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    Sympathie pour le diable
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Sympathie pour le diable" et de son tournage !

    Parcours hors normes

    Paul Marchand était un reporter de guerre français né en 1961. En juin 1992, il est l’un des premiers journalistes à arriver à Sarajevo comme freelance pour les journaux, radios et télés francophones d’Europe et du Canada. Il a connu deux des carnages qui ont marqué cette fin de siècle : le Liban et la Bosnie. Par ses actions et ses articles chocs, Paul Marchand a bousculé les conventions. Devenu journaliste un peu par hasard après ses études, il couvre durant huit ans la guerre à Beyrouth, puis la guerre de Bosnie et le siège de Sarajevo pendant presque deux ans. En cotoyant l'horreur humaine la plus totale, il a enfin l’impression de vivre et d’agir véritablement, d’agir et d’influencer un monde que l’indifférence calfeutre d’habitude. En 1994, il a obtenu le Prix spécial du jury du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. En 2009, il se donne la mort par pendaison.

    La guerre de Bosnie

    Avec plus de 2 millions de réfugiés et de déplacés, plus de 100 000 morts, la guerre de Bosnie est considérée comme le conflit le plus sanglant qu’ait connu le continent européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Le siège de Sarajevo est le plus long de l’histoire de la guerre moderne. Il a duré du 5 avril 1992 au 29 février 1996. Près de 12 000 personnes furent tuées et plus de 50 000 blessées dans la ville. Pendant le siège, dans cette cuvette encerclée par plus de 800 positions serbes sur les collines avec une moyenne de 329 impacts d’obus par jour, on compte un record de 3 777 impacts d’obus le 22 juillet 1993.

    Un livre coup-de-poing

    Guillaume de Fontenay a connu Paul Marchand au travers du journal de Radio-Canada où il était correspondant de guerre freelance depuis Beyrouth et ensuite en poste à Sarajevo à partir de 92. C'est en 1997 qu'il a lu son livre coup-de-poing "Sympathie pour le diable". Il explique : "Un cri du coeur, une litanie sur la guerre, la mort et son expérience de correspondant de guerre après ce conflit. À l’époque, je faisais du théâtre et je voulais monter un spectacle composé d’une chaise posée sur des gravats, avec Paul assis, seul au milieu de la scène devant un mur de moniteurs télé où auraient été diffusées les images de presse du conflit, récitant un monologue sur la guerre tiré de son livre. Mais je n’ai pas eu le courage d’aller voir Paul à l’époque et petit à petit m’est venue l’idée de faire ce film."

    Rencontre avec Paul Marchand

    En 2006, Guillaume de Fontenay a rencontré le célèbre reporter de guerre chez lui, dans la petite ville de Sens située à 100 km au sud-est de Paris. Le réalisateur se souvient : "Il est venu me chercher à la gare, cigare au bec, son bras et sa main rapiécée. On est partis chercher sa fille à l’école, puis on a discuté toute la nuit. Ça a été une rencontre très forte. Il est devenu un ami cher et c’est une des intelligences les plus vives que j’ai rencontrée. À la base, c’était un homme blessé. En 2008, quelques mois avant son suicide, il m’a dit en pleurant qu’il était fini, qu’il avait marché sur des terres contaminées et qu’il n’était plus apte à vivre. Des reporters de guerre m’ont dit que s’ils étaient sur le terrain, c’est parce qu’ils avaient des blessures à colmater. Être témoin de souffrances plus grandes leur permet, dans une certaine mesure, de prendre de la distance avec les leurs."

    Tourner à Sarajevo

    Sympathie pour le diable a été tourné l’hiver dans des conditions difficiles. La grande majorité de l’équipe était bosnienne et a vécu cette guerre. Guillaume de Fontenay se rappelle : "Nous avons embrassé cette histoire, cette ville, et l’équipe sarajévienne nous l’a rendue au centuple. Oui, il y avait peut-être un peu de méfiance au départ, mais je pense qu’on a su démontrer très vite l’intégrité de notre démarche aux locaux. Nous n’avons pas débarqué en touristes ou en voyeurs. Beaucoup de Sarajéviens, notamment certains qui ont collaboré au film, ont connu Paul. Ce conflit a laissé des traces évidentes et profondes. Les gens là-bas ont un sens de l’humour très particulier, un peu noir, ils ne glissent jamais dans l’auto-apitoiement. Ils ont une capacité de résilience exceptionnelle, alors qu’ils ont vécu une injustice effroyable. Aujourd’hui, il y a un taux de chômage très élevé, et pour toutes ces raisons, c’était très important pour moi d’aller tourner à Sarajevo."

    Le choix Niels Schneider

    Niels Schneider s’est imposé immédiatement dans le rôle de Paul Marchand. Pour Guillaume de Fontenay, il possède le charisme et le côté dandy du reporter, tout en ayant lui aussi vécu des évènements durs dans sa vie. Le réalisateur précise : "Et c’est cette fêlure qui était le plus important et le plus touchant pour moi. Niels s’est investi de façon exceptionnelle dans ce rôle. Il a travaillé sa diction pour retrouver l’énergie de Paul, ses mouvements de mains, ses regards… Il a maigri, il a travaillé cet état d’hyperveillance. Il a observé des extraits télévisés de Paul, il a écouté ses reportages radio pour retrouver la musicalité de son phrasé. Il a réussi à retrouver ses masques et rendre palpable sa fragilité. Ç’a été un coup de coeur mutuel très fort."

    Un film cru et pudique

    Guillaume de Fontenay a voulu raconter cette histoire avec fidélité et pudeur. Le cinéaste a ainsi cherché à montrer la dureté de cette guerre, mais aussi des scènes plus légères comme celle où Boba apporte des fruits et légumes à ses amis. "Je n’ai pas voulu embellir la guerre, j’ai refusé de tourner en 16/9 ou en 2/35. En 4/3, l’image a le cadre des caméras télés de l’époque, elle est plus brutale, plus claustrophobique. J’ai voulu rendre le film le plus sensoriel et le plus immersif possible, à la fois radical et humain. La lumière est désaturée, parce que c’est la lumière de Sarajevo en hiver : de la brume et peu de couleurs. Je voulais un film à la fois cru et pudique, je n’ai pas insisté sur le sang qui coule, mais le film est violent quand il le faut. Tout est filmé caméra à l’épaule, dans le sillage de Paul, sans champs-contrechamps classiques."

    Personnalité extrême

    Guillaume de Fontenay a eu, lors de l'enterrement de Paul Marchand en 2009, le privilège de rencontrer presque tous les journalistes avec qui il était à Sarajevo. Il a ainsi pu obtenir de préicieux témoignages quant à la personnalité du reporter sur le terrain. "Selon tous les témoignages, Paul se comportait de manière souvent dingue à Sarajevo, il était radical, entier, tête brûlée. Mais je n’ai pas voulu en faire un super-héros. Dans le film, je montre certains de ses comportements pas toujours irréprochables. Paul avait des défauts, mais aussi beaucoup de qualités : c’était un homme de coeur, généreux, courageux, profondément investi dans son métier et ses engagements. Il avait une sympathie pour le diable parce qu’en enfer, les gens sortent du cadre social habituel. En enfer, il n’y a plus de codes sociaux, tout se vit dans l’immédiat, sans lendemain, à chaque instant. Paul carburait à cette adrénaline. Sans son étroite collaboration, jamais nous n’aurions pu écrire ce film avec Guillaume Vigneault et Jean Barbe", explique le cinéaste.
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