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René Clément réalise ici son avant dernier film où adaptant un roman de l'américain David Goodis avec l'aide de Sébastien Japrisot, il s'offre un casting international. Les deux hommes avaient collaboré trois ans auparavant pour "Le passager de la pluie" qui fut sans contexte un des grandes réussites de Clément. Il faut préciser que Clément n'est pas à l'origine de ce projet pour le moins baroque. En 1972, Le western spaghetti est à l'honneur et Sergio Leone son maître à penser a profondément modifié les codes esthétiques du genre, lui donnant un second souffle. Jean-Louis Trintignant lui-même a participé quatre ans plus tôt à un "spaghetti" de Sergio Corbucci, "Le grand silence", devenu culte depuis auprès des amateurs . Japrisot et Clément tentent le pari osé de donner un parfum "léonien" à un film policier. Le tout donne une mixture très étrange et pas toujours digeste même si elle demeure sympathique. Le scénario truffé d'invraisemblances et assez touffu introduit une première grande variante avec les westerns spaghetti dont les intrigues minimalistes jusqu'au possible laissaient la place exclusive à l'imagerie si typique et recherchée du genre. L'autre faiblesse du film est indéniablement la présence aux côtés de Robert Ryan et d'Aldo Ray de Jean-Louis Trintignant dont la singularité du jeu décalé peut finir par user les nerfs des plus coriaces quand elle ne prête pas à sourire. Comment penser que cet ectoplasme puisse s'imposer face à Robert Ryan qui a déroulé sa grande carcasse sur tous les westerns et les films policiers du Hollywood des années 50 ? Jean-Louis Trintignant poursuivi par des gitans à la gomme, atterrit dans la cabane des bandits par un hasard des plus incroyables et finit pas s'imposer à toute la bande, allant jusqu'à conter fleurette à la maîtresse du caïd sous l'œil attendri de ce dernier . De son côté Aldo Ray que l'on a connu plus inspiré surjoue volontiers. Tisa Farrow apporte son étrange beauté et Léa Massari donne la caution italienne à cette production hétéroclite. Si le holdup final est plutôt original dans sa conception, Japrisot ne sachant plus très bien comment conclure, choisit d'offrir à Ryan et Trintignant une mort sacrificielle copiée sur celle du tandem Newman/Redford dans "Butch Cassidy et Billy the Kid" de George Roy Hill. Il s'agit donc d'un film sous influence qui n'apporte rien au prestige de Clément mais qui constitue comme une fantaisie dans le parcours d'un réalisateur connu jusqu'alors pour sa très grande rigueur. Si on veut bien se projeter vingt ans plus tard on pourra faire une analogie entre cette tentative et celle de Tarentino qui comme Clément remixera avec plus de bonheur et de succès ses influences diverses venues des westerns italiens et des films de John Woo. On peut malgré tout se demander quand on voit Ryan et sa bande effectuer leur braquage en smoking si Tarentino n'a pas un peu pensé à René Clément quand il a mis en scène "Reservoir Dogs". On passera sur la pensée initiale de Lewis Carroll mise en exergue par Clément qui n'est qu'une redite d'un procédé cher à Melville permettant à Japrisot d'inclure comme dans beaucoup de westerns spaghetti des scènes de flash back rapides sur l'enfance des héros. Quant à la musique de Francis Lai, elle a par instant des intonations qui rappellent le grand orchestrateur de toute cette mouvance que fut Ennio Morricone. Une curiosité très bien analysée par Henri Chapier dans le documentaire (Western frites) qui agrémente le DVD. A noter l'apparition d'Emmanuelle Béart enfant dans une très courte scène.
Ajoutée le 10 avr. 2012 à 10h14 Signaler un abus
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