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Si «Le Salon de Musique» est un excellent long métrage, probablement l'un des meilleurs de Satyajit Ray, je ne partage en revanche pas complètement l'enthousiasme souvent sans réserves de bon nombre de spectateurs ou de critiques. Il s'agit d'un film abouti certes, d'une indéniable qualité formelle, mais dont le rythme est quelque peu maladroit, l'interprétation inégale, la mise en scène pas toujours inspirée, d'autant plus que le ton est parfois fort convenu. À vrai dire Satyajit Ray focalise son propos sur ce personnage de Zamindar mélomane, qui concentre à lui seul la majorité des enjeux thématiques du long métrage (les autres personnages ne sont guère développés, si ce n'est celui de l'arriviste bourgeois devant lequel le noble ne voudra pas perdre la face). Ray nous conte en effet le récit de sa chute, entraînée par son amour immodéré de la musique. À ce stade, on ne peut que ressentir beaucoup de sympathie à l'égard de cet homme semble-t-il rêveur et amateur éclairé d'art indien. Mais ce serait oublier les raisons et les conséquences plus profonde de son attitude : dans «Le Salon de Musique» ce n'est pas tant la musique elle-même qui est « étudiée », mais sa place dans la société, son rôle, son influence, ce qu'elle signifie au-delà de son essence même. Car pour le noble la musique a un rôle prestigieux, son écoute n'est pas permise à n'importe qui et requiert tout un cérémonial, qui lui donne par ailleurs l'occasion d'étaler son luxe devant ses convives, et leur signifier ainsi sa supériorité matérielle et morale. Et si les représentations données dans son salon de musique servent en un sens à « tenir son rang », c'est aussi (et c'est lié) le reflet de son orgueil démesuré, la manifestation de son auto-satisfaction et de son goût du paraître, qui relativisent bien la « hauteur d'âme » de ce nanti. Ray se garde bien de juger cet homme (la vie s'en chargera), il se fait surtout le chroniqueur d'une tragique fatalité, à la fois déplorable et nécessaire : la chute de la noblesse. Incontournable. [3/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Ajoutée le 20 mai 2012 à 14h50 Signaler un abus
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