Antoine Page se souvient d'un voyage qui s'est passé "n'importe comment" d'après ses propres mots. Le metteur en scène poursuit : "Avec Bilal nous n’avions en tête durant la préparation que l’aspect artistique. Quelle installation faire ? Comment associer dessin et vidéo ? Comment créer une narration ? Si bien que le jour du départ nous nous sommes aperçus que nous n’avions même pas idée de la route à prendre pour traverser la Suisse. Ce fut à ce titre une improvisation totale du début à la fin. Une seule direction : Vladivostok, pour le reste nous nous en sommes remis aux aléas du voyage."

    Un vieux camion

    Les aléas du tournage étaient proviqués en grande partie par les pannes incessantes du camion. Par soucis esthétique, Antoine Page et son équipe avaient choisi un vieux camion Mercedes des années 1970 sympathique et qui forçait parfois même la compassion des gens croisés, mais qui était d’un manque de fiabilité total. Le réalisateur explique :

    "Finalement c’est le camion qui a façonné la première partie du voyage et donc du film. Nous changions d’itinéraire en fonction des pannes et ces pannes nous faisaient rencontrer un grand nombre de personnes, essentiellement des garagistes, qui spontanément nous venaient en aide. Ces aléas étaient les mêmes que ceux de n’importe quel voyageur, mais notre travail était de les transformer en ressorts dramatiques. Je me répète, notre projet était artistique. Il ne s’agissait pas de deux amis qui partent voyager avec une caméra. n ous voulions raconter un voyage ponctué d’interventions in situ de Bilal."

    Signification du titre

    Antoine Page explique pourquoi il a choisi d'appeler le film C’est assez bien d’être fou : "On a cherché un peu dans toutes les directions, proverbes chinois, fables de la Fontaine, aphorismes divers... Un moment on a passé en revue les citations utilisées par Bilal en regard de ses fresques parisiennes et on est tombés sur « C’est assez bien d’être fou ». C’était une phrase qu’il avait extraite de l’ Abécédaire de Deleuze. C’était parfait. Tout tient dans le mot « assez » qui nuance, adoucit et rend accessible cette folie. Une folie douce, un appel à faire des choses, à rêver, à se lancer."

    Une marque d'indépendance

    Antoine Page a choisi de distribuer C'est assez bien d'être fou lui-même. Il justifie ce choix de par le fait que la sortie du film s’inscrit dans un hommage à Bilal, disparu dans des circonstances tragiques. Il ne souhaitait pas faire une sortie commerciale "classique". Le cinéaste et Bilal avaient tenu tout au long de leur collaboration à rester indépendants et à garder la main sur leur travail.

    "Ainsi, plus que de simples diffuseurs, nous souhaitons initier de véritables collaborations avec les exploitants et pouvoir réfléchir ensemble à créer des évènements autour du film (intervention de street artistes, échanges avec des carnettistes, mise en situation des maquettes du film, collaboration avec les centres d’art...). Tout cela est en préparation et les idées ne manquent pas. Tout a été atypique dans cette histoire, la distribution se doit de l’être également", confie Antoine Page.

    Destin tragique pour un grand artiste

    Le peintre urbain français Bilal Berreni (alias Zoo Project) est mort assassiné par balle en 2013 à l'âge de 23 ans dans un immeuble désaffecté de Détroit par un groupe de jeunes qui voulaient lui voler son argent (ils ont été condamné depuis à de longues peines). Son travail en Tunisie, après la révolution de 2010-2011, a été particulièrement remarqué (il avait peint des portraits grandeur nature des victimes de la révolution qu'il avait affichés à Tunis). Il a confié au sujet de C'est assez bien d'être fou :

    "J’ai commencé par peindre sur les murs de ma ville, de mon quartier. Je défends un art en contact direct avec le spectateur, un art vivant, qui dérange, qui interroge... En France, il me semble que l’art a perdu son caractère populaire et n’est plus réservé qu’à un petit nombre. Pour moi, c’est à l’artiste de faire l’effort d’aller vers les gens et pas le contraire. C’est ce que j’ai essayé de faire avec mes peintures : nouer un dialogue avec le passant, le faire réagir. Alors pourquoi ce projet de film et de voyage ? Au départ mon idée était de m’éloigner, de quitter mon quotidien, mes repères. Partir. Finalement n’importe où. Aller vers l’inconnu. J’ai 20 ans, j’ai tout à voir, à apprendre, à découvrir. J’ai envie de m’éloigner de ce qui commence à devenir un poids. La routine, l’uniformité, le petit milieu de l’art de rue parisien, un aspect branché que j’ai toujours combattu. Je crains le piège de l’officialité tout autant que celui de la marginalité, de l’underground. Partir est un moyen d’échapper à tout cela, d’exciter ma créativité, de respirer un autre air. Ce sera aussi le moyen de confronter mon travail à d’autres regards. Pourquoi le street art ne serait-il réservé qu’aux citadins ? Je veux aller dans les campagnes, dans des lieux vierges de cette culture. Je veux surtout montrer qu’il est possible de peindre, de s’exprimer sur les murs, montrer que l’art peut être accessible à tous."
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