Magnifique et troublant.
La Jetée est un court métrage de science fiction, post-apocalyptique dans la forme d’une « roman photo ». Si l’idée est simple, le traitement est surprenant.
Il faut apprécier la qualité des photos : ce grain peu usé, cadrage, les traitement du noir et blanc, proportions, contrastes, ces en partie par ces éléments que passe une partie du sens du film. Tout est déjà forcément concentré dans un court métrage, mais il y a tellement plus que ce que raconte la voix, qui passe à travers l’image en-soi : une évidence, et pourtant, combien laissé de côté dans la plupart des film aujourd’hui. Les sensations de douceur exprimées à travers les courbes multipliées, les horizontales, les contrastes, légers, les images lumineuses, et le choc, le désarroi, c’est des verticales, abruptes, contrastes violents, blanc intense contre noir profond, le visage dur du gardien taillé dans un bloc d’ombre tranchant les courbes douces et lumineuse des « souvenirs » ou encore le personnage, scellé dans sa diagonale, dans un cadre désaxé, tandis qu’il tente désespérément de s’échapper sur le quais… L’image parle ! …Non il ne s’agit pas de « photos de vacances » prises à l’arrachée !
Puis c’est le montage qui parle, il donne le rythme, en une adéquation étroite du propos et de la forme chosie : image battante au rythme d’un cœur qui s’emballe de peur, image qui glissent en fondus dans un moments de douceur partagée dans un lit, glissant de plus en plus vite jusqu’à sembler en mouvement… puis un mouvement, fugitif, une seconde à peine de « cinémas » tandis « qu’elle » regarde la caméra. C’est beau, simplement. Et cela est si proche de cet effort terrible que l’on fait soi-même pour préserver parfois nos quelques moments de sublime : Ne sont-ils pas figé dans des images, plus ou moins floues, retouchées ? Parvient-on à réellement souvent se souvenir d’un mouvement ?
Quant à l’histoire, pour les amateurs du nouveau « totall recall », « des ch’tis » ou du « transfosporteur » je veux bien croire qu’ils décrochent ! Le rythme, le ton, le style de l’écriture du narrateur n’est pas sans rappeler Barjavelle, Huxley ou Victoriya Lajoye, simple, épuré, un rien « crade », ou pas net comme le grain des photos, sensuel. L’histoire mêle un scénario, aujourd’hui classique (rappelons que le film est encore antérieur à terminator quand même) de fin du monde, de voyage dans le temps, et quelques réflexions sur le souvenir, la mémoire, encore que plutôt que des réflexions philosophique à proprement parler il s’agisse plus de ressentis comme les apartés de raison dans le poème.
Enfin, le cinéphile se régalera bien sûr, du jeu de références cinématographiques, à Hitchcock, essentiellement, et surtout la façon dont il est amené, je n’en dit pas plus.
Regardez ce film, ça ne vous prendra pas trop de temps au pire, au mieux, j’espère que vous apprécierez le travail de ce réalisateur tellement trop méconnu.