Un film dont la trame ressemble beaucoup trop à Rock pour ne pas croire que ces margoulins de Michael Bay et Jerry Brukheimer s en soit « fortement » inspirés. Ce mélange d action et de thriller est bien tenu par ce bon faiseur qu était Robert Aldrich. Le suspense fonctionne malgré quelques grosses invraisemblances et quelques longueurs. Je me suis amusé aussi avec l ambiance général pleine de sueur du film, ces généraux et ces politiques qui s envoient des grands whiskys entre deux décisions. Du bon divertissement bien exécuté.
Un thriller politique tendu et oppressant sur fond de chantage au nucléaire, avec comme toile de fond la dénonciation de la politique étrangère américaine durant la Guerre froide, et en particulier l’inutilité de l’intervention au Vietnam. 3,25
A la tête d'un petit commando, un ancien général de l'armée américaine (Burt Lancaster) s'empare d'un site militaire stratégique pour contraindre...le Président des Etats-Unis. Le film de Robert Aldrich propose une réflexion sur le pouvoir et la raison d'Etat, avec pour corollaire les dérives du surarmement et le risque réel d'une perte de contrôle de l'arme atomique. L'état de crise provoqué par le général renégat et ses mercenaires démontre les failles du système autant que l'impuissance du cénacle politico-militaire de la Maison-Blanche, de qui dépend le sort du Monde tout de même. L'aspect futuriste du complexe militaire américain où se déroule une grande partie du film (et de l'attente), la sécheresse de la mise en scène d'Aldrich et le caractère alarmiste et inédit de la situation concourent pour donner au récit l'esprit et le cachet du film d'anticipation. Une réelle étrangeté émane de la réalisation, au cœur de laquelle le cinéaste, pour mieux rendre compte de l'action, découpe l'écran pour suivre simultanément les différents théâtres de l'action. Cependant, sur le fond, dans un registre "catastrophe analogue à celui du "Docteur Folamour" de Kubrick, le propos d'Aldrich n'est pas spécialement original. Tandis qu'on ne croit guère aux motivations humanistes ou démocratiques du personnage de Burt Lancaster qui, au nom de la vérité, est prêt...spoiler: à rayer l'URSS de la carte. D'ailleurs on peut douter qu'un spoiler: secret-défense concernant le Vietnam, aussi scandaleux soit-il, prime, aux yeux du pouvoir américain, sur une troisième guerre mondiale...
Comment expliquer pareil insuccès dans nos contrées ? Z'allez trouver ça bête, et pourtant... jetez un coup d'oeil au titre... Comme tue l'amour, on ne fait pas mieux. Laissant planer le risque d'un énième film de guerre de troisième rang. Nous sommes si loin de tout ça. Car si d'ultimatum il est question, il n'est nullement question de mercenaires. C'est un thriller politique, un pur et dur, comme seules les années 70 furent capables d'en offrir. Bon, même en gardant à l'esprit que tout cela n'est que du cinéma, il y a quand même deux ou trois trucs improbables qu'il faut avaler. Quatre hommes qui arrivent aussi facilement à prendre d'assaut pareille base militaire, qu'un de ces hommes soit suffisamment éloquent pour faire plier un Président et que ce même Président vienne à leur rencontre... on a vu des choses plus crédibles que ça. Qu'à cela ne tienne, concentrons-nous bien davantage sur le message que l'on veut nous faire passer. Il n'y a pas besoin de savoir que toute guerre est inutile et imbécile, si elle intervient, c'est qu'elle arrange certaines personnes. Mais pour ce qui est de celle du Vietnam, on est face à une des plus grosses (si ce n'est la plus grosse) inepties de la seconde moitié du 20e siècle. Ce film te dit une chose, qui commençait déjà faire son chemin en 1977 : qu'aller combattre le communisme au Vietnam n'était que du flan pour se justifier auprès de la population et pour l'endormir, le but réel était de retrouver la face après l'avoir perdue face aux Soviétiques lors de la Crise des missiles. Tout un chacun connaît l'issue du conflit vietnamien. En plus d'avoir définitivement perdu toute crédibilité suite à cet échec complet, les États-Unis ont littéralement anéanti toute une génération de leurs citoyens. Tout cela est passionnant à suivre. Les 2h15 filent à toute berzingue, la maîtrise y est totale. Mené par un casting prestigieux, réunissant à la fois de nouvelles têtes (Young, Durning, Winflied) et de vieux briscards expérimentés (Lancaster, Douglas, Widmark, Cotten) ayant écrit certaines des belles pages du cinéma américain une vingtaine d'années tantôt. Aldrich grand cinéaste, on saura lui reconnaître un jour. Il n'a pas le même style qu'un Huston, Wyler, Wilder, McCarey, Walsh etc... mais ses films ont tout autant de valeur.
