Mon AlloCiné
Titicut Follies
note moyenne
3,8
62 notes dont 5 critiques
60% (3 critiques)
20% (1 critique)
20% (1 critique)
0% (0 critique)
0% (0 critique)
0% (0 critique)
Votre avis sur Titicut Follies ?

5 critiques spectateurs

cylon86

Suivre son activité 408 abonnés Lire ses 4 204 critiques

4,0Très bien
Publiée le 26/09/2017

En 1967, quand Frederick Wiseman pose sa caméra dans l'asile de Bridgewater, il n'est pas encore le cinéaste que tout le monde connaît, pape du documentaire. "Titicut Follies" est son premier film et il impose déjà son style et ses thèmes de prédilection. Depuis Wiseman n'aura de cesse d'explorer les méandres des institutions en en filmant les coulisses avec un œil acéré et un sens du montage extraordinaire. En témoigne le début de ce film où l'on découvre des patients de l'asile en train de chanter dans le cadre d'un spectacle et un homme jovial les accompagner. Puis la scène nous dévoile que cet homme est un gardien et les patients sont nus sous leurs yeux, examinés sous toutes les coutures. Si Wiseman se garde bien d'émettre de jugements évidents, sa façon de monter les séquences en dit long et terrifie sur la façon dont les patients sont traités : l'un d'entre eux raisonne avec logique, réclame à retourner en prison et on le prend de haut en le diagnostiquant avec bêtise ! Entre les gens que l'on force à manger et la nudité permanente des patients, Wiseman dévoile un portrait peu recommandable de cette institution de Bridgewater et des méthodes appliquées, dénonçant un manque de discernement de la part des médecins et un harcèlement des gardiens assez glaçant. Le tout, bien que froid et certainement déprimant, est film de la plus haute importance, passionnant et donnant naissance à un grand cinéaste.

Yves G.

Suivre son activité 142 abonnés Lire ses 1 054 critiques

3,5Bien
Publiée le 21/09/2017

Frederick Wiseman tourne en 1967 son tout premier documentaire, dans un noir et blanc granuleux, avec un son inaudible, dans le service psychiatrique d'un hôpital militaire. Il n'est pas encore le "pape du documentaire" mondialement reconnu, consacré en 2017 par un Oscar d'honneur pour l'ensemble de son œuvre. Mais, déjà, il a posé les règles dont il ne s'éloignera guère et auquel le documentaire contemporain a l'obligation de se conformer : montrer plus que démontrer en filmant sans commentaire, sans voix off, sans sous-titres. Pour ces raisons, "Titicut Follies" impressionne par sa modernité. C'est un documentaire marquant de l'histoire du documentaire. Mais c'est aussi un documentaire inscrit dans son époque : un temps où les Noirs étaient minoritaires dans les établissements pénitentiaires, un temps où les gardiens et même les médecins avaient la clope vissés au bec, un temps où la guerre du Vietnam constituait l'arrière-plan politique de la vie en prison. Mais, au-delà de ces considérations historiographiques, "Titicut Follies" impressionne voire traumatise par le portrait sans concession qu'il fait de la vie en prison. On est loin de l'artificialité des séries américaines ("Prison Break", "Orange Is the New Black") qui donnent au spectateur une fallacieuse impression de familiarité. Wiseman filme des prisons sales, bruyantes, incroyablement dures aux hommes. Au vu de ce portrait à charge de l'institution pénitentiaire, on se demande comment Wiseman a pu obtenir l'autorisation de filmer. D'ailleurs, on n'est qu'à moitié surpris par le jugement rendu par la Cour du Massachusetts qui en a interdit la diffusion (Wiseman s'était pourvu devant la Cour suprême mais sa requête n'a pas été examinée) non pas pour maintenir le secret sur les pratiques répréhensibles des services pénitentiaires mais par respect pour la vie privée des patients livrés nus à l’œil inquisiteur d'une caméra. Car Wiseman filme les patients de la prison de Bridgewater dans leur traumatisante nudité. Il montre un fou qui déblatère sans queue ni tête, un autre qui est intubé pour être nourri de force, un troisième (le même ?) dont on fait la toilette mortuaire avant de sceller son cercueil, un autre encore qui essaie vainement de convaincre une commission de révision qu'il est sain d'esprit et n'a pas sa place ici. Les images sont crues, brutales. Sans doute cette vérité sert-elle à nourrir un procès. Le procès d'une psychiatrie d'un autre âge - comme "Vol au-dessus d'un nid de coucou" allait la dépeindre huit ans plus tard. Soigner et punir pour paraphraser Foucault - dont les travaux sur le bio-pouvoir sont contemporains. Mais ces images sont aussi celles d'humains souffrants qu'on en peut regarder sans souffrir à son tour.

iHeisenberg

Suivre son activité 5 abonnés Lire ses 83 critiques

5,0Chef-d'oeuvre
Publiée le 22/03/2011

Un documentaire que je n'oublierai jamais. "La psychiatrie en France en est encore au Moyen-Age." (Docteur Machin, 2011) ....

