emily_g
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3.5 - Bien
Un film étrange, un peu bancal, mais finalement très attachant. On a d’abord du mal à voir où veut en venir Melville avec ce road-movie cynique et déflationniste. La piste du polar est peu à peu évacuée, celle de la manipulation aussi… Reste ce couple d’escrocs (l’un à la petite semaine, l’autre de haut vol) qui aiment à se voir comme des prédateurs implacables, alors que leur fuite se fait sans éclat et sans panache. Et on retrouve le talent du cinéaste pour construire des personnages équivoques, qui sont comme des pages blanches sur lesquelles il nous faut construire des motifs. Vanel et Belmondo font des merveilles dans ce registre ambigu : longtemps on se demande ce que chacun à en tête, et on extrapole des scénarios tandis que le film déroule un peu lâchement le fil de son intrigue (on a aussi le temps d’admirer le subtil travail sur la couleur, avec ces pastels chaleureux qui sont une belle exception dans l’œuvre monochromatique du cinéaste). Le récit fait parfois l’école buissonnière au détour d’un quartier de New-York ou d’une traversée des Appalaches : on sent que Melville se disperse un peu dans ce pays qu’il vénère. La piste du rapport père/fils est un peu facile et ne mène pas très loin. Par contre, la fragilité et la dépendance de Charles Vanel devient de plus en plus émouvante et laisse à penser qu’il s’agit en fait d’un film sur la solitude. Et si la piste homosexuelle n’est qu’effleurée et peu convaincante, on se replie finalement sur le récit initiatique. Car même si les personnages n’évoluent guère, le retournement final du personnage de Belmondo (et sa soudaine confession) pousse à une relecture du film. Une telle rédemption (un peu artificielle sans doute) est unique dans l’œuvre ambivalente de Melville. Sans doute un film mineur du cinéaste, mais une belle errance dans le territoire de ses rêves et une belle esquisse de personnages.
Ajoutée le 17 oct. 2011 à 12h18
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