"Le choc des mondes !"
Les scénarios les plus simples font parfois les films les plus forts. Il en est ainsi avec “Witness�, la première incursion cinématographique en terre américaine de Peter Weir, l’iconique réalisateur australien de “Pique-nique à Hanging Rock� et “La Dernière Vague�. Un petit garçon (Lukas Haas) qui est le témoin involontaire d’un crime, est en danger de mort. Ayant lui aussi découvert l’identité de l’assassin, l’inspecteur John Book (Harrison Ford) se retrouve, lui aussi, dans la ligne de mire du meurtrier. Le policier se réfugie alors dans l’austère monde ethnoreligieux amish, auquel l’enfant et sa mère (Kelly McGillis) appartiennent. Cependant, le tueur est toujours à leurs trousses… Sorti en 1985 aux Etats-Unis, le film est un succès public autant que critique. Peter Weir qui avait fait de son cinéma dit d’�ozploitation� - sur le sol australien, - une vitrine anthropologique, reprend à son compte sur le sol étasunien, le récit d’une petite communauté vivant en marge au sein d’un grand pays occidentalisé, avec toutes les complexités que cela peut entraîner. Ainsi, deux mondes avec leurs codes et leurs coutumes s’offrent aux spectateurs au travers d’un thriller à la patine plutôt classique en première lecture. En effet, les témoins de meurtres au cinéma sont légion (“L’épreuve de force�, “L’énigme du Chicago Express�, “Traquée�), mais le long-métrage va bien plus loin qu’un simple polar.
Grâce à l’univers de la communauté amish qui est un véritable personnage du film, en particulier grâce au regard profond magnifique et mélancolique de Kelly McGillis, en véritable mère courage, face à John Book qui semble perdu et aux abois, Peter Weir instille à son long-métrage un amour naissant en filigrane de l’intrigue. Un parti-pris essentiel, car ses deux êtres que tout oppose de par leurs conditions sociales et leurs valeurs vont donner au film, l'empathie qu’il faut pour souffrir avec eux, car le film reste un polar au suspense prégnant.
Le parcours initiatique aussi dangereux que magnifique de ce trio hétéroclite (magnifié par la partition musicale du grand Maurice Jarre) fait s'entrechoquer le brouhaha urbain et la violence endémique du monde moderne (la ville de Philadelphie), face au monde feutré, au demeurant austère et anachronique de la communauté amish. En conteurs d’histoires humanistes et naturalistes au travers de ses récits, Peter Weir ne stigmatise jamais l’existence choisie par ces descendants de colons helvétiques et allemands et fait de “Witness� un film à part faisant écho d’avec “The Mosquito Coast� son film suivant toujours avec Harrison Ford.