Anachnu

Suivre son activité 29 abonnés Lire ses 38 critiques

5,0Chef-d'oeuvre
Publiée le 23/05/2010

Titicut Follies est un film documentaire qui a provoqué de nombreuses polémiques et débats, au point d'être interdit pendant plus de 30 ans. Chez Wiseman, il n'y a pas d'entretien, pas d'interview. Les américains croient à la capacité d'observation de la caméra et du magnétophone. Wiseman pense certes qu'il y a des bons films faits sur la base de l'interview, mais il s'agit d'un quadrillage qui va faire entrer la parole dans certains rails. La parole "questionnante" est une parole qui est déjà surplombante qui va diriger la réponse. Sans parole, au bout d'un certain moment, les filmés vont oublier la présence de la caméra. On ne trouve pas ici de personnage principal. C'est d'ailleurs un des trait marquant du cinéma de Wiseman pour qui, le personnage véritable est l'institution à l'intérieure de laquelle se déroule le récit. Titicut Follies montre le sort fait aux détenus d'un pénitentiaire pour criminels aux troubles mentaux. Le spectateur est mi en présence de manière direct aux multiples humiliations faites à ces personnes. Le but n'est clairement pas de nous faire compatir, étant donné qu'il s'agit de criminels. Le but est plutôt de nous faire réfléchir à comment sont traitées ces personnes : la déshumanisation, l'enfermement, les sévices (tant physiques que mentaux). La fin du film nous fera prendre conscience que face à la puissance de l'institution, la parole d'un "fou" n'a pas grande valeur et a vraiment peu de chance d'être entendu, aussi censé soit-elle. De manière formelle, on notera l'image au grain très prononcé, résultante du matériel utilisé par Wiseman (de manière anecdotique, notons que Wiseman n'était pas cadreur mais preneur de son lors du tournage, ce qui montre l'importance du son pour le réalisateur). Film à conseiller à tout le monde. Attention à certaines images pouvant peut-être choquer les plus jeunes et/ou les plus sensibles. Enfin, notons que Titicut Follies est un des films utilisé par Scorsese en préparation de Shutter Island.

