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Iranien
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Iranien" et de son tournage !

Festivals, nominations et récompense

Iranien a remporté en 2014 le Grand Prix du Festival international des films documentaires Cinéma du Réel. La même année, il est sélectionné au Festival international du film de Melbourne ainsi qu'aux Etats généraux du documentaire à Lussas. Il est aussi à la programmation du Forum des Berlinales 2014 et au Festival international du cinéma indépendant de Buenos Aires (BAFICI).

Deux jours et une nuit

Pour Iranien, Mehran Tamadon a invité dans sa maison pendant 48h, quatre Mollahs. Durant ces deux jours et une nuit, les cinq hommes (et leurs familles) ont tenté d’établir des règles de vie commune alors que tout les oppose. En effet, Tamadon est iranien et a grandi en France, il est athée et n’est pas marié. Les Mollah, eux, sont des personnes hauts placées dans la hiérarchie de l’Islam chiite et défenseurs du système politique iranien. Le réalisateur veut ainsi initier le débat et poser des questions sur leurs règles et sur la possibilité d’une cohabitation entre ces deux modèles de vies antagonistes.

Iranien et athée

Pour Mehran Tamadon, le titre de son documentaire signifie que lui aussi est iranien. Même s’il n’est pas croyant et qu’il refuse les lois islamiques de ce pays. En effet, en Iran, une personne athée existe peu ou pas dans l’espace social, elle n’a pas d’existence, pas de possibilité de s’exprimer. Pour Tamadon, la question s’est donc posée : comment établir un contact, un dialogue avec des gens qui refusent de considérer son existence ? Est-il possible d’avoir un échange humain entre deux personnes aux idéologies totalement contraires ?

Pas de moralisation

Le premier objectif du réalisateur Mehran Tamadon était de réunir dans sa maison ces personnes qui n’acceptent pas qui il est. Ensuite, il souhaitait mettre en avant les contradictions entre les deux idéologies. Le but n’était donc pas de compter les points entre les deux parties, ni même de faire changer les mentalités, mais bien d’essayer de vivre ensemble 48h durant. Pour le réalisateur, le fait qu’ils acceptent ce projet était déjà un pas dans sa direction et le fait qu’ils restent jusqu’au bout, la preuve d’une certaine ouverture à l’autre et d’une acceptation de la différence.

Un travail de longue haleine

En 2000, Mehran Tamadon partit vivre en Iran pour 4 années pour y faire des études d’architecture (c’est d’ailleurs lui qui a conçu la maison dans laquelle est tourné Iranien). Il découvrit à cette période le cimetière de Téhéran et y passa beaucoup de temps à observer les rituels, notamment autour des tombes des "martyrs" de la guerre Iran-Irak. Il tourna ainsi son premier documentaire Behesht Zahra, Mères de martyrs (2004). Il y rencontra également les bassidjis, des paramilitaires membres de la milice des Gardiens de la Révolution Islamique. Après de longues discussions, Tamadon les invita chez lui, et leur présenta ses amis intellectuels et artistes. Ces rencontres presque surréalistes lui donnèrent l’idée du documentaire Iranien. Entre temps, il tourna son deuxième projet Bassidji (2009) où il est en immersion dans le monde de ces miliciens. Pour Iranien, il voulait faire l’inverse…

Changement de plan

Lors du scrutin de 2009, les bassidjis étaient très impliqués dans la répression des populations opposées à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, et les tensions étaient très fortes. Alors que Mehran Tamadon voulait tourner avec les mêmes protagonistes Iranien, la colère et les menaces l’en ont dissuadé. Il se tourna donc vers les Mollahs, à priori plus enclins au débat. Il a fallu trois ans pour réussir à filmer les 48h du film. Trois années à négocier, à être convoqué et interrogé car les autorités étaient clairement contre ce projet. Lors du dernier interrogatoire, le passeport de Mehran Tamadon a été confisqué mais heureusement, il avait déjà tourné son film en secret. Aujourd’hui, le réalisateur est autorisé à retourner en Iran, mais ne pourra pas en repartir.

Un aboutissement

Mehran Tamadon a finalement trouvé les quatre Mollahs en octobre 2012, et put enfin débuter le tournage. Quelques mois avant la sortie du documentaire en France, il expliquait : "Il faut juste se rendre compte que ce que vous voyez dans le film a été tourné deux ans et dix mois après le début du projet, que derrière ces deux jours reposent près de soixante heures de discussions filmées et près de deux cents heures d’images".

Financements

Pour son deuxième documentaire, Bassidji (2009), Mehran Tamadon n’avait reçu de financement qu’en post-production. Pour Iranien en revanche, le réalisateur a travaillé en amont l’écriture des séquences, des décors et du séquencier. Ce dossier exhaustif a permis à la petite équipe de trouver des financements rapidement et de lancer le tournage.

Quitte ou double

Pour aborder certaines questions durant les 48h de cohabitation, Mehran Tamadon avait prévu plusieurs événements et activités. Mais c’était à chaque fois une appréhension pour le réalisateur qui ne savait pas comment les quatre Mollahs allaient réagir, ni même s’ils allaient rester. Comme lorsque Tamadon déroule un papier peint représentant une bibliothèque afin de parler du contenu des livres (souvent soumis à la censure en Iran). Finalement, les quatre hommes ont trouvé l’idée plutôt drôle et ont entamé le débat sans problème.

Remise en question

Iranien est un véritable choc des cultures qui a entraîné un questionnement du côté du réalisateur Mehran Tamadon. En effet, l’un des Mollas a tenté de faire comprendre à Tamadon, que durant ces 48h il n’avait fait que remettre en question les idées athées du réalisateur et qu’à aucun moment il n’avait pu justifier sa propre idéologie. Il essayait ainsi de prouver que la vérité de Tamadon est extrémiste de son point de vue de Mollah. Et que derrière ses idéaux et ce rejet de l’islam et de la religion en général, lui aussi pose des limites et des interdits.

Manque de conviction ?

Certains avis sur le travail de Mehran Tamadon ont jugé que le réalisateur ne prenait pas assez position contre le gouvernement iranien. Il se défend : "Je ne suis pas une pauvre âme qui subit ma vie d’Iranien athée. Je veux exister dans une société qui me nie et dire ce que je pense ? Je prends ma caméra et je trouve des gens avec qui je peux débattre ! Ma caméra ne me sert pas à dénoncer mais à comprendre. Ce qui m’échappe, ce sont les arguments de ceux qui défendent un système que je considère injuste. (…) j’utilise ma caméra comme un espace qui me permet de créer des rapports de forces plus égalitaires".

Le point de vue du spectateur

Pour son documentaire Iranien, Mehran Tamadon a décidé de se placer comme un personnage : "J’ai monté le récit de ces deux jours de vie en m’efforçant de voir des personnages qui tissent une relation et qui cherchent à vivre ensemble", confirme-t-il, "Je me suis efforcé de garder cette distance avec moi-même, de me voir comme un personnage comme les quatre autres et oser montrer mes fragilités". Et cette distance donne une place toute nouvelle au spectateur. "J’ai favorisé l’échange et la relation, en mettant en valeur les moments de tension, de joie, de rires, de proximité, d’éloignement, ceux où je perds pied, plus que les bonnes réponses que je leur donne. C’est là que le spectateur cesse d’être passif et réagit, veut rentrer dans le cadre pour leur parler".
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