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    Sœurs d'armes
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Sœurs d'armes" et de son tournage !

    Des envies de cinéma

    Essayiste, journaliste et réalisatrice de documentaires, Caroline Fourest nourrit des envies de cinéma depuis longtemps. Elle a ainsi réalisé un court-métrage en 2004, mais était trop absorbée par ses autres activités pour se lancer. "Et puis, je redoutais un peu le rapport du monde du cinéma aux femmes. Elles ont tellement été objectivées. Je pensais que je n’y trouverais pas ma place. Preuve que les mentalités évoluent, j’arrive dans cet univers avec un film de guerre féministe. Je ne sais pas si Soeurs d'armes aurait été possible il y a encore cinq ans. Pour y arriver, il a aussi fallu que je m’y autorise, que je prenne le temps de m’extraire de l’actualité pour m’y consacrer... Le 7 janvier 2015 a servi de déclic. J’avais besoin de créer. J’étais traversée par des sentiments  contradictoires qui ne pouvaient plus se contenter d’être sagement et poliment exposés. Peu avant sa mort, Charb parlait beaucoup de s’engager aux côtés des combattantes du Kurdistan. Elles le fascinaient. J’ai ressenti cet appel, très fortement, après son assassinat et celui de mes camarades. Réaliser ce film m’a permis de trouver un moyen plus créatif de répondre à ce drame", confie-t-elle.

    Un sujet épique

    Caroline Fourest a décider de passer à la fiction de par le côté épique du sujet traité dans Soeurs d'armes. La réalisatrice explique : "Dans cette guerre, au cours d’une même vie, des femmes sont passées du sommet de l’oppression — être vendues comme esclaves sexuelles — au sommet de la puissance : prendre les armes pour se venger de leurs bourreaux. Je ne crois pas qu’une guerre ait connu une telle apogée.Comment ne pas avoir envie d’une épopée plus cinématographique ?"

    Le choix du sujet

    Avec Soeurs d'armesCaroline Fourest a choisi de s'attacher au drame des Yézidis parce qu'il concentre tous les drames de notre époque et tous les sujets qui agitent la réalisatrice depuis la fin des années 1990, notamment la question des femmes et celle du fanatisme. "C’est un génocide tout récent, août 2014, mais ce qui s’est joué là-bas rappelle le pire du XXème siècle. Les hommes Yézidis ont été abattus, les femmes tuées ou violées collectivement. Les plus jeunes ont été déportées comme esclaves sexuelles. Certaines se sont échappées. D’autres se sont engagées comme soldates. Elles ont vu d’autres femmes, parfois leurs sœurs, s’engager pour se venger. Ce renversement inouï, le fait de passer de victime à guerrière, est au cœur du film", précise-t-elle.

    Se documenter

    Pour se documenter, Caroline Fourest s'est rendue trois fois au Kurdistan irakien, avant, pendant et après la reprise de Mossoul. Grâce à un ami reporter de guerre qui vivait là-bas, Jérémy André, elle a pu rencontrer à la fois des survivantes et des combattantes de toutes les tendances : Peshmergas, PAK, YPJ... "Notre fixeur Yézidi, Shahin, avait lui-même survécu au génocide de 2014. Il a porté sa mère sur ses épaules pour se réfugier dans la montagne. Il est mort en essayant de sauver une petite fille arabe à Mossoul. J’ai donné son prénom au frère de Zara dans le film", confie la cinéaste.

    Lieux de tournage

    Au départ, Caroline Fourest voulait tourner entièrement Soeurs d'armes au Kurdistan et avait même convaincu des agents de comédiens et des assurances qu'elle et son équipe pourraient être en sécurité en zone kurde, à 80 kilomètres de Mossoul (alors occupé par Daesh). Elle se rappelle :

    "Mais après l’annonce d’un référendum sur l’indépendance, il devenait évident que la situation serait instable. L’aéroport d’Erbil a longtemps été bloqué par mesure de rétorsion par le gouvernement irakien : c’était injouable. Nous avons tourné l’essentiel du film au Maroc, où les équipes sont formidables et où se tournent la plupart des grands films de guerre américains sur l’Irak. Mais au milieu du montage, je suis allée tourner des plans et une scène au Kurdistan, en mode reportage, avec une équipe réduite au maximum. J’ai enregistré des sons, sur des bases militaires et dans un camp de réfugiés, pour enrichir les ambiances du film. Pour la prise de vue, nous avons engagé un droniste et un chef opérateur le temps de tourner les plans que nous voulions insérer dans le montage."