Chrismarker976

Suivre son activité 6 abonnés Lire ses 18 critiques

5,0Chef-d'oeuvre
Publiée le 11/10/2017

« Let the Viewer Decide ». Inspiré par les travaux de la seconde École de Chicago sur le fonctionnement des institutions américaines, ainsi que par la méthode de l’observation participante expérimentée par le sociologue et linguiste Erving Goffman, Frederick Wiseman amorce dès son premier long-métrage une évolution majeure dans l’histoire du cinéma documentaire. Tourné pendant un mois au pénitencier psychiatrique de Bridgewater, dans l’état américain du Massachusetts, « Titicut Follies » se distingue par une approche épurée et résolument non dramatique, bannissant interviews, commentaires off et musiques additionnelles. Ce refus de toute complaisance et de pathos facile n’exclue évidemment pas un parti pris critique, pris en charge par un montage subtil et efficace. C’est en raison de cette pertinence dans le choix du moindre plan et d’un travail acharné sur leurs raccords que le coup d’essai de Frederick Wiseman peut être considéré comme un chef d’œuvre. À partir des dizaines d’heures de rushes obtenus à Bridgewater, « Titicut Follies » extrait la substantifique moelle d’une fréquentation respectueuse et humaine des habitants du lieu. Dans un noir et blanc quasi expressionniste, dont se souviendra Raymond Depardon en réalisant « San Clemente », Frederick Wiseman présente une galerie de portraits troublants, suscitant la surprise et l’interrogation du spectateur qu’il ne s’agit aucunement de ménager. D’emblée, un pédophile explique calmement ses actes, développe ses désirs, confesse des délits inconnus, et appelle à des soins intensifs, devant un médecin stoïque, à l’accent étrange et au ton inquisiteur, qui cherche subrepticement à lier ses vices à des tendances homosexuelles. Cependant il ne faudrait pas, comme l’indique la notice Wikipédia du film ou l’écrivent beaucoup de critiques imbéciles, constater ici un brûlot contre le personnel médical et pénitentiaire de Bridgewater. Spoiler: Ce serait oublier la séquence où le vieux Jim, qui vient de souiller sa chambre, est rasé avec bienveillance par les gardes ; celle où un patient couvert de chocolat prend un bain sous les encouragements amusés du personnel (pourquoi serait-il moralement répréhensible de rire avec un patient ou même du patient ?) ; les infirmières émues aux larmes lorsqu’elles reçoivent des nouvelles des ex-détenus ; ou encore les conversations de vestiaires sur les effets nocifs des gaz lacrymogènes. De fait, Frederick Wiseman s’intéresse à tous les hommes de Bridgewater, se montre attentif aux corps, jusqu’aux plus ravagés et démantibulés, ainsi qu’au rapport entre les corps, aux échanges de gestes. Spoiler: C’est ainsi qu’il faudrait envisager l’extrême-onction du prêtre, parcourant chaque organe et chaque sens d’un malade, lui reconnaissant dans le péché même une valeur d’être humain. Le tour de force de Wiseman est également d’exposer les corps des patients le plus souvent nus, par commodité (n’oublions pas que nombre d’entre eux arrachent leurs vêtements) ou simplement manque de moyens, et de parvenir à préserver une dignité impossible. Spoiler: Le cadrage sur le maintien viril et presque martial du vieux Jim, sur son regard déterminé jusque dans la mauvaise foi, font en effet bien vite oublier cette nudité. Réglons ici le sort au parallèle dressé par certains commentateurs avec l’univers concentrationnaire, parallèle auquel le patronyme du réalisateur invite trop facilement. Bien éloigné du désir de ramener sans cesse toute expérience traumatisante à un seul événement historique, dérive dans laquelle se complaît Claude Lanzmann de manière obsessionnelle dans toute sa filmographie jusqu’à consterner aujourd’hui toute la critique de presse avec son immonde « Napalm », Frederick Wiseman retrouve ici une barbarie universelle qui ne saurait être l’apanage d’un seul peuple. Mais alors où se niche la critique, la colère contenue que nous percevons bien en regardant « Titicut Follies » ? Comme dans toute l’œuvre à venir de Frederick Wiseman, il s’agit bien de déceler et d’épingler les mécanismes inconsciemment cruels et mortifères des institutions américaines, qui dépassent l’homme et créent des situations absurdes et réellement « folles ». De nombreux plans s’attardent ainsi sur le lieu même, ses cellules étroites aux peintures défraîchies, ses salles de soins ornées d’un matériel obsolète, son absence d’hygiène élémentaire dans les salles d’eau. Spoiler: Dans une des séquences les plus connues du film, un patient est intubé pour ne pas mourir de faim, sous les yeux admiratifs (« C’est un bon patient ! Un vétéran ! ») d’un médecin s’indignant, dépité et la clope au bec, de l’absence de vaseline et de graisse pour mener décemment les soins. Mais plus encore que dans les conditions vétustes du pénitencier psychiatrique, la clef de voûte de la recherche entreprise dans « Titicut Follies » se situe dans le cas Vladimir. Spoiler: Le jeune patient, diagnostiqué schizophrène à tendance paranoïaque, mène au cours du film un combat donquichottesque pour quitter l’hôpital psychiatrique et revenir dans un quartier de haute sécurité classique. Il parle beaucoup, dans un