Flav43
95 abonnés |
Lire ses 1076 critiques
|
1 - Très mauvais
Un tourbillon aquatique ouvre le film et préfigure les vicissitudes maritales, deux femmes nerveuses dont les souffrances du passé sclérosent le présent. «Törst» (Suède, 1949) d’Ingmar Bergman est une version nouvelle du mal-être humain que son cinéma aime à représenter. Au jour de la saint Jean, Bergman relate en parallèle les fantômes du passé de deux femmes, les rejoint et les confronte. La première d’entre elles, mariée, eut dans le passé un enfant illégitime avec un militaire qu’elle a du avorter sous ordre de cet amant. La seconde, en revanche, eut une brève liaison avec l’époux de la première. Cette maîtresse se révèle en proie à la folie du désespoir. Le vortex du générique trouve souvent l’occasion de s’appliquer au film. Ces tourments sont des gangrènes qui polluent les accointances et se transmettent en épidémie. De la première femme meurtris par une interruption de grossesse, le mal rongeur se transmet à son époux, qui la menace bien des fois jusqu’à rêver de l’assommer, puis se transmet jusqu’à cette femme phobique, tiraillée par son psychiatre. Bergman encercle les situations, étouffent le déploiement des actions sur elle-même, clos les éclats de gaieté. La métamorphose du bonheur en crise conjugale voire en suicide somptueusement pudique relève du malaise que Bergman traite dans toute son œuvre. L’intrigue n’a donc rien de singulier en vue du cinéma de Bergman, le cinéaste demeurant platement fidèle à son ouvrage artistique. Le traitement qu’il en fait, par des parenthèses ponctuelles qui creusent le récit et en retient son souffle, rend l’œuvre asthmatique, confondue dans son propre schéma. L’intrigue en elle-même est claire, aussi limpide que l’eau létale des mers. La mort est claire autant qu’est évidente la complexité nerveuse qui broie les ébats. Cette évidence n’a d’égale que le final incongrument optimiste. Bergman réalise une œuvre mineure. Le sens mineur renvoie là non pas à une envergure moindre mais à un sous-bassement nébuleux du génie.
Ajoutée le 10 févr. 2008 à 16h31
Signaler un abus