Après l’insolite « Merci la vie », cet « Un, deux, trois, soleil » est légèrement un cran en-dessous.
Inutile de m’échiner à résumer un scénario sciemment fracturé qui part dans tous les sens mais qui au final fait sens !… comme « Merci la vie » !
C’est du Bertrand Blier tout craché qui me raconte à sa façon, qui lui est bien propre, la banlieue de Marseille avec ses petits voyous, ses délaissés de la société, son immigration, son école bondée d’enfants de tous pays, son ennui, son alcoolisme pour tromper l’ennui et sa démence qui en découle, ses enc*** d’extrême droite en survêtement et ses gauchisants au grand coeur.
Tout est exagéré et encore ! Peu importe, il suffit au spectateur de choisir sa substance essentielle s’il se donne la peine de méditer sur ce que lui raconte Bertrand Blier.
Exemple : je pense à cette scène où l’excellent
Jean-pierre Marielle somme son petit cambrioleur noir à épouser une femme blanche avec pour mission lui faire des enfants.
Il veut une France brassée ! Histoire d’ennuyer tous ces extrémistes.
Voilà la substance que je retire.
Un Bertrand Blier, ça se mérite. Je comprends parfaitement que son « Un, deux, trois, soleil » exaspère, irrite ou déçoit.
Moi, je suis un supporter de Bertrand Blier et assume ma subjectivité. Pourtant il m’arrive de ne pas tout aimer chez lui. Puis avec le temps, je peux revoir mon jugement, c’est le cas avec « Notre histoire » et « Les acteurs » par exemple.
Dernièrement, j’écrivais que David Lynch, autre réalisateur hors sentiers battus ne savait pas construire un polar simplement. Il en est de même pour Bertrand Blier qui raconte les histoires d’amour à sa façon. Leurs schémas narratifs n’est pas un fleuve tranquille. Tout spectateur doit s’attendre à être chaviré.
Ce ne sont pas les seuls réalisateurs, j’entends bien.
A cela s’ajoute pour Bertrand Blier des dialogues et des scènes percutantes, provocantes qui trouvent leur justification bien des années après. La scène avec Jean-Pierre Marielle, eh oui, c'est toujours d'actualité !
Son cinéma est audacieux ; à la lumière de nos jours, certaines séquences ne se verraient plus :
je pense à ces gosses (je ne les ai pas comptés) qui déshabillent Victorine, se couchent à ses côtés, deux mains déposées sur ses seins.
Le seul petit bémol : Bertrand Blier ne se casse pas trop la tête pour diriger de jeunes amateurs alors qu’il est très bon pour diriger des professionnels, les sortir de leur zone de confort.
Comme je l’ai déjà écrit : Bertrand Blier c’est un mélange de brutalité et de poésie.
Mention très bien à l’attachante Anouk Grinberg, au remarquable Jean-Pierre Marielle et au touchant Marcello Mastroianni…