Un groupe d'individus parvient à prendre le contrôle d'un silo de missiles nucléaires américains. Leur chef est un ancien général, évadé de prison, qui réclame la publication officielle de documents secrets compromettants, sans quoi il déclenchera une guerre nucléaire. Un départ assez moderne pour les années 70, qui fait d'ailleurs fortement écho à ce que nous proposera le cinéma d'action des années 90. Rajoutez un Steven Seagal ou un Jean-Claude Van Damme en agent d'entretien du silo de missile, au mauvais endroit au mauvais moment, et vous obtenez le scénario type de 1995. J'ajoute même qu'en l'état, "Twilight's Last Gleaming" affiche plusieurs similitudes troublantes avec "The Rock" de Michael Bay ! Néanmoins, ne vous attendez pas à un film d'action. En réalité, "Twilight's Last Gleaming" (titre référence à l'hymne américain) relève plutôt de la politique fiction, se rapprochant d'un "Seven Days in May". S'il y a quelques séquences tendues au sein du silo, Robert Aldrich s'intéresse surtout à la gestion de crise par les militaires et les politiciens. Et aux débats sur les conflits militaires menés par l'Oncle Sam depuis 1945. Je ne vais pas mentir, il y a quelques lenteurs. Quelques répétitions dans les dialogues. Et des invraisemblances dans le récit : pourquoi le meneur des forbans s'est-il entouré de tels bras cassés ? Pourquoi le gouvernement ne peut-il pas simplement abattre les missiles, vu qu'ils sont particulièrement lents à émerger des silos ? Ou un président des USA bien trop moral... Mais à côté, le film affiche de vraies proposition. D'abord, une belle distribution qui donne du corps à l'ensemble. Burt Lancaster, Richard Widmark, Charles Dunning, Joseph Cotten... Ensuite, Robert Aldrich a fait un recours massif au split screen. A partir du moment où le silo est investit, on verra en quasi permanence deux écrans à la fois, voire jusqu'à 4 par moment. Mais cela n'a rien de gratuit. Aldrich a dit que cela lui avait permis de réduire la durée du film, qui aurait monté à plus de 3 heures sans cela (et les 2h24 sont déjà luxueuses !). Au-delà de ça, le split screen a un vrai intérêt narratif, sachant que l'action se déroule en simultané sur plusieurs lieux, et que des personnages ont les yeux rivés sur des caméras de surveillance. Le procédé est parfois un peu lourd, mais il fonctionne globalement bien, et donne même lieu à quelques très bonnes séquences (la tentative d'infiltration en milieu de métrage notamment). Sur le fond politique, le film propose également de vraies idées, qui a tout particulièrement du sens dans une Amérique post-Vietnam. Avec en prime un final amer. Le tout porté par une jolie musique de Jerry Goldsmith, vaut aussi le coup d'oeil. D'autant plus que le film semble être un peu tombé dans l'oubli, sans doute en raison de son échec au box office à sa sortie.
Aldrich réalise un film qui donne du système politique américain une image désastreuse. Où le crime au plus au niveau est utilisé pour éviter que ne soit reveleau peuple les vrais raisons de la guerre du Vietnam. Lancaster et Widmark on eu le courage de participer à cette démonstration. Cee qui est tout à leur honneur. La réalisation permet de suivre l'action à tous les niveaux. la direction de l'état, les dénonciations. Bien sûr c'est du cinéma, mais est ce si loin de la réalité ?
Si la filmographie de Robert Aldrich est traversée de plusieurs titres de qualités exceptionnelles (" en quatrième vitesse", " le grand couteau", "attaque", " Vera Cruz" " Pas d'orchidée pour Miss Blandish", " Qu'est il arrivé à Baby Jane ?"...), la dernière partie de sa carrière est observée avec plus de réserve.
