Avant de tourner dans "Cléopâtre" qui la sacralisera définitivement comme superstar, Elizabeth Taylor doit encore un dernier film à la MGM. C'est ainsi qu'elle se retrouve derrière la caméra de Daniel Mann dans cette adaptation du roman "BUtterfield 8" de John O'Hara, librement inspiré de la tragédie ayant touché Starr Faithfull. Elle déclarera même détester le scénario et on la comprend !
Gloria, une jeune femme aux mœurs libérées (même le film présente ces mœurs comme légères) passe une nuit avec le riche Weston Liggett qui la prend clairement pour une prostituée. Mais plus le temps passe et plus les deux s'amourachent l'un de l'autre. Jusqu'à ce que cette histoire de vison refasse surface. Oui car elle avait volé (ou plutôt emprunté) le vison de la femme de Liggett car sa robe était déchirée.
Et j'avoue que j'aime bien la première partie. Car même si le film est moralisateur, il montre tout de même une femme libérée qui fait ce qui lui chante de son corps et qui choisit les messieurs qu'elle fréquente avec soin. Ce n'est pas une prostitué, elle refuse de se faire payer, pour elle, le sexe est un jeu. Un jeu de pouvoir ? Peut-être ; en tout cas, en se libérant de cette manière, elle se ferme en même temps les portes d'une société encore trop rigide qui la cantonne à son rôle de "fille facile" ou de "trainée" (le mot "tramp" est prononcé un nombre incalculable de fois).
Elle est également une menace pour les femmes qui l'entoure, principalement la petite amie de son ami d'enfance et la femme de Liggett. Ces deux femmes représentent le "droit chemin", l'une rêve de mariage tandis que l'autre en souffre mais elles sont surtout toutes les deux victimes du mode de vie de Gloria. Enfin ça, c'est surtout ce que le film cherche à nous faire croire, le réel problème étant les hommes, peur de s'engager pour l'un et volage pour l'autre.
C'est même un homme qui est à l'origine de la sexualité libérée de Gloria puisqu'elle s'est faite agressée sexuellement du haut de ses treize ans par son beau-père.
Ainsi, de cette même société rigide, elle en est la première victime. Mais c'est un peu hypocrite de la part du film ou en tout cas passé sous le tapis car c'est également grâce à un homme, Tiggett, qu'elle souhaite reprendre le "droit chemin". Et c'est donc ce discours en demi-teinte et surtout le rythme de la seconde partie qui s'effondre, avec lesquels j'ai un peu de mal.
D'autant plus qu'on est encore dans un Classic Hollywood (ce que Taylor abandonnera à partir de sa rencontre avec Richard Burton et à partir de "Qui a peur de Virginia Woolf ?" pour plus de prises de risques avec des rôles bien plus intéressants) et qu'ainsi, la mise en scène reste très plan-plan.
Bref, "La Vénus au vison" est donc un film bien tiédasse malgré les quelques bonnes idées qu'il met en place presque malgré lui.