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Un grand auteur se reconnaît, entre autres, à la constance thématique de son oeuvre. Voir Le Secret derrière la porte sans savoir qu'il est signé Fritz Lang, et ne pas s'en rendre compte, est proprement impossible quand on connaît un peu le réalisateur allemand. Le film se rapproche autant de M le Maudit que de La Rue Rouge dans son évocation d'une nature criminelle inévitable chez l'être humain, ou bien quand il aborde la question du déterminisme. Pour autant, et c'est là aussi qu'on constate la patte d'un grand auteur, Fritz Lang sait évoluer. Là où La Rue Rouge enfermait son personnage principal dans une mécanique de chute inexorable, Le Secret offre une possibilité de rédemption au criminel. Cette option inédite est la conséquence de la nature même du personnage féminin, admirablement interprété par Joan Bennett. C'est que Le Secret est aussi un film sur le couple, à la fois sur les secrets que chacun de ses deux membres doit garder pour assurer un équilibre à ce même couple, et à la fois sur la confiance que l'un et l'autre doit placer chez son partenaire. Le couple, nous dit Fritz Lang, n'est pas qu'affaire de passion et de romance pure ( les deux tombent amoureux instantanément, c'est plutôt physique ), mais aussi une histoire adulte, où chacun doit rattraper l'autre si ce dernier sombre. Et malgré les épreuves terribles qu'elle endure, Celia sera toujours là pour son époux. Elle fait fi du pire pour espérer le meilleur, et accède ainsi à une sorte de statut romantique d'autant plus intéressant qu'ici c'est une figure féminine qui l'expérimente. Un grand auteur, c'est aussi quelqu'un qui sait s'entourer des meilleurs. Ici, Stanley Cortez, futur directeur de la photo de La Nuit du Chasseur. Assurément, Laughton s'inspirera de quelques plans du film de Lang lorsqu'il réalisera son unique film. On retrouve dans les deux oeuvres une atmosphère singulière ( très rare dans le Lang, mais importante et impressionnante néanmoins ), quelques scènes totalement détachées de la réalité, baignant dans un onirisme d'une beauté plastique hallucinante. De manière générale, Lang sait comme peu de monde créer une ambiance ambigue, malsaine, propice à la paranoïa du spectateur. L'attachement au personnage de Bennett ne fait en effet que renforcer l'immersion du spectateur, lequel éprouve lui aussi un sentiment de perte et de peur face à l'inconnu. Lang sait très bien susciter l'intérêt, piquer la curiosité de son public, lui faire sans cesse se poser des questions sur la nature des individus et ce qui les anime. Le Secret derrière la porte est un film maîtrisé d'un bout à l'autre, terriblement prenant et doté d'une atmosphère d'horreur à la fois suggérée comme stylisée, et très cinématographique dans son côté spectaculaire. Film vraiment réussi, même si on peut lui reprocher quelques longueurs et un manque de subtilité par moments.
Ajoutée le 10 févr. 2012 à 14h01 Signaler un abus
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