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Jusqu’à la Garde
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Jusqu’à la Garde" et de son tournage !

La peur à l'origine du film

Comme dans son court-métrage, Avant que de tout perdreXavier Legrand aborde dans Jusqu’à la Garde la violence conjugale, en mettant le spectateur sous tension. Le metteur en scène explique : "La peur est à l'origine de Jusqu'à La Garde. La peur que suscite un homme prêt à tout pour retrouver la femme qui veut se séparer de lui et fuir son extrême violence. Le personnage d'Antoine, interprété par Denis Ménochet, est une menace permanente pour ses proches. Il met son entourage sous tension, il n'entend que sa douleur, il est prêt à manipuler quiconque, y compris ses enfants. Les femmes qui ont subi des violences conjugales, comme celle jouée par Léa Drucker, sont tout le temps en alerte, elles savent que le danger peut surgir de n'importe où, n'importe quand, et n'épargner personne."

Un sujet tabou

En France, une femme meurt tous les deux jours et demi des suites de ces violences, et même si les médias en parlent, le sujet reste tabou comme nous l'explique Xavier Legrand. "Les victimes ont peur de se confier, les voisins et les proches ne disent rien, ils ne veulent pas s'immiscer dans un couple, une histoire privée. Le secret reste lourd. Je ne voulais pas en parler à la manière d'un dossier d'actualité. Comme dans Avant que de tout perdre, je désirais sensibiliser le public à ce drame en le traitant avec les armes du cinéma qui me passionne depuis toujours, celui d'Hitchcock, d'Haneke ou de Chabrol, un cinéma qui fait participer le spectateur en jouant avec son intelligence et avec ses nerfs."

Références de prestige

Trois films ont guidé Xavier Legrand dans l'écriture de Jusqu’à la Garde : Kramer contre KramerLa Nuit du Chasseur et Shining. Ces longs métrages l'ont aidé à réfléchir aux thèmes qu'il voulait traiter ainsi qu'à trouver les humeurs et les ambiances que ses personnages traversent. Il confie :

"Kramer contre Kramer est un film sur le droit parental qui m'a beaucoup marqué. On y voit, pour la première fois, une femme abandonner l'exclusivité de la garde de ses enfants et il dépeint, avec une acuité terrible, la douleur de la séparation. La Nuit du Chasseur montre comment l'on peut se montrer sans concession avec les enfants pour arriver à ses fins. Shining m'a inspiré pour la dernière partie de mon film, la folie, l'enferment, la terreur. La violence conjugale peut mener à l'épouvante pure et c'est ce que je voulais raconter."

Travail de documentation

Avant de concevoir Jusqu’à la GardeXavier Legrand s'est beaucoup documenté : le réalisateur a ainsi fait des investigations auprès d’une juge aux affaires familiales, interrogé des avocats, des policiers, des travailleurs sociaux et même des groupes de parole d'hommes violents.

"Un sujet aussi délicat exige d'être au plus proche de la réalité tout en évitant de tomber dans l’écueil du simple documentaire, ou d’un drame social qui ne raconterait finalement qu’un fait divers. C'est en inversant le point de vue de l'histoire que j'ai pu mettre en exergue le suspense du quotidien. J'ai adopté une dramaturgie où nous suivons bien un « héros » : Antoine, mais du point de vue des différents obstacles qu'il doit surmonter pour arriver à ses fins : la juge, son fils et son ex-femme. Ainsi le spectateur vit en temps réel le doute de la juge, la pression subie par l'enfant et la terreur de la femme traquée."

Tension en provenance des bruits du quotidien

Jusqu’à la Garde est le premier long métrage de Xavier Legrand. Le metteur en scène a voulu qu'il n'y ait pas beaucoup de musique dans le film et que la tension provienne de l’utilisation des bruits du quotidien et de leur relief (l’écho dans un appartement, le clignotant d’une voiture, une horloge, une alarme, etc.). Il précise :

"J’y ai pensé très tôt, la dramaturgie sonore était déjà présente dans le scénario. Je ne cherche pas à faire basculer l’histoire dans un climat fantastique, mais à capter le bruissement d’une réalité anxiogène. Pareil pour la mise en scène, je n’ai pas cherché d’effets spectaculaires, mais plutôt la répétition des mêmes cadrages, dans les endroits qu’on visite plusieurs fois, pour créer un sentiment de familiarité, mais d’enfermement aussi, l’impression qu’on entre dans une spirale infernale."

Pas une victime

Xavier Legrand a écrit Jusqu’à la Garde avec Léa Drucker en tête qui, selon lui, se confond avec le personnage de Miriam, par son mélange de force et de fragilité. La comédienne a beaucoup travaillé son rôle seule avant le tournage et le cinéaste ne lui a donné que peu d'indications psychologiques, se contentant d'insister sur le fait qu'à aucun moment elle ne devait jouer la victime. "Je l'avais vue dans un court métrage où elle forme un couple très amoureux avec Denis Ménochet et, comme je le trouve excellent comédien, j'avais envie de le retrouver avec elle dans une autre situation, un autre temps de l'amour", se rappelle-t-il.

Un rôle noir

Xavier Legrand a beaucoup travaillé sur le plateau avec Denis Ménochet : "Nous avons discuté des moindres détails. C'est un rôle dur où il doit aborder de front la violence, la manipulation, la noirceur sans qu'on perde son personnage, sans qu'on le rejette et qu'on refuse de le comprendre. Il doit se glisser dans la peau d'un homme malheureux, en butte à lui-même, qui essaye de se faire aimer, mais vit dans le déni. Denis Ménochet sert le rôle à merveille. Il porte en lui cet alliage de virilité robuste et de blessure enfantine qu'on retrouve souvent chez les hommes qui violentent leur femme."

Les deux enfants

Thomas Gioria effectue dans Jusqu’à la Garde sa première expérience en tant qu'acteur. Du casting jusqu’au tournage, Amour Rawyler, spécialisée dans le coaching pour enfant, l’a préparé à aborder le travail qu'il allait entreprendre sur le tournage. Pour Mathilde Auneveux, qui joue Joséphine, le réalisateur a surtout fait avec elle un travail de répétitions car les séquences qui la concernent étaient techniquement difficiles, puisqu’elles sont toutes en plan séquence. 

A propos de Xavier Legrand

En parallèle d’une carrière de comédien au théâtre, à la télévision et au cinéma, c’est en 2013 que Xavier Legrand tourne son premier court métrage Avant que de tout perdre, qui est sélectionné dans une centaine de festivals à travers le monde. Nommé aux Oscars en 2014, le film a obtenu de nombreuses récompenses, notamment quatre Prix (dont le Grand Prix du Jury) au Festival International du Court Métrage de Clermont- Ferrand en 2013 et le César du Meilleur Court Métrage en 2014. Jusqu’à La Garde est son premier long métrage.
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