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    Enorme
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Enorme" et de son tournage !

    Genèse du projet

    Sophie Letourneur mêle dans tous ses films une certaine fantaisie, une légèreté avec un réalisme assez brut, quasi documentaire. Cette chimie disruptive produit un ton unique dans lequel le rire et l’émotion cohabitent. "Pendant le neuvième mois de ma seconde grossesse, je prenais des notes, c’était tellement dingue, ces rebondissements, cette attente, ces situations tragicomiques tellement énormes, que j’ai voulu en faire un film… Au départ, le projet ne portait que sur ce neuvième mois de gestation, si particulier dans la vie d’une femme… et d’un homme. Finalement j’ai quand même construit un récit. Je dois ajouter aussi que mon mari m’inspirait beaucoup. Je me souviens d’une scène précise : j’avais dépassé le terme de ma grossesse - nous marchions dans la rue pour favoriser les contractions, et j’ai cru perdre le « bouchon muqueux ». En pleine rue, il a mis la main dans ma culotte pour vérifier. Je l’ai noté, trouvant cela à la fois drôle et en même temps vexant. J’avais aussi retranscrit des dialogues qui se retrouvent dans le film."

    C'est qui Sophie Letourneur ?

    Après des études à l’école supérieure des arts appliqués Duperré puis à l’école nationale supérieure des Arts Décoratifs - où elle signe trois films -, Sophie Letourneur réalise des vidéos expérimentales, installations, et documentaires. En 2011, elle réalise un court-métrage, Le Marin masqué, qu’elle présente au Festival de Locarno ; elle en profi te pour tourner Les Coquillettes. Ecce Films produit ensuite deux de ses long-métrages : La vie au ranch, pour lequel elle reçoit le double Prix du Public et Prix du Film Français au Festival « EntreVues » de Belfort, et Gaby Baby Doll, mettant en scène Lolita Chammah et Benjamin Biolay. Enorme est son quatrième long-métrage.

    Appréhender la grossesse

    Dans Enorme, les deux personnages s’autorisent un comportement qui n’est représentatif de rien, selon la réalisatrice Sophie Letourneur. Cela ne correspond pas à quelque chose de connu. La grossesse passe par un parcours obligé, tout le monde doit faire les mêmes choses. "Ce qui m’intéresse, c’est la façon d’appréhender ce chemin, cela n’a aucune vertu à généraliser. L’incongru me fait rire. En fait, je ne m’interdis rien et ce n’est pas une question de dosage. Pour parler de cet état-là, je suis partie d’éléments et pas d’une cohérence. L’enjeu était de faire une comédie parce que c’est mon langage certes, mais que ce soit aussi un peu horrifiant parce que les situations que j’écris peuvent être à la fois drôles, burlesques… et horribles !"

    Authenticité

    Dans Enorme, on remarque une grande sincérité des dialogues qui sonnent de façon très naturelle. Pendant l’écriture, Sophie Letourneur a organisé avec son assistante Romy Engels, des séances d’improvisation avec des amis ou des personnes que rencontrées lors de ses recherches (sages-femmes, pianistes, hypnotiseur, agents, femmes enceintes, futurs papas...). Ils ont joué entre eux les situations précises des séquences du scénario de base qu'elle avait écrit avec Matthias Gavarry. "Ils partaient donc de situations structurées et de dialogues indicatifs. Le principe est d’enregistrer au son toutes ces improvisations, les mélanger, les monter, puis de les retranscrire pour qu’elles deviennent les dialogues définitifs. J’ai utilisé une somme de voix pour les deux personnages principaux interprétés par deux acteurs principaux (Marina Foïs et Jonathan Cohen), alors que les autres acteurs ont joué leur propre rôle, avec leurs propres mots. Par exemple, pour le chamane, que j’ai mis beaucoup de temps à trouver, j’ai enregistré la première rencontre avec lui de façon à ce qu’à l’écriture, je reprenne le détail de ses mots. Je pioche ainsi beaucoup de matériaux de mes films dans le réel. C’est très ludique."

    Dispositif docu-fiction ?

    Pour les scènes à l’hôpital, dans une logique de champs-contrechamps, Sophie Letourneur a filmé les plans documentaires et les séquences d’improvisation en cadrant uniquement le personnel. "Dans le film, toutes les séquences avec le personnel hospitalier ont été captées lors de nos séquences d’improvisations. Le défi pour ce film s’est joué autour du point de montage entre ces plans documentaires et les plans fictionnels, dans une continuité́ artificielle. D’un point de vue technique, pour certaines séquences, les plans documentaires (par exemple le concert, les consultations médicales, l’accouchement), ont donc déterminé la prise de vue fictionnelle qui a « joué le contre-champs ». Ce parti-pris formel m’a permis de confronter l’ultraréalisme des situations au comique burlesque de l’histoire."

    La méthode Letourneur

    Avant de commencer le tournage avec les comédiens, Sophie Letourneur et son équipe ont tourné pendant un mois à l’hôpital. Ils filmaient uniquement le personnel, sur un mode documentaire. "Ils m’ont fait confiance et ont accepté que je les filme dans leur travail. Il y avait deux types de dispositifs : des personnes passaient réellement un examen médical, et d’autres, que je connaissais, qui improvisaient à partir des séquences que nous avions écrites préalablement. Les sages-femmes improvisaient en fonction de la discussion. Un autre type de dispositif consistait à suivre une sage-femme (qui m’avait donné son accord pour être filmée), au cours, par exemple, d’un examen de suspicion de perte des eaux. Je demande à la femme enceinte si je peux filmer la discussion qu’elle a avec l’infirmière, lui assurant que je ne filme que le personnel. Une fois que j’ai toute cette matière, je choisis les plans que je souhaite garder, puis je réfléchis aux contrechamps, à la manière de filmer les acteurs. J’ai aussi filmé une quinzaine d’accouchements pendant ce mois à l’hôpital."

    Format carré

    Si Sophie Letourneur a choisi le format carré pour son film, c’est lié à la fois à l’idée du portrait et aussi du champ / contrechamp - chacun confiné dans son bocal. "C’est aussi un film un peu claustrophobe. Durant le neuvième mois de grossesse, on est un peu coincée dans un calendrier, dans un corps, dans un empêchement aussi. Le format raconte finalement cet enfermement, cette drôle de boîte, celle du couple, celle du ventre, celle de notre condition physiologique d’homme ou de femme. Il fallait formellement aller au bout d’une certaine radicalité, la seule scène d’extérieur est celle où elle part seule chez sa prof de piano, elle quitte l’espace du couple."

    Un ventre Enorme

    Dans le film, si le ventre de Claire devient si énorme, c'est dans le but parler de la transformation des corps, sans que ce soit un acte volontaire ; la grossesse chez la femme, la couvade chez l’homme, explique Sophie Letourneur. "C’est une façon de parler d’une émotion profonde en jouant avec des éléments de comédie. Les frères Farrelly sont des cinéastes que j’aime beaucoup, et la question du corps est centrale dans leurs films. C’est touchant et drôle. Quand le ventre de Claire devient énorme, c’est une manière de parler davantage du ressenti plus que du réel. Le ventre qui gonfle d’un coup est inspiré des phénomènes liés au déni de grossesse, lorsque le bébé prend sa place. Porter un enfant, qui se construit et grandit en nous, on peut voir cela comme de la science-fiction. En termes de mise en scène, il était important que le personnage qu’interprète Marina Foïs prenne corps, littéralement. Au début du film, elle n’occupe pas l’espace dans le cadre, et petit à petit, elle va prendre sa place."
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