C'est ainsi l'exemple de " l'ultimatum..." (1977), raccourci à sa sortie en salle puis proposé dans un nouveau montage dans les années 2010.
Film d'action ( ce n'est pas la partie qui me semble la plus réussie) et surtout politique ( le débat autour de la table ovale qui réunit le président américain et ses collaborateurs est formidable).
C'est le thème des motivations cachées de la guerre du Viet-nam et son corollaire ( montrer aux soviétiques que les usa sont capables du pire, afin de convaincre de leur capacité morale a déclencher le feu nucléaire ) sur lequel s'attarde Aldrich.
Le film s'inscrit aussi indirectement dans la veine des films critiques sur l'arme atomique ( " docteur Folamour" de Kubrick et " Point limite" de Lumet) mais aussi sur ceux qui évoquent directement ou subtilement l'assassinat du président Kennedy (" JFK" de Stone, " A cause d'un assassinat" de Pakula, " la théorie des dominos" de Stanley Kramer...)
Aldrich porte aussi son regard sur les intentions cachées d'un gouvernement qui fait pourtant de la défense de la Liberté son cheval de bataille.
La thèse exprimée ici par Aldrich est confirmée par la révélation journalistique de la fameuse affaire dite des " pentagon papers", traitée au cinéma plusieurs décennies plus tard par Spielberg dans le film éponyme.
Ce n'est pas un des meilleurs opus de Aldrich, mais le sujet est suffisamment fort pour que cet opus soit vu et surtout considéré à sa juste valeur.
Un film remarquable signé Robert Aldrich ("Les 12 Salopards", notamment), un de ses derniers, un de ses meilleurs, avec un casting à tomber (Burt Lancaster, Richard Widmark, Burt Young, Melvyn Douglas, Joseph Cotten)... mais, en raison d'un gros coup du sort à sa sortie en 1977, le film sera un retentissant bide, et est tombé dans l'oubli pendant de longues années. La raison ? Un film éminemment politique, assez osé (des militaires américains dissidents évadés de forteresse prennent le contrôle d'une base militaire équipée de missiles nucléaires, et menacent de les utiliser contre leur propre pays, sauf si le gouvernement accepte de rendre des comptes sur la guerre du Vietnam). Oui, c'est osé. Tellement que, de 140 minutes à la base, le film sera coupé de... 50 minutes, passant à un minable 90 minutes (la réédition DVD et BR propose l'intégralité du film, en VOST, ouf). Quasiment du jamais-vu ! A ce niveau-là de censure, il aurait sans doute été préférable de carrément interdire la sortie du film à l'époque, non ? Le film étant disponible désormais en intégralité, on ne va pas se plaindre. Surtout que c'est une réussite majeure, doublée d'une vraie ode au split-screen (il y en à tellement que le film ne sortira pas en VHS à l'époque, ce procédé technique empêchant une vraie exploitation en VHS, l'image aurait été presque illisible). Un film absolument fantastique, osé, courageux, par un grand réalisateur, avec de grands acteurs... Que demander de plus ? 5 étoiles me semble être une note un tantinet vacharde, pour le coup. Allez, 6 étoiles sur 5, c'est le jour de l'An !
Les intentions d'Aldrich dans ce film sont louables et courageuses, mais le résultat est loin d'être à la hauteur. Le scénario contient une erreur fondamentale, tout chantage démesuré ne peut être que l'œuvre d'un fou, or dans le film Lancaster est montré comme quelqu'un de déterminé mais sain d'esprit. Ça ne tient donc pas debout et c'est assez embêtant pour le ressort dramatique du film. L'évolution de l'attitude du président est également improbable, on début j'menfoutiste et niais, il devient un président moral… et puis quoi encore ? Sinon sur le film lui-même : les scènes d'actions sont rares et sans surprises (on sait très bien par exemple que son spoiler: machin vert ne va pas éclater ) mais on va nous dire que ce n'est pas un film d'action. Admettons et occupons-nous des scènes de parlottes qui deviennent vite aussi ennuyeuses qu'interminables. La fin du film relève un peu le niveau.. Les acteurs : on a connu Lancaster en meilleure forme, Charles Durling fait le boulot, Melvyn Douglas est transparent et Widmark s'amuse comme un petit fou. Et tout cela est finalement bien décevant.
