Juste après "Qui a peur de Virginia Woolf ?", Elizabeth Taylor et Richard Burton remettent le couvert avec cette adaptation de "La Mégère apprivoisée" et si ce n'est clairement pas la pièce la plus intéressante du répertoire de William Shakespeare, c'est en tout cas tout à fait approprié au couple explosif à l'écran comme à la 'est en effet la relation Taylor/Burton et leur impeccable prestation qui sauvent le film de la catastrophe.
Comme son titre l'indique, le film nous présente une mégère qui va se faire "apprivoisée" par un homme qui l'épouse avant tout dans le but de récupérer sa dot. Les autres habitants du village sont également bien contents car cela veut dire que sa sœur est libre puisque son père voulait caser la plus difficile avant.
Alors certes, si on ne prend pas de recul, c'est une pièce (mais je ne l'ai pas lu donc je ne la juge qu'au film) profondément misogyne. Et même si on en prend, ça reste assez misogyne, notamment avec un monologue de fin qui vient enfoncer le dernier clou dans le cercueil. Enfin, elle ne l'est pas totalement, du moins pas dans sa première partie.
La première partie repose principalement sur la comédie, on est même quelques-fois dans un registre burlesque et j'avoue que je me suis laissé prendre au jeu car, encore une fois, les deux acteurs sont excellents. L'alchimie est palpable, c'est le couple véritablement électrique qui prend le pas sur tout le reste. Et puis il n'y en a pas un pour relever l'autre, ils sont aussi ridicules et colériques l'un que l'autre.
Puis, dans sa seconde partie, le film prend une tournure presque dramatique... mais jamais traité comme tel. Même si Petruchio n'a pas recours à la violence et que Catharina n'est pas séquestrée chez lui puisqu'elle part de son plein gré, elle est tout de même profondément malheureuse et se laisse clairement domestiquer. Et, pour moi, il n'y a aucune distance ou satyre du patriarcat avec ça, ce que vient, encore une fois, appuyer le monologue de fin. Malgré tout, Taylor donne assez de force et d'énergie à son personnage pour que l'on ne tombe pas complètement dans la misogynie tandis que Burton rend son personnage assez ridicule pour qu'on ne le prenne pas totalement au sérieux.
C'est en ça que les deux acteurs sauvent "La Mégère apprivoisée" d'une adaptation bien plus bancale.