Babylon A.D. ou comment transformer l’ambition en fantasme. Kassovitz aurait été compétent, l’a même peut-être été, mais la 20th a cru bon de prendre les commandes sur son terrain : Diesel, casté de force, ne s’est pas entendu avec le réalisateur, puis le film a été monté à coups de machette & on n’a plus aucune idée de ce qui reste du projet de Kassovitz. Peut-être ne le sait-il plus lui-même.
Dommage, car c’était prometteur de tripoter les clichés à l’américaine, même si ça sentait l’injection de Riddick. Fantasme donc du Vin Diesel badass, à qui on ne demande aucun effort d’adaptation. Fantasme aussi du Vin Diesel charmeur, dont on n’a pas pu s’empêcher de faire un plan sensuel totalement inutile & orphelin. Fantasme du Depardieu russe qui ramasse les miettes en tant que VIP. Fantasme enfin d’une dystopie remarquablement absente du voyage de 10 000 km qu’entreprennent les personnages presque comme si de rien n’était, à part des scènes fortes qui ne donnent aucun sens de la distance. Pendant un moment, on se demande en fait tout simplement ce qu’on fait dans le film.
Au moins, on décrochera difficilement du film malgré ses lourdeurs, car il est dense aussi bien visuellement que sonorement, comme quoi même si on a taillé dans le tas à grands coups de ciseaux, on l’a fait bien. Les personnages ne s’effritent pas trop, étant de toute manière confrontés à des pressions scénaristiques relativement faibles : partir, bastonner, s’enfuir, faire un coup d’éclat, échanger deux-trois mots pour rappeler qu’on est humains, puis recommencer.
Ne nous attachant nulle part, le film commet presque un affront en jouant avec des sentiments familiaux qui arrivent comme un cheveu sur la soupe dans un méli-mélo politique opaque alors qu’il bâcle totalement la fin – rarement un film américain se sera-t-il attardé si peu dans l’émotion dégoulinante, mais il y avait peut-être un juste milieu à trouver, non ? Non que le film y arrive où que ce soit, ce qui est peut-être le symptôme d’un artiste qui voulait en finir. Avec son œuvre, s’entend.
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