Très certainement méconnu, car très certainement produit avec courage pour l'époque mais très certainement pas exploiter en salle à sa juste valeur. Pas besoin de se retrouver dans la jungle du Vietnam pour dénoncer l'absurdité et l'horreur de cette guerre, la preuve est faite avec ce film de Aldrich. Le propos est si bien amené qu'il est plausible de bout en bout. Pas de temps mort, les officiers et les vieux bureaucrates qui ont vu défilés plus d'une présidence montrent toute l'hypocrisie et les rouages d'un système presque mafieux. Le final démontre que le système l'emportera à nouveau, que les hommes qui détiennent le pouvoir ne le lâcheront pas, pas de jeunes ambitieux dans le bureau ovale, que de vieux briscards près à tout pour garder leur fauteuils. C'est cynique, l'accueil lors de sa sortie au US a naturellement été mauvaise; mais cela n'enlève rien à la justesse de ce brûlot. Il faut aussi noter et remarquer l'implication de ces stars qui n'hésitent pas à prendre position, remettant leur statut dans les mains des spectateurs.
Robert Aldrich est un réalisateur connu pour ses œuvres engagées au service d'une cause. Déjà, ses premiers westerns portent la marque de son combat en faveur des indiens : Bronco Apache (1954), La flèche brisée (1950), La porte du diable (1950). Twilight's Last Gleaming est le type même de film opposé à la guerre au Vietnam, dénonçant la toute puissance de l'état fédéral et la manipulation de l'opinion américaine. Trois acteurs dominent la scène. D'abord, Burt Lancaster dans la peau du général Dell, ancien détenu évadé, accusé à tort d'un crime qu'il n'a pas commis et qui décide de lancer une opération en investissant un site de lancement de missile avec un commando de trois complices. Il exerce un chantage sur le Présidant américain en lui demandant de lire un document ultra secret à la télévision américaine révélant les agissements d'une guerre totale de l'armée au Vietnam afin d'éclairer les citoyens sur les manipulations politiques de l'époque. Ensuite, Charles Durning, qui incarne le Président US David Stevens, un homme charismatique, objectif et certainement sincère, trop sincère qui est déchiré, entre son désir d'informer la nation sur ce fameux document, et de répondre ainsi aux exigences du commando, et la nécessité de recueillir les avis de son conseil de sécurité nationale. Si le rôle de Charles Durning paraît tout à fait inconcevable dans la réalité (rappelons qu'il s'agit d'un film de science fiction), l'acteur met tout son talent dans son personnage. Le troisième homme que je citerai, c'est Melvyn Douglas, qui interprète Zachariah Guthrie, le secrétaire d'état à la Défense. Il est le conseiller le plus avisé du Président, celui dont les analyses sont les plus pertinentes et les plus décisives, à la fois, tranchantes et mesurées. Ses expressions sur son visage marquent son déterminisme et son réalisme politique. Pour ma part, c'est sans doute l'un de ses meilleurs rôles à l'écran et certainement le meilleur acteur dans ce film. Il suffit d'observer son regard dans la scène finale. Pour mémoire, n'oublions pas le grand Richard Widmark, dans un rôle secondaire mais non dénué d'intérêt en tant que chef d'état-major des armées, mais aussi invraisemblable en donnant des ordres directement à des tireurs d'élite. Pour mémoire, il faut savoir que Burt Lancaster et Robert Aldrich étaient considérés comme des personnes très engagées à gauche par les médias US. Notons au passage la fâcheuse manie des distributeurs français de l'époque de vouloir attribuer systématiquement un titre franchouillard pour le moins inapproprié : "L'ultimatum des trois mercenaires" faisant immédiatement penser à un western. Le titre américain était beaucoup plus poétique et évocateur en regard de la thématique du film et aurait pu se traduire par "A la dernière lueur du crépuscule". Ce fut l'un des derniers films de Aldrich, qui, bien qu'un échec commercial aux États-Unis, constitue pour moi l'un de ses chefs-d'œuvre.
