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Demons in Paradise
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Demons in Paradise" et de son tournage !

Quelques éléments historiques

En 1948, Ceylan, ancienne colonie anglaise, devient indépendante. La majorité cingalaise s’engage alors à respecter les droits de la minorité Tamoule. Mais une dizaine d’années plus tard, un gouvernement cingalais populiste impose le cingalais comme unique langue du pays et le bouddhisme comme religion d’État. Ceylan se nommera désormais Sri Lanka, mot cingalais désignant un « pays resplendissant».

Dans le Nord et l’Est du pays, là où les tamouls forment la presque totalité des habitants, là où personne ne parle ni ne comprend le cingalais et où le bouddhisme n’existe pas, les élus tamouls soutenus par toute la population organisent des protestations pacifiques pour le droit à garder leur langue. Ils reçoivent pour réponse des fins de non-recevoir et se retrouvent confrontés à des manifestations de plus en plus brutales de violences anti-tamoules. En réaction, à partir de 1975, les jeunes tamouls se radicalisent.

En juillet 1983, près de 3000 Tamouls sont assassinés en quelques jours et des centaines de milliers deviennent des réfugiés. Ce «Black July » marque le début de la guerre civile entre rebelles Tamouls et l’état srilankais. Guerre qui durera 30 ans.

Les Tigres Tamouls, connus sous le sigle LTTE, font longtemps pas- ser leurs actions terroristes pour un combat de libération et d’émancipation. Mais leurs attaques envers les citoyens cingalais, tout comme envers les individus et organisations Tamouls opposés à leur action ou trop modérés, ajouté à leur vision fascisante d’une race purement Tamoule, en font de véritables tyrans craints de tous.

En 2009, l’État sri-lankais écrase les Tigres Tamouls et déclare la paix. Pendant cette période, c’est plus de 100 000 morts, presque 35 000 disparus, plus de 500 000 déplacés et 1 million de réfugiés politiques exilés dans d’autres pays qui créent, malgré la paix, un sentiment de défiance indépassable entre les deux communautés.

Parcours atypique

Jude Ratnam a opté pour la forme du documentaire. Le cinéaste a toujours voulu œuvrer dans l’activisme social et par conséquent la défense des droits humains est au cœur de son parcours. Pendant plus de six ans, il a travaillé dans ce domaine qui l'a mené vers la désillusion. Mais en fin de compte, cela l’a conduit vers la création cinématographique. Ratnam explique : 

"J’ai vu les films de Charlie Chaplin quand j’étais enfant et puis je les ai revus à l’âge adulte. Mon admiration pour ces films et leur profondeur, m’ont fait penser qu’avec un long métrage ou un documentaire, un homme pouvait avoir un énorme impact en montrant la condition humaine. Le langage cinématographique n’est pas seulement un activisme extraverti, cela provoque une exploration intérieure et une introspection. C’est pourquoi mon intérêt pour le cinéma s’est développé. Cette introspection vous pousse à extraire un message qui peut se montrer au cinéma."

Scènes de nuit

Certaines scènes ont été tournées de nuit autour d’un feu de camp. Jude Ratnam explique au sujet de ces scènes de nuit qu'elles contribuent à se remémorer combien les Tamouls avaient la nécessité de se cacher et de dissimuler leurs identités pendant cette période si violente : "Je leur ai demandé de venir à un certain moment. Mais c’est toujours un étonnement ! Les personnes qui acceptent de se laisser filmer par la caméra ont différentes motivations. Le cinéma induit certains comportements chez les gens et sans la caméra, ils n’agiraient pas ainsi. Ce sont des personnes sérieuses et d’expérience. Dans notre documentaire, ils ont accepté de parler de façon très particulière. Le processus se nourrit de lui-même pour atteindre cette forme spécifique. Il y a certainement, profondément ancré dans leur esprit, ce besoin de se cacher, de masquer leurs sentiments. Ils circulaient de nuit avec peut-être une petite lampe. On ne voit pas toujours les visages complètement, la lumière va et vient."

Les Tamouls aujourd'hui

Aujourd'hui, les Tamouls ont des écoles où la langue est enseignée, mais la communauté doit acquérir de l'autonomie selon Jude Ratnam : "Dans le Sud, à cause du système anglais, et probablement en Inde, la situation est similaire, tout est hyper centralisé. Le système administratif est dans la langue cinghalaise de la majorité et si vous l’ignorez, vous n’obtiendrez rien. Partager un peu de pouvoir et donner un peu d’autonomie permettrait que cette administration soit étendue partout. Je ne suis pas un politique mais un peu d’autonomie serait bénéfique. Le système anglais ancien doit être transformé."

Jude Ratnam : un parcours atypique

Jude Ratnam est un ancien salarié d’ONG, devenu cinéaste. Il obtient un diplôme en sociologie et en psychologie à l’Université de Kamaraj en Inde du Sud avant de se lancer dans les études de cinéma à l’École de Gestion des Media à Sri Lanka. En 2006, Jude quitte son poste pour l’ONG, ne pouvant plus supporter l’hypocrisie d’un travail consistant à prêcher la réconciliation alors que la guerre civile fait encore rage, que le pays est violemment divisé et appauvri. Il passe des mois à réfléchir aux moyens de toucher le plus grand nombre de personnes de manière intime et politique. Comment atteindre les émotions aussi bien que les esprits de ses compatriotes ? Son amour pour le cinéma, en tant que cinéphile, lui apparaît soudainement comme une évidence. Il doit faire des films. C’est cette intuition qui lui donnera le courage de s’atteler à projet pendant 10 ans et malgré les risques qu’il encourt. Il se forme et s’entoure d’une équipe française (sa coauteure Isabelle Marina lui présente la productrice Julie Paratian), tamoule et cingalaise, puisque son pari est de pouvoir mettre en pratique au moment même du tournage un possible dialogue. Sur sa route, il rencontre des personnalités qui, chacune à sa manière, lui donne la force de persévérer.
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