La Belle et la bête
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    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "La Belle et la bête" et de son tournage !

    Un grand succès

    En pleine mode réaliste, La Belle et la Bête crée la surprise et remporte un immense succès. Jean Cocteau, qui signe ici son film le plus populaire, le définissait lui-même comme "un rêve dormi debout". Il remporta le Prix Louis Delluc 1946.

    Jean Cocteau malade

    Jean Cocteau souffrait depuis plusieurs mois de graves affections de la peau qui ne s'arrangèrent pas sur le tournage. La lumière des projecteurs le blessait et le réalisateur travaillait avec un chapeau sur lequel il fixait un linge noir percé de deux trous pour les yeux. Un médecin exigea qu'on l'hospitalise au plus vite à Pasteur car il pouvait mourir sous quarante-huit heures d'un empoisonnement du sang. Jean Cocteau accepta et fut sauvé par une injection de pénicilline. Elle avait spécialement été importée de New York car il n'y en avait pas en France à cette époque. Le réalisateur tint tout de même à finir le film lui-même.

    Tourner dans le France de 1945

    Le film se tourna dans l'immédiate après-guerre (du 27 août 1945 au 11 janvier 1946), où les conditions de travail n'étaient pas des plus confortables. L'équipe connut notamment des difficultés à trouver de la pellicule et souffrit de la restriction d'électricité, des pannes de courant ou encore de l'absence de lumière de studio. Elle dépendait le plus souvent de la lumière du jour. Jean Cocteau insistait d'ailleurs pour filmer sous toutes les conditions dans le but d'"évoquer la beauté qui vient par hasard". Lorsque la scène nécessitait plus d'éclairage, on utilisait des torches et des arcs de magnésium. Les déménageurs des décors travaillaient même souvent à la lumière des chandelles.

    Les châteaux du tournage

    Les scènes de la maison de la Belle furent tournées au Manoir de Rochecorbon en Indre-et-Loire, et les extérieurs du château de la Bête au château de Raray près de Senlis.

    Influences picturales

    Le monde de la Belle n'est pas photographié de la même façon que celui de la Bête. Les extérieurs du premier sont largement éclairés car réels. Et ses intérieurs sont influencés par les peintures des maîtres flamands et hollandais, surtout celles de Vermeer (1632-1675). Le monde de la Bête, sombre et mystérieux, se réfère quant à lui aux gravures de Gustave Doré (1832-1883), qui illustra notamment les contes de Perrault. "Je faisais mon film sous son signe" déclara Jean Cocteau.

    Un célèbre assistant

    L'assistant de Jean Cocteau sur le film est René Clément, qui n'avait à l'époque réalisé que des courts métrages ou documentaires. Parallèlement à La Belle et la Bête, il travaillait sur son premier long La Bataille du rail. Le film, sorti avant celui de Cocteau en février 1946, remporta le Prix international du jury et le Prix du scénario au Festival de Cannes 1946. Certains plans de La Belle et la Bête ont personnellement été tournées par René Clément, notamment les scènes du village de la Belle.

    Banco pour Marais

    Jean Marais demanda à André Paulvé de le payer 500000F de plus qu'à son dernier film, pour le punir de ne pas avoir payé son contrat du projet avorté de Juliette ou la clé des songes en 1941. Devant le refus de Paulvé, Jean Marais demanda finalement un pourcentage sur les recettes qui lui fit gagner au final bien plus que ses exigences.

    Merci Mme Paulvé

    Jean Marais faillit refuser le film lorsqu'il sut qu'il serait masqué presque tout le film. Pour les mêmes raisons, et alors que la préparation était bien avancée, c'est le producteur André Paulvé qui voulut finalement renoncer au projet. Jean Cocteau proposa de faire un essai, et Jean Marais suggéra de choisir la scène la plus émouvante du scénario. La femme du producteur pleura à la projection et André Paulvé changea d'avis.

    Le masque de la Bête

    Jean Marais imaginait au départ une Bête à tête de cerf mais Christian Bérard lui démontra que la Bête devait effrayer, et ne pouvait être en conséquence un herbivore mais un carnivore. Le fameux masque fut confectionné par un grand perruquier parisien du nom de Pontet. Chaque poil était monté sur une toile de tulle divisée en trois parties que l'on collait sur le visage du comédien. Le maquillage, très pénible, prenait cinq heures chaque jour : trois heures pour le visage et une heure pour chaque main. Certaines dents furent recouvertes de vernis noir pour leur donner un aspect pointu, et les canines pourvues de crocs tenus par des crochets en or. Ainsi déguisé, Jean Marais put seulement se nourrir de purées et de compotes durant le tournage.

    La perle rare

    Marcel Pagnol qui venait de rompre avec Josette Day, demanda à Jean Cocteau de l'engager pour le rôle de la Belle. La rencontre fut organisée autour d'un dîner chez Lili de Rothschild. Josette Day se présenta au dîner toute bouclée, maquillée, apprêtée ; ce qui ne correspondait pas à la vision de Jean Cocteau. Le costumier-décorateur Christian Bérard l'emmena aux lavabos, lui trempa la tête, attacha ses cheveux en chignon et la ramenant à table, s'exclama : "voici la Belle !".

    Permission spéciale

    Jean Marais était mobilisé à l'époque mais Jean Cocteau obtint du général Leclerc une permission spéciale pour que l'acteur puisse tourner. Jean Marais devait en contre partie signer toutes les semaines une feuille de présence aux Invalides à Paris. Il rejoignit sa division en Allemagne à la fin du tournage.

    Jean Cocteau et Jean Marais

    Jean Cocteau tournera tous ses films suivants avec Jean Marais : L'Aigle à deux têtes (1947), Les Parents terribles (1948), Orphée (1949) et Le Testament d'Orphée (1960).

    Premier long-métrage

    Romancier, poète, dramaturge, artiste, Jean Cocteau signe ici son deuxième film, quinze ans après son moyen-métrage surréaliste Le Sang d'un poète.

    Il était une fois...

    La Belle et la Bête est la première véritable adaptation cinématographique du conte écrit en 1757 par Mme Leprince de Beaumont. Il en existe plusieurs autres versions, dont le film de Edward L. Cahn avec George C. Scott (1962), le téléfilm de Fielder Cook (1976) et la comédie musicale de Broadway créée en 1994, à la suite du succès de la version animée des studios Disney (1991).

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