"Dark City" est un film aussi sombre que son sujet. La manipulation génétique est un sujet qui a été porté à l’écran à maintes reprises, mais ici on a voulu se démarquer en abordant celui de la manipulation psychique, et plus précisément des souvenirs, de l’essence même de notre identité. Outre l’éthique quelque peu douteuse, on assiste à un film qui se révèle toutefois plein de bonnes intentions, finissant ensuite par prendre des airs de Genèse, époque qui vit la naissance de notre monde actuel, et évoquant sur la toute fin le couple mythique que représentent Adam et Eve. On aime ou on n’aime pas… Personnellement, je n’ai pas vraiment aimé, mais je reconnais que les effets spéciaux sont de bonne facture, même si parfois ils montrent assez rapidement leurs limites. Et surtout, ce long métrage commence sur 2 belles erreurs. On découvre d'abord celui qui sera le personnage central paisiblement endormi dans une baignoire remplie d’une eau trouble. L’homme étant nu, ça se conçoit. Mais voilà qu’il se réveille et, pris de panique, il en sort rapidement et fait tomber malencontreusement un bocal dans lequel barbotait tranquillement un poisson rouge, et qui se retrouve donc à l’air libre. L’homme le ramasse et lui sauve la vie en le mettant dans l’eau de la baignoire, devenue subitement… claire et limpide… Plus tard, on verra le Docteur Schreber en prise avec les "étrangers", la tête en bas et suspendu dans le vide, mais… curieusement, les cheveux refusent d’obéir à la loi gravitationnelle si chère à Monsieur Newton. En effet, ils restent bien en place sur le crâne, alors qu’il suffit d’une chute pour les ébouriffer… Il y a des erreurs oui, et pas vraiment admissibles pour cet acabit de film aux moyens importants (27 millions de dollars) et au casting irréprochable, se destinant à un succès commercial qui s’est avéré être un échec. La prestation de chacun des acteurs est pourtant plus qu’honorable, avec Rufus Sewell qui maîtrise bien son personnage amnésique, Kiefer Sutherland décidément inquiétant en médecin psychiatre, William Hurt parfait en inspecteur que rien n’émeut ni n’empêche d’avancer, Richard O’Brien excellent dans sa froideur, et une Jennifer Connelly divinement glamour en délicieuse diva des années 50. Quant à la musique, elle peut s’avérer parfois assourdissante. En somme, et en regardant avec un certain recul, on pourrait considérer que ce film traite d’un super héros en quête de son identité et qui se découvre un certain pouvoir, plongé malgré lui dans une ville noire aux apparences de Gotham City, mais ici c’est traité à la façon polar des années 50, avec un certain nombre de codes du genre. Mais cette dernière analyse m’est très personnelle…