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Une année polaire
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Une année polaire" et de son tournage !

Naissance du projet

C'est une suite de réflexions menées avec son producteur (Grégoire Debailly) qui ont amené Samuel Collardey a réaliser un film se situant au Groenland. Tous les deux avaient envie de revenir à l'esprit de ses premiers courts-métrages et de L'Apprenti : des films très documentaires, qui se passent en milieu rural, au sein de communautés isolées, proches de la nature. Le metteur en scène se rappelle :

"Il se trouve que Catherine Paillé, ma coscénariste, est une "fondue" du Groenland et qu'un ami ingénieur du son, rencontré à la Fémis, en revenait, après y avoir fait un reportage. Les deux m'en ont parlé. Je ne connaissais ni le pays, ni la culture inuite. Nous avons décidé, Grégoire et moi, de faire un premier voyage, en avril 2015 : nous venions de finir Tempête, qui n'était pas encore sorti. Nous avons d'abord contacté Nicolas Dubreuil, qui est un peu "le" spécialiste français du Groenland. Il était lui-même engagé sur la fabrication de Voyage au Groenland, de Sébastien Betbeder. Il nous a conseillé d'aller visiter la côte Est, plus accessible, mais moins peuplée, plus sauvage. Et plus précisément, le village de Tiniteqilaaq. Nous avons d'abord eu du mal à rentrer en contact avec les gens, ce n'est qu'à la fin du voyage que nous avons rencontré Julius, qui, dans le film, est l'employé municipal chargé d'accueillir Anders. Au deuxième voyage, nous avons passé trois semaines ensemble, en visitant les autres villages de la zone. Mais nous avons choisi de tourner le film à Tiniteqilaaq et nous y sommes retournés à deux reprises, pour essayer de comprendre le pays et ses habitants, d'y trouver une histoire, en prise avec le réel."

Le dispositif

C'est au moment de son dernier voyage au Groenland que Samuel Collardey a eu l'idée de filmer l'instituteur, qui est vraiment le coeur du village. A l'origine, il y avait une institutrice dans ce village qui était une vieille dame proche de la retraite habitant avec ses enfants. Au mois de mai 2016, elle a annoncé au cinéaste et à son équipe que son contrat s'achevait et qu'un nouvel instituteur allait arriver.

"
Là, ça devenait plus intéressant : l'étranger qui arrive dans le village, doit trouver sa place, se confronter à une autre culture. Un dispositif classique, mais efficace. Nous avons discuté avec les gens du rectorat danois qui nous disaient qu'envoyer un jeune, c'était prendre le risque qu'il reparte très vite, parce que le boulot est dur. Ils envoient plutôt des gens proches de la retraite... Et puis, le recteur m'a montré la photo d'Anders, qui lui paraissait solide. Le plus bizarre dans ce dispositif, c'est qu'au fond je ne connaissais pas celui qui allait être le personnage principal de mon film."

Entre tradition et modernité

Samuel Collardey voit ce petit village comme une société intéressante à filmer aujourd'hui parce qu'elle est prise entre tradition et modernité. "Ces gens mangent du phoque tous les jours, ils partent chasser l'ours ou le narval, au harpon ; et, en même temps, ils ont tous un smartphone dernier cri, un compte Facebook, et ils sont hyperconnectés. La micro-société, l'isolement des individus, les rapports humains dans ces situations-là m'intéressent. Cela crée des rapports humains très spécifiques", explique-t-il.

Se documenter

Samuel Collardey a passé à peu près un an sur place, avec les gens, à partager leur vie, à observer, sans filmer mais en prenant des notes et en se documentant. Cette documentation est la base du travail qu'il a entrepris avec Catherine Paillé et Grégoire Debailly (lequel a beaucoup participé à l’écriture). "Le scénario ressemble à un texte de fiction, mais il est 100% documenté. C'est notre envie de raconter les personnages comme ils sont, comme on les voit. Quand commence le tournage, c'est un peu plus flou : j'ai envie de me baser sur ce que m'offre le réel, et, en même temps, le réel n'est parfois pas satisfaisant. Les deux premières sessions sont toujours angoissantes, j'avance à l'aveugle. C'est pour cela que le tournage est fractionné, cela nous permet de réfléchir et de réajuster le tir. A chaque fois, le film n'est pas exactement le scénario, mais raconte quand même ce que nous voulions raconter", précise le metteur en scène.

Un modèle

Le travail du documentariste kazakh Serguei Dvortsevoy (qui avait montré une fiction, à Cannes, il y a une dizaine d'années, Tulpan) a servi de modèle à Samuel Collardey, qui explique : "Dans ses documentaires, les petites communautés kazakhes sont filmées en pellicule et en plans fixes. Ces films-là étaient mon modèle quand j'apprenais le cinéma... L'idée est de donner la noblesse de la fiction au documentaire."

Anders dans son propre rôle

Ce n'est qu'au générique de fin que l'on apprend qu'Anders n'est pas un personnage de fiction, parachuté au sein d'une vraie communauté inuite, mais que, en quelque sorte, il joue son propre rôle. Samuel Collardey développe : "Je ne me pose pas de façon classique la question du documentaire et de la fiction. La seule question que je me pose, c'est : comment vais-je réussir à filmer cet endroit, cette histoire ? En sachant que je tiens à travailler avec des non-professionnels, pour la nature très spécifique de leur incarnation, pour le goût que j'ai de ce jeu-là. Alors, comment les diriger ? Comment les filmer pour exprimer ce que j'ai envie d'exprimer à l’écran ? Parfois, ça passe par une captation purement documentaire, parce que je sens que c'est la bonne idée : je propose à ceux que je filme une situation et après je les laisse complètement libres de la vivre. Et puis parfois, je me décide à les diriger plus précisément, quitte même à leur donner des dialogues, mais tout en les laissant dans leur propre rôle. Chacun pense à peu près ce qu'il dit, mais je suis davantage dans la direction, dans la maîtrise de la mise en scène. A la fin, cela donne une forme un peu hybride."
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