Voila un des plus grands films de l'histoire du cinéma. Comme quoi les histoires simples peuvent donnée les plus grands films et nous faire ressentir les plus vives émotions. La fin est .... quelle beauté!
La femme de Clint Eastwood, lavandière, vend un peu de linge de maison pour pouvoir acheter une bicyclette (7 500 lires) qui permettra à son beau grand mari de mener à bien le boulot qu’on lui offre, dans une Rome exsangue : colleur d’affiches. Pendant qu’il placarde Gilda, un jeune voyou lui pique son vélo. S’ensuit une quête du biclou, avec son fils. Après avoir longuement battu le pavé, bravé la pluie, secoué dans une église un petit vieux pas très clair, giflé son fils au sortir d’une pizzeria, forcé la porte d’un bordel, Clint retrouve enfin le voleur – « Make my day little bastard ! » – mais ce dernier s’avère être épileptique. Allons bon… Et puis il y a la foule meuglante pas contente de voir cet intrus s’en prendre à un jeune du quartier, le manque de preuves à fournir au flic… Alors Clint finit par piquer une bécane, mais ses guiboles de géant l’empêchent de pédaler… Il se fait immédiatement chopper. Le propriétaire, attendri par le fiston qui pigne, les laisse repartir. Clint, lonesome bikeboy, se fond alors dans la foule romaine et repart à Hollywood, parce qu’au lendemain de la guerre, en Italie, la vie est décidemment une dure lutte…
L'un des plus beaux films du néo réalisme italien. Film tout simplement poignant, avec en bonus le regard d'un gamin craquant et inoubliable. Malgré le drame social constant, il y a surtout beaucoup d'amour et de tendresse dans ce grand classique.
Rarement un film ne sera resté aussi populaire au fil des années, par-delà les frontières. S'il n'est pas le premier film néo-réaliste, ni même le premier de De Sica, il en est le symbole, celui qui inspira à tant de réalisateurs de par le monde une nouvelle façon de faire un film (on pense à Kurosawa, Bunuel, S. Ray...). Au revoir le théâtre filmé. L'intrigue et la mise en scène minimalistes ne font que renforcer la puissance des émotions. La dernière séquence, du moment où on devine poindre l'intention de voler le vélo à celui où il marche côte à côte avec son fils, humilié, reste dans les mémoires. L'interprétation par ces acteurs amateurs est mémorable. Un grand moment.
Vittorio De Sica est ici très proche de Buñuel ou serait-ce l’inverse ? La mise en scène, le propos, le climat, le milieu social rappellent inévitablement Los Olvidados, au détail près que le cinéaste italien n’utilise pas les codes oniriques comme son confrère espagnol. Son film n’en est pas moins somptueux pour autant. Les Ricci sont issus d’un milieu social très modeste. Et le jour où le mari dégote un travail, poseur d’affiches, il doit se procurer une bicyclette au plus vite pour ne pas se faire substituer son poste. Sa femme lui dira qu’ils n’ont pas besoin de draps pour dormir et hop ils vendent leurs draps afin de s’acheter cette bicyclette. C’est chose faite, le père Ricci peut travailler. Ce deux-roues prend donc une place très importante dans la vie de cet homme et dans le film tout court. Elle est son gagne-pain, ce qui lui permet aussi de nourrir les siens. Et le spectateur a les yeux rivés dessus autant que son propriétaire. Evidemment arrive l’instant tant redouté, sans cela le titre n’existerait pas. Et voilà notre ami accroché à cet objet comme à la prunelle de ses yeux, le voilà lancé aux trousses du voleur, comme si c’était son enfant qui avait été kidnappé… Plus qu’un film social sur la difficulté de s’en sortir, Vittorio De Sica parle de désespoir, d’anéantissement moral en n’omettant pas de rappeler que dans les pires situations, le vol n’est plus vraiment un crime mais la démonstration qu’une âme en perdition peut y recourir en guise de profond désespoir. En somme, on ne vole pas pour voler, comme on ne tue pas pour tuer, mais pour manger.
Le voleur de bicyclette (1949) fait partie des manifestes du néo-réalisme italien au même titre que Riz Amer ou la trilogie de Rossellini. On m'a dit que le film de De Sica surpassait ces derniers. Pour n'avoir pas vu les autres, je peux néanmoins dire que Ladri di Biciclette place la barre très haute. Le néo-réalisme a ébranlé les fondations d'un cinéma ultra-codifié par Mussolini, à commencer par l'utilisation de la prise de son direct qui offre une plus grande authenticité contrairement aux infâmes doublages des films de l'ère du Duce. Mais plus qu'une révolution cinématographique, Le voleur de Bicyclette est avant tout un très bon film, porté par des très bons comédiens pour l'essentiel amateurs (ce qui ajoute à leur prouesse), servant une histoire assez triste mais néanmoins juste, dépeignant avec exactitude les difficultés économiques post-Seconde Guerre Mondiale. Tout part d'un événement en apparence anodin qui, dans un contexte difficile, provoque de graves conséquences quitte à conduire à la folie. Il faut pour toutes ces raisons concevoir Le voleur de Bicyclette comme un moment de cinéma à voir absolument pour saisir le vent novateur que des cinéastes comme De Sica ont insufflé au cinéma transalpin.
Émouvant sans tomber dans le larmoyant, l'humiliation injuste d'un homme sous le regard de son fils nous laisse sans voix jusqu'à un dernier plan sublime.
Perle du néo-réalisme italien, mais surtout trésor éternel du cinéma universel : dans ce film, il n'est de regard qui ne compte, ni d'image qui ne soit vide. De Sica ne part de rien, ou presque (un pré-supposé anecdotique vol de bicyclette et des acteurs amateurs), et érige pourtant, sur la place sociale de l'Italie d'après guerre,un monument d'humanité, d'humilité et d'amour filial. [Mais d'où vient cet enfant, véritable miracle de l'histoire du jeu ?]. Il ne faut pas mourir avant d'avoir vu ce chef d'œuvre, cette trop respectable leçon de vie.