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In girum imus nocte… un film qui contient sa propre critique. Il est peut-être un des seuls qui a été réalisé, non pas pour recevoir les critiques imbéciles de son époque ni pour alimenter ou renouveler une création artistique en perte de vitesse, mais pour nuire directement à la domination. Il ne se contente pas d’exister pour lui-même mais incite à sa négation, son dépassement et sa réalisation. Il dit en gros : "je critique et rejette radicalement l’ensemble de la société existante, mais par ma forme cinématographique j’ai conscience de reproduire une des formes figées de l’expression artistique (même si je n’obéis à aucune règle du genre) ; et en cela ma seule valeur se mesurera à ma capacité à provoquer le renversement de l’ordre et des valeurs dominantes, et donc à ma capacité à provoquer ma propre négation. Je perdrai toute valeur le jour où les conditions qui m’ont fait naître auront disparu." On peut dire sans sourciller que c’est un film contre le cinéma, en tant qu'art séparé de la vie. Difficile de l'extraire de son époque, difficile de le comprendre sans connaître les tenants et aboutissants de l'internationale situationniste. Quelques extraits mémorables, à propos de Paris et son peuple, avant les années 60 : "On n’en avait pas encore chassé et dispersé les habitants. Il y restait un peuple qui avait dix fois barricadé ses rues et mis en fuite des rois. C’était un peuple qui ne se payait pas d’images. On n’aurait pas osé, quand il vivait dans sa ville, lui faire manger ou lui faire boire ce que la chimie de substitution n’avait pas encore osé inventer. Les maisons n’étaient pas désertes dans le centre, ou revendues à des spectateurs de cinéma qui sont nés ailleurs, sous d’autres poutres apparentes." Ou encore : "Les étoiles n’étaient pas éteintes par le progrès de l’aliénation." Enfin : "Paris avait plus à perdre qu’aucune autre. C’est une grande chance que d’avoir été jeune dans cette ville quand, pour la dernière fois, elle a brillé d’un feu si intense."
Ajoutée le 16 août 2011 à 03h33 Signaler un abus
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