L'Ultimatum des trois mercenaires est un film saisissant. Non seulement, Aldrich y met en exergue le profond malaise post-Vietnam, mais il critique également très sévèrement la politique de son pays avec un style très sobre où la tension est omniprésente. Burt Lancaster incarne le général Dell, homme de bien, honnête et droit, qui menace d'envoyer des missiles qui provoqueraient une troisième guerre mondiale, si le président ne rend pas publique un rapport qui explique les vraies raisons -idéologiques- de l'engagement américain au Vietnam. C'est un peu comme si un réalisateur faisait aujourd'hui un film sur le fait que les Etats-Unis sont allés en Irak pour le pétrole. En claire, Aldrich pense que la politique américaine se soucie plus de l'ordre et de la guerre froide que de la vérité. L'Ultimatum des trois mercenaires offre donc une vision très noire du pouvoir et de la politique. Ouvertement contestataire, brillant dans l'idée, le film est plutôt bien réalisé, avec une utilisation judicieuse du split-screen, et montre habilement les rouages politiques. A réserver aux amoureux des années 70...
"L'ultimatum des trois mercenaires", est un solide film d'action d'un vétéran d'Hollywood, Robert Aldrich, mettant en scène un casting de poids réunissant lui aussi des vétérans comme Burt Lancaster, Richard Widmark ou Joseph Cotten. Tel a été vendu le film en France après son cuisant échec lors de sa sortie US. Nous avons là une des preuves les plus flagrantes de la dénaturation d'une œuvre sacrifiée sur l'autel du profit. En effet la dénonciation acerbe du système politique américain par Aldrich dans son antépénultième film qui avait fait un flop dans son propre pays ne risquait pas de séduire les producteurs français déjà très frileux concernant l'exploitation des films se penchant sur leur propre histoire nationale. On connait les déboires de distribution de films comme "Les sentiers de la gloire" (Stanley Kubrick,1957), "La bataille d'Alger" (Gillo Pontecorvo, 1965) ou "Avoir vingt ans dans les Aurès" (Gilles Vautier,1972). C'est donc autant par conformisme que par souci mercantile que le film a été rebaptisé et amputé de 53 minutes sur le sol français. Ce massacre n'a rien rapporté à ses auteurs, le film d'Aldrich n'étant pas un réel film d'action, il fit aussi un bide sous son nouvel habillage. Comme quoi il y a encore une justice. C'est grâce à la précieuse maison d'édition Carlotta qu'il nous est donné de voir enfin ce chef d'œuvre crépusculaire dans son intégralité. Lancaster et Aldrich se connaissent bien pour avoir déjà travaillé trois fois ensemble dont la dernière pour le formidable western antiraciste "Fureur apache". Les deux hommes partagent les mêmes idées progressistes, condition première pour entamer la collaboration sur un tel projet. La démocratie américaine vacille sur ses bases depuis l'enlisement au Vietnam et la révélation du scandale du Watergate qui faisant suite aux assassinats de John et Robert Kennedy enterrent définitivement l'insouciance des années 1950 où le pays tout auréolé de son statut de sauveur mondial, goûtait sans retenue aux joies du consumérisme. La confiance en les institutions est donc fortement ébranlée et des cinéastes engagés vont traduire ce sentiment avec des films dits paranoïaques regroupés au sein d'un trio magique composé d' A cause d’un assassinat (Alan J Pakula, 1974), de Conversation secrète (Francis Ford Coppola, 1974) et des Trois jours du condor (Sydney Pollack, 1975). Robert Aldrich ne pouvait bien sûr pas être en reste et c'est seulement deux ans après ces trois films majeurs qu'il se lance dans cette diatribe plus violente car sans détour mettant directement le doigt là où ça fait mal. Son film moins virtuose notamment dans sa partie action et gâché par sa distribution en salles n'est pas passé à la postérité. Pourtant revu aujourd'hui on ne peut qu'être époustouflé par la force et le courage de son propos. Avec le recul, on peut même se demander comment il a pu sortir dans sa version initiale aux Etats-Unis. L'assaut peu probable d'une base nucléaire du Nevada par un commando de quatre ex-militaires sortant de prison, mené par un général paria (Burt Lancaster) et la menace qu'il fait peser sur la sécurité du pays par la possibilité de l'envoi de 9 missiles