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Après La Guerre
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Après La Guerre" et de son tournage !

Point de départ du projet

En faisant Après La GuerreAnnarita Zambrano voulait peindre la fresque d’une famille déchirée entre l’Italie et la France mais aussi explorer la complexité morale d’une histoire privée ancrée dans une histoire publique et politique. La réalisatrice explique ainsi que, entre 1969 et 1988, le terrorisme rouge et noir a été responsable de plus de 400 morts et 15 000 attentats en Italie. Son enfance et celles de ses camarades ont été marquées par la quotidienneté et la banalisation de cette violence.

"Les attentats faisaient partie de notre vie, même si nous n’étions pas vraiment en âge de comprendre. L’écho de cette période s’est fait ressentir jusqu’en 1990 voire plus tard. A 18 ou 20 ans, quand nous avons finalement eu l’âge de participer au débat politique, tout était fini, tout avait déjà été décidé sans nous. Les idéaux, même les plus justes, s’étaient consumés dans les cendres des attentats terroristes. Berlusconi se présentait aux élections, portant avec lui un refus complet de l’engagement politique, le triomphe de l’hédonisme et de la corruption dédouanée. Il fallait que mon premier film m’aide à régler mes comptes avec l’Italie et interroge aussi le thème de la justice, à travers une histoire qui participe d’une interrogation sur la culpabilité : comment passe-t-elle d’un pays à un autre, d’une génération à une autre, d’un père à ses enfants ?"

Evènements politiques réels

Après La Guerre situe en 2002, soit quelques années après la fin des « années de plomb ». Chaque personnage du film est le fruit de l'imagination de Annarita Zambrano, mais les événements politiques qui y sont dépeints sont bien réels. La cinéaste raconte :

"Ce récit part d’une blessure restée béante entre la France et l’Italie : en 1985, François Mitterrand promet de ne pas extrader – même s’ils avaient déjà été condamnés par un tribunal transalpin – les anciens terroristes italiens réfugiés en France, à condition qu’ils changent de vie et abandonnent la lutte armée. L’Italie voit cette prise de position politique qu’on appelle « Doctrine Mitterrand » comme une trahison et la France comme un vivier d’ex-terroristes. La France protégera officiellement plusieurs centaines de personnes poursuivies jusqu’en 2002. À cette époque une recrudescence inattendue d’attentats perpétrés en Italie par le BR-PCC (Parti Communiste Combattant), un groupe qui revendiquait une continuité avec les Brigades Rouges, rouvre la polémique. Le Gouvernement italien saute sur l’occasion pour réclamer les terroristes en exil et la chasse commence. Il Corriere della Sera, l’un de plus grands quotidiens d’Italie, publie en première page la liste et les photos de tous les ex-militants en clandestinité. Un ancien militant de gauche, condamné en Italie et devenu entre-temps professeur de Sciences Politiques à Paris VIII, est extradé vers l’Italie à l’été 2002."

Evolution du scénario

Annarita Zambrano a cherché à faire un film où la petite histoire d’une famille buterait sur la grande Histoire, la tragédie d’une douleur privée qui deviendrait une douleur publique. Au début, le film ne se passait qu’en France mais, à un moment, la réalisatrice s'est rendue compte qu'elle ne pouvait pas ne pas traiter l’Italie. Elle développe :

"Ce choix est né d’une réflexion sur le personnage de Marco. Puisqu’il ne se sent pas coupable, il fallait que quelque chose de sa culpabilité non assumée prenne le relais : la chute de sa famille. Le non-dit était une base du scénario qui s’est transformé naturellement en mise en scène. Une chose qui n’est pas dite cache toujours une douleur, un mensonge. Je connais très bien le sujet : en Italie, dans le cercle familial comme au Parlement, on est les champions de l’omission, on dit tout sauf le plus important. Marco parle sans cesse de sa guerre mais il finit par tourner en rond et ne plus rien dire, son discours se vide petit à petit de sa substance… Il aborde tout sauf le vrai sujet : sa culpabilité vis à vis de sa fille qu’il entraine dans une vie qu’elle n’a pas choisie, dans une guerre qui ne lui appartient pas."

Côté technique

Avec son chef-opérateur, Laurent BrunetAnnarita Zambrano a fait le choix de tourner la quasi intégralité du film en lumière naturelle. Elle voulait que la tragédie émane de ce souci de réalisme et du format Scope qui crée paradoxalement une sensation d’étouffement dans les lieux fermés et dans les intérieurs italiens. "J’utilise très peu de travellings. Un cadre fixe peut parfois en dire plus qu’un mouvement de caméra. La mise en scène devait servir l’histoire et les émotions. Il s’agissait d’épurer", précise la réalisatrice.

Le choix Giuseppe Battiston

En choisissant Giuseppe Battiston pour se glisser dans la peau du personnage de Marco, Annarita Zambrano voulait éviter le cliché du beau ténébreux, sexuellement attirant, du type Che Guevara ou Carlos. "Giuseppe a un physique qui m’intéressait. Son personnage prend toute la place, physiquement et moralement, son corps massif et débordant porte en lui les stigmates de toute la rage et de la douleur qu’il a accumulées pendant vingt ans. Pour Viola, ce n’est pas facile vivre avec un père aussi imposant. L’Italie reste un pays profondément machiste et patriarcal, la figure symbolique du père et de son pouvoir est horriblement écrasante, qu’elle prenne la forme du Géniteur, de l’Etat, de Dieu ou du Pape", confie la cinéaste.

La musique

La musique arrive à la 42ème minute du film. Annarita Zambrano et le compositeur Grégoire Hetzel ont travaillé à partir de chaque sentiment, chaque mouvement des personnages. La première explique : "Je lui donnais des mots, des adjectifs. Je savais aussi que je voulais des instruments à cordes, des sons qui puissent s’étirer le plus possible, pour ce voyage qui, précisément, ne finit jamais. Le récit se déroule dans deux pays, dans deux langues différentes ; la musique est le seul lien entre l’Italie et la France, le seul point d’union entre ces histoires qui sont liées mais ne se rencontrent jamais."

Les autres comédiens

Charlotte Cétaire, qui joue Viola, venait d'avoir 18 ans au moment où elle a été choisie pour jouer ce personnage et fait de la danse contemporaine. Elle n’est pas obsédée par l’idée de devenir actrice et possède beaucoup de points communs avec son personnage selon Annarita Zambrano : "Elle est forte, intelligente et très mûre. Elle « ose » devenir celle qu’elle veut sans se soucier du jugement des autres. Ce que j’aime le plus en elle, c’est son intensité dans les silences."

Barbora Bobulova
, qui joue la soeur, est d’origine slovaque. Une des raisons qui a poussé la cinéaste à la choisir réside dans le fait que la comédienne n'a pas été affectée par l’histoire de l’Italie et pourrait ainsi mieux donner à son personnage des nuances intéressantes. Fabrizio Ferracane, le juge, a été découvert par Annarita Zambrano dans Les âmes noires de Francesco Munzi. Elisabetta Piccolomini, la mère, est une grande actrice de répertoire. "Je suis aussi très contente de la participation de Marilyne Canto qui joue la journaliste. Elle a été la « marraine » de la Fondation Gan quand le scénario y a été primé. C’était bien qu’elle fasse aussi partie de l’aventure", termine la réalsiatrice.
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