anglais précis voire châtié, raisonne clairement et présente des arguments sensés. Cependant, la commission qui se réunit pour observer son cas finit par refuser sa demande, concluant que son désir de partir est conditionné par sa peur de partir, une jeune femme glissant lors des délibérations : « Le schéma de base est faux, mais le raisonnement est logique ». Tout l’intérêt du film réside dans cet adjectif « faux ». Car le spectateur est dès lors chahuté : faux au nom de quoi ? De la morale, de la doxa politique, de « l’American way of life » dont les patients offrent un négatif intolérable ? N’oublions pas que les travaux sur lesquels se fonde Frederick Wiseman sont aussi ceux de linguistes. Le documentaire ne fustige pas tant la jeune femme qui laisse tomber cette sentence aberrante, qu’un système bien rôdé qui lui fige ces mots en bouche et qu’elle répète par pur psittacisme. Ne cessant alors d’interroger cette frontière floue entre le « vrai » et le « faux », la « raison » et la « folie », « Titicut Follies » ouvre l’espace et nie cette frontière dans des séquences de relâche salvatrices. Il y a tout d’abord une libération étourdissante de la parole politique : Spoiler: un patient égrène les noms des dignitaires américains, Kennedy, Johnson, qui passent tous au tamis de son jugement eschatologique ; un autre se lance dans une tirade pamphlétaire contre la guerre du Viêt-Nam, véritable fissure morale de l’Amérique des années soixante : « Que fait le drapeau américain au Viêt-Nam ? ». Le macrocosme politique trouve un écho singulier dans le microcosme de l’asile, rebattant les cartes de la parole propagandiste du pouvoir et des grands médias américains, au gré d’une métaphore filée encore saisissante aujourd’hui : « L’Amérique est la femelle du monde en chaleur. Sa libido entraîne la guerre, comme le sperme de l’homme dans la femme, de la femme dans son propre corps… a la même influence, mais sur un plan gigantesque. Quand tu as fait l’amour, tu te trouves bien, toi ? En bonne forme et tout ? Mais non. » Tout un espace de subversion et de force désirante se love entre les lignes, un raz-de-marée monstrueux pour l’Amérique puritaine et va-t’en-guerre, endigué bon gré mal gré dans des structures dissimulées du grand public. Selon des touches plus subtiles, Frederick Wiseman montre qu’une autre échappatoire ici emmurée est le talent artistique. Car que signifient les frontières morales dans la création artistique ? Ici un saxophoniste noir lance des notes mélodieuses dans la cour du pénitencier, là un patient entonne avec conviction « Chinatown, my Chinatown », pendant que certains détenus développent une rhétorique involontairement poétique qu’on rêverait de voir couchée par écrit. « Titicut Follies » brise ainsi de manière ironique les murs du pénitencier en un « Jour des fous » où tous les rôles sont inversés et confondus. Spoiler: Le documentaire s’ouvre et se ferme en effet sur la comédie musicale éponyme, chantée par certains détenus et patients. Émerge alors de la troupe, par la magie du montage, le véritable fil rouge de « Titicut Follies » : le gardien-chef de la prison, exubérant meneur de revue. Ses apparitions enthousiastes, fredonnant les grands airs de la comédie musicale, tenant à cette prestation comme au spectacle de toute une vie, le visage illuminé d’un sourire constant et parcouru de tics compulsifs, en font le seul véritable « fou » du film. Le « vrai » est-il donc ici ? Dans une parodie grossière d’art, dans une gestion de prison aux allures de « one-man-show », dans une idée fixe de réussite : « Vive Bridgewater ! » ? Les derniers mots de « Titicut Follies » offrent une réponse pleine d’humour noir : « Nous reviendrons l’année prochaine ! », après de nombreux plans montrant les corps des suicidés et une séquence d’enterrement. Une autre réponse, plus désabusée, figure dans le générique qui s’acquitte avec dérision des devoirs de censure : « La Cour Suprême du Massachusetts ordonna qu’une brève explication figure dans le film quant aux modifications et changements qui ont eu lieu à l’Institut Bridgewater depuis 1966 … Des modifications et des changements ont eu lieu à l’Institut Bridgewater depuis 1966. » Interdit pendant plus de vingt années sous couvert d’atteinte à l’intimité des patients, « Titicut Follies » initie la critique poursuivie par Frederick Wiseman dans toute sa carrière, celle d’institutions aux injonctions et au mode de fonctionnement absurdes, régies par des éléments de langage qui nient l’humanité en prétendant se fonder sur un modèle logique et raisonnable. C’est cette chronique en finesse d’un pays malade que les censeurs ont tenté de réprimer. Alors que la plupart des fictions se servent de manière opportuniste des troubles mentaux comme des moteurs efficaces de l’intrigue, Frederick Wiseman, en rétablissant une humanité cachée et parfois conspuée, unissant dans un même geste gardes et patients, pratique de son côté une véritable entreprise cinématographique, une transfiguration artistique de l’horreur et du dénuement.

Les meilleurs films de tous les temps
  • Les meilleurs films de tous les temps selon les spectateurs
  • Les meilleurs films de tous les temps selon la presse
Back to Top