Mon AlloCiné
    Madame Fang
    note moyenne
    2,8
    15 notes dont 2 critiques
    0% (0 critique)
    50% (1 critique)
    0% (0 critique)
    50% (1 critique)
    0% (0 critique)
    0% (0 critique)
    Votre avis sur Madame Fang ?

    2 critiques spectateurs

    Yves G.
    Yves G.

    Suivre son activité 320 abonnés Lire ses 364 critiques

    2,0
    À soixante ans, Mme Fang, une modeste paysanne du Zhejiang a été frappée d'une forme rare de la maladie d'Alzheimer. Le documentariste Wang Bing filme sa longue agonie et sa famille qui la veille. Ne vous fiez pas à l'affiche du film qui campe une vieille femme aux cheveux argentés, aux joues rebondies et au port altier. C'est la seule image du film qui sauve la dignité de la mourante. Car l'essentiel du documentaire se passera près de son lit de mort où elle agonise en silence, le regard vitreux, le visage émacié. Wang Bing filme la mort. Frontalement. Sans fard. Avec une transparence qui mettra mal à l'aise tous ceux qui ont fait l'éprouvante expérience du deuil d'un parent qui, la vieillesse venue, voit la vie peu à peu lui échapper jusqu'à l'instant ultime. Wang Bing filme l'agonie d'une vieille femme - à laquelle on donnerait presque vingt ans de plus que son âge. Toute sa vie semble lui avoir échappé mais elle n'est pas encore morte. Sa mort est à la fois redoutée et espérée, qui la délivrera de ses souffrances et délivrera ses proches d'une interminable attente sans espoir. Madame Fang meurt chez elle, entourée d'une bruyante famille, son fils, sa fille, ses beaux-enfants. Manque à l'appel un petit-fils dont l'absence fait l'objet de longs débats incompréhensibles. Mais tout le monde est là. Pas l'ombre d'un médecin ni de médicaments au chevet de la malade. Que signifie une telle absence ? La famille n'a pas l'air si pauvre au point de ne pouvoir en supporter le coût. Le documentariste se fait anthropologue en filmant les Chinois face à la mort. Un Occidental sera frappé par l'indolence des protagonistes, qui discutent bruyamment au chevet de madame Fang, sans se soucier d'elle, comme si elle était déjà morte. Le chagrin n'est visible qu'à la mort de l'aïeule. Pudeur du cameraman de ne pas l'avoir filmé plus tôt ? Ou indifférence des proches de la défunte ? Wang Bing est habitué des documentaires écrasants. "À l'ouest des rails", qui l'a fait connaître en Occident, durait 9h11 ; "À la folie" 3h47 ; "Les Âmes mortes", son prochain film, dont la sortie est prévue à l'automne, 8h15. "Madame Fang" avec ses 1h26 fait figure de court métrage. Pour autant, Wang Bing a toujours la même façon de filmer, en interminables plans séquences, au chevet de la mourante, ou sur les chemins de halage du village où elle habite, en suivant des cousins partis pêcher. Ces scènes insignifiantes, dont seule l'accumulation fait sens, sont interminables et viennent à bout de l'endurance des spectateurs les plus résistants.
    Christoblog
    Christoblog

    Suivre son activité 376 abonnés Lire ses 683 critiques

    4,0
    Si vous êtes lecteur assidu de Christoblog, vous savez que je suis un grand fan de Wang Bing, et de ses projets qui dépassent les bornes habituelles du documentaire. Le nouvel opus du génial chinois parait être un court-métrage (1h26), au regard de son film présenté au dernier Festival de Cannes, Les âmes mortes, qui dure... 8h26. Ici, Wang Bing va à l'essentiel : quelques plans très courts sur une femme qui semble perdue (elle est victime d'une forme de la maladie d'Alzheimer), puis on passe très rapidement à cette même femme, dont le corps ne semble plus le même, en train de mourir parmi les siens. La caméra s'attarde donc longuement sur cet être humain qui n'est pas conscient d'être filmé, ce qui peut générer chez le spectateur un sentiment très perturbant de culpabilité. On regarde ce corps littéralement disparaître, mourir, alors que la famille tente de subsister autour du lit de mort, va pêcher des poissons (scènes de nuit d'une beauté vaporeuse), boit de l'alcool, ne fait rien, regarde ailleurs. C'est à la fois brillant, profond, et déstabilisant. C'est la mort en face dans un océan de trivialité, le sublime qui semble naître d'un mouvement incontrôlé de la mourante, un éclair d'humanité qui surgit quand un mouvement des yeux semble moins erratique que les autres. Wang Bing, comme d'habitude, nous bouscule et nous brusque, respectueux sans être empathique. C'est du grand art.
    Les meilleurs films de tous les temps
    • Les meilleurs films de tous les temps selon les spectateurs
    • Les meilleurs films de tous les temps selon la presse
    Back to Top