sur l'URSS, sert de prétexte à une réflexion profonde sur l'équilibre du pouvoir entre le Président élu et le haut commandement militaire. C'est la révélation d'un rapport secret sur les réelles motivations de l'intervention au Vietnam (Pentagone paper) qui va servir de point de rupture à tout le propos d'Aldrich. Devant le chantage au risque d'une troisième guerre mondiale, la terrible question sera de savoir si les pouvoirs militaire et politique vont accepter de révéler à l'opinion que depuis 1945 les seuls objectifs de ses interventions extérieures sont de persuader l'ennemi communiste de la détermination de l'Amérique à rendre coups pour coups en affichant sa capacité à sacrifier avec le plus grand cynisme nombre de vies humaines. Si le Président hésite longtemps avant d'adopter la solution de raison, il va vite comprendre que ses conseillers moins torturés par les considérations humanitaires, n'hésiteront pas à le sacrifier lui aussi . Le constat d'Aldrich fait froid dans le dos mais il a depuis pris du crédit quand on pense aux manipulations de l'opinion orchestrées par les conseillers de Georges W Bush pour justifier l'intervention en Irak en 2002. Le suspense réside donc dans la mise en scène très habile de la prise de décision qui se joue dans le bureau ovale plutôt que dans les scènes d'action sans grand intérêt car trop statiques. On peut donc vraiment parler d'un massacre quand on songe aux coupes faites pour l'exploitation européenne du film . Aldrich qui avait déjà expérimenté le procédé dans "Le grand Nord" et dans "Plein la gueule", manie ici avec virtuosité le split screen pour spoiler: montrer la panique qui s'empare du haut commandement quand le général félon est sur le point de déclencher l'envoi des missiles. Il nous indique aussi que les temps sont en train de changer avec le recours intensif à la vidéo qui permet non seulement au staff présidentiel de suivre les opérations en direct mais aussi de manipuler le général rebelle en lui donnant à voir des images tronquées. Le film est dénonciateur mais aussi prémonitoire, ce qui lui donne une valeur accrue avec le temps qui passe. Le casting réuni par Aldrich, de Joseph Cotten à Melvyn Douglas en passant par Paul Winfield ou Gerald O'Loughlin est au diapason de l'enjeu mais c'est bien Charles Durning qui constitue la révélation du film, campant avec brio un président humaniste, prisonnier de sa charge, comprenant un peu tard la vacuité de son rôle. Quant à Lancaster il est bien entendu parfait dans la peau de ce général certes en révolte contre les débordements de l'institution qu'il représente mais qui ne peut s'empêcher de raisonner en militaire borné, prêt dans son combat à appliquer les méthodes qu'il dénonce. A ce propos Aldrich fort habilement confronte dans une scène remarquable l'entêtement du vieux gradé un peu dépassé avec le bon sens du soldat de base qui l'éclaire sur la véritable issue de leur combat. Si son film comporte quelques failles, Aldrich qui avait une faiblesse pour "Twilight’s Last Gleaming " (« les dernières lueurs du crépuscule ») a réalisé en fin de parcours son œuvre la plus intense à défaut d'être la plus aboutie.
Un étonnant film d’espionnage, méconnu et sous estimé en raison de son charcutage lors de sa sortie en salle ! Une vraie bonne surprise pour les amateurs de bonnes série B...
Dans Twilight's Last Gleaming (le titre français est ridicule d'ailleurs pendant longtemps j'ai cru que ce film était un western) on retrouve le goût d'Aldrich pour des sujets grinçants voire dérangeant, ici un général en prison s'échappe et réussit avec des complices à s'emparer de silos nucléaires voulant forcer à faire dire au Président des USA que la guerre du Vietnam fut une énorme fumisterie. Et ce durant plus de 2H20, Aldrich a été mieux inspiré mais Twilight's Last Gleaming reste malgré une photographie vieillissante et des scènes d'action un peu faibles de la part d'Aldrich, un bon film avec un suspense soutenu, de bons dialogues et aussi un casting impressionnant. Un film solide et intelligent (certes on peut le trouver un peu facile dans ses propos et manquant de profondeur), bien mené et bien joué, davantage de nervosité n'aurait pas été un luxe, L'Ultimatum des trois mercenaires est un film à voir au moins une fois.