En 1966 une production hollandaise commande à Skolimowski un film qui serait entièrement tourné à l’Ouest.
Mais le projet n’avance pas et l’interprète de Skolimowski, Bronka Ricquier, lui propose de produire ce film elle-même.
Après des semaines d’écriture en Pologne qui se concluront finalement par l’abandon du projet initial (« extrêmement ennuyeux »), Skolimowski et son coscénariste Andrzej Kostenko se rendent à Bruxelles avec un maigre pitch, et écrivent le scénario définitif du Départ, hors-délais, dans l'urgence.
Marc, s’est inscrit à un rallye automobile avec une porche 911 S, qu’il n’a pas. C'est demain.
Commence la course folle à la recherche de la bonne voiture, avec Michèle.
Skolimovski qui vient de voir Masculin, féminin choisit Jean-Pierre Léaud et Catherine Duport pour incarner ces deux personnages et Willy Kurant comme chef opérateur. Musique parfaite, composée par Krysztof Komeda, présent sur le tournage et dans la salle de montage, et enregistrée à Paris avec des musiciens de jazz dont Don Cherry.
Rapidité d'écriture. Désir de continuité avec Godard. Économie de moyens (caméflex, décors réels, son pris en son témoin). Et surtout, tournage en langue étrangère : Skolimowski ne comprend pas le français.
Beaucoup d'images d'images : photos, portraits de femmes ou d'hommes les yeux ouverts, affiches en arrière plan.
Il y a un miroir qui revient plusieurs fois et qui crée un événement plastique dans l'image, c'est bien de voir.
Il y a une voiture qui tourne sous un projecteur. À la fin il y a des diapos sur le torse nu de Léaud, des photogrammes d'enfance sur la peau; et sur un mur blanc. Ça crée des rapports physiques entre les corps, les images et les mots, ça fait voir l'entre-deux, c'est beau.