    Trouver Zara

    Pour trouver l'actrice qui allait se glisser dans la peau de Zara, Caroline Fourest a simplement tapé sur Internet "comédienne kurde" et, après plusieurs pages, est tombée sur une photo de Dilan Gwyn. "Elle n’avait pas jouébeaucoup de rôles, elle était à l’affiche d’une série pour adolescents, Beyond, mais il était évident qu’elle crevait l’écran. Elle a beaucoup de talent, un regard qui porte le film, et elle s’est beaucoup investie dans ce rôle. Sa mère et son père sont kurdes. Son père était même un journaliste-poète très connu, qui s’est beaucoup battu pour 9 la cause kurde avant de mourir en exil. Ce film est bien plus qu’un rôle pour elle. Une façon d’être fidèle à son père", se rappelle la cinéaste.

    Jouer les djihadistes

    Pour jouer le djihadiste El BritanniCaroline Fourest voulait Mark Ryder, qu'elle avait trouvé formidable en Cesare Borgia dans la célèbre série télévisée. Les autres comédiens qui jouent les djihadistes ont été recrutés avec l’aide des équipes marocaines : "L’un deux avait été retenu en raison de sa ressemblance avec Al Baghdadi, le leader de Daesh. Son beau-frère travaillait dans notre équipe. Il est arrivé avec un pantalon que portent les salafistes, un tampon sur le crâne. J’ai compris qu’il n’était pas du tout acteur mais bien salafiste. Son téléphone s’est mis à sonner en chantant des versets du Coran. Mais il avait dans les yeux une lueur très sympathique. Je connais bien les islamistes. Je pouvais mettre ma main au feu que celui-là n’était pas politique et pouvait s’amuser avec nous. Je lui ai demandé s’il avait un problème à jouer avec des femmes, à les attraper s’il le fallait pour une scène : nous l’avons testée avec Aziza, la responsable de casting, et il était tout simplement parfait", explique la cinéaste.

    Entraînement des acteurs

    Tout au long du film, Caroline Fourest a consulté Patrice Franceschi, un ami qui a combattu à Raqqa avec des combattantes Kurdes. Il est venu quelques jours sur le tournage et a supervisé les plans du camp militaire qui a été reproduit. "Les actrices sont arrivées avant le début du tournage pour un bootcamp. Nos chefs cascadeurs, notre armurier, les ont entrainées physiquement et au tir. Elles avaient aussi eu une session de tir à l’école militaire de Paris. Mais c’était court. Nos comédiennes ont dû se mettre dans le bain très vite. Et sans râler car à quelques centaines de kilomètres de là, de vraies combattantes mourraient pour de vrai", précise la réalisatrice.

    Côté bande originale

    Caroline Fourest voulait une musique épique et émouvante pour Soeurs d'armes. Au fur et à mesure des essais, il est devenu évident pour la cinéaste que le violon collait aux moments les plus graves de l'histoire. Elle confie : "J’ai beaucoup insisté aussi pour qu’on entende du Duduk, une sorte de flute grave commune aux Kurdes et aux Arméniens, qui vous prend aux tripes et raconte si bien les génocides. Levon Minassian que j’avais entendu à un gala de charité pour les Yézidis, est venu ajouter des notes improvisés dans le film. Pour le reste, la mélodie et la beauté de cette musique originale, on les doit au talent de Mathieu Lamboley. Nous avons vraiment fait du sur mesure, parfois à l’image près. J’ai même réalisé un deuxième rêve avec ce film : écrire des paroles pour deux titres que Mathieu a composés pour le film."

    Scènes de batailles

    Pour la bataille des pick-up, Caroline Fourest voulait réaliser une bataille qui ressemble un peu au tournoi des chevaliers, avec des voitures qui se croisent et tentent de toucher l’adversaire... L’irruption d’un "Mad Max", ces voitures transformées par Daesh pour résister aux balles (et qu’ils appellent vraiment comme ça sur le front), est à la fois un clin d’œil à ce film culte et au réel. La réalisatrice se souvient :

    "Nous avons utilisé un "Mad Max" qui a été reproduit à partir d’un modèle d'origineréellement saisi à Daesh par les Peshmergas. Pour les autres combats, il a fallu beaucoup chorégraphier sur place, avec l’aide de notre équipe de cascadeurs qui aété formidable. On devait tout orchestrer en deux heures maximum avant le "prêt à tourner". Je me souviens d’une scène très dure, celle de l’assaut final, où je devais mettre en place 200 figurants, 40 cascadeurs, et 8 assaillants en leur disant à chacun qui tue qui, qui tombe à terre, sans parler de multiples rebondissement impliquant un enfant et l’une de nos comédiennes... Il a fallu imprimer un rythme un peu infernal à toutes les équipes, qui étaient fatiguées."
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