Anaxagore
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4 - Très bien
«Eva» (1962) de Losey nous montre, à l'instar de beaucoup d'autres films du réalisateur (The Servant, Accident, Mr Klein), la déchéance progressive d'un homme. Tyvian Jones est un frimeur médiocre et menteur qui se fabrique une réputation flatteuse d'écrivain à succès en signant de son nom un roman écrit par son frère décédé. Mais, pour son malheur, il tombe amoureux d'Eva, femme fatale qui ne veut ni aimer ni être aimée, et qui va l'entraîner dans la spirale infernale d'une déliquescence totale. Enchâssé entre deux citations du livre de la Genèse, faisant allusion à l'intégrité originelle et à la chute d'Adam et Ève, le film de Losey peint en réalité le portrait de cette nouvelle Ève, confondue purement et simplement avec la figure du serpent tentateur. Véritable mante religieuse, elle va vampiriser sa victime masculine en la conduisant à la destruction par un jeu pervers de séduction, de domination et d'humiliation. C'est Jeanne Moreau qui incarne l'héroïne et elle tient là l'un de ses plus grands rôles. La manière dont elle suggère la perversité mais aussi la fragilité de cet ange du mal, par ses sourires crispés et fugaces, ses moues méprisantes, ses regards destructeurs et ses incessants mouvements du corps, relève du grand art. La réalisation de Losey est quand à elle fort linéaire mais très concise et elle bénéficie de la superbe photographie de Di Venanzo, magnifiant les villes de Venise et de Rome qui offrent leur cadre à la tragédie. Hélas, le film a été gravement amputé pour des raisons commerciales inavouables et sa cohérence globale s'en ressent. Mais, même s'il ne constitue pas un chef-d'oeuvre pleinement abouti, il mérite d'être visionné, ne fût ce que pour l'éblouissante prestation de Moreau.
Ajoutée le 19 nov. 2008 à 19h31
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