nekourouh
16 abonnés |
Lire ses 719 critiques
|
5 - Chef d'oeuvre
D’après François Truffaut, un chef d’oeuvre doit avoir des caractéristiques particulières… Une des plus importante consiste l’existence d’un don du metteur en scène à son film. Pour lui, on doit pouvoir ressentir derrière chaque scène, l’ommniprésence du metteur en scène. Il n’existe pas de film regroupant autant le fait précedemment d’écrit que Fanny et Alexandre. Nous nous interrogerons donc sur ce qui fait de « Fanny et Alexandre » un don personnel de Bergman, comme un enfant.
■Bien que Alexandre partage la vedette avec sa soeur Fanny sur le titre du film, il est inévitablement certain qu’il en est le personnage principal. En effet, tout au long du film c’est finalement le regard d’Alexandre qui sera le plus exploité. Bergman délivre à travers son personnage une idée de l’enfance simple et complexe à la fois. Durant le film, Alexandre se montre obeissant et désobeissant, il se montre heureux et malheureux, curieux et lassé, respectueux et méprisant ou même têtu et lunatique. Il est heureux de recevoir ses cadeaux pour noel (comme généralement tous les enfants) et s’amuse sans complexe du « feu d’artifices » de l’oncle Carl. Il ne pense pas à la mort, ou du moins à la sienne : l’omniprésence des horloges dans la maison ne lui fait pas peur (son caractère est parfaitement résumé dans la scène d’ouverture).
■Sa soeur, quant à elle, a une personnalité beaucoup moins affirmé. Fanny est beaucoup plus timide et parle peu. Elle est beaucoup plus influençable que son frère, certainement à cause de la différence d’âge. A l’inverse d’Alexandre, personne ne s’acharne contre elle.
■Les deux enfants ont donc des caractères plutôt très différent, cependant cela ne les empêche pas de s’aimer au fond de même.
Ce qui finalement entre en opposition avec l’enfance et son innocence attitrée c’est cette vieillesse pesante. En effet, après la scène de la fête de noel, un à un les personnages pensent à la mort. Héléna la première tente de parler d’autre chose mais fond en larmes à chaque fois que l’idée de la mort lui revient. Oscar, le père de Fanny et Alexandre, se montre nerveux dès le début de la fête. L’oncle Carl pleure également le soir dans son lit au coté de sa femme comme un enfant et Gustav Adolf perd son désir pour la nourrice à cause d’une blague sur son âge. Cette opposition dès le début du film est frappante. La scène de Noel ressemble finalement beaucoup à la fête présente dans la règle du jeu. Les passions se déchainent de tous les côtés, les personnages cours, les hommes se lâchent (Gustav Adolf saute sur la nourrice et Carl se livre à un « feu d’artifices »). La profondeur de champ, parfaitement exploitée, rend d’avantage l’image vivante.
Bergman, fils de pasteur, a toujours méprisé profondément la religion. Cela se retrouve dans le film a plusieurs endroits. On peut le voir dans la scène de l’enterrement où il balance toutes sortes de grossiéretés. On peut également le voir dans la scène du mariage entre sa mère et le pasteur où celui ci se jète sur une table. Mais l’image la plus frappante reste celle du beau père, ce pasteur violent et détestable qui va conduire Alexandre a détesté la religion Chrétienne (Ce mépris est poussé encore plus loin : c’est un Juif qui vient délivrer les enfants du pasteur).
■ Comme le dit le très beau et sincère discours d’Oscar au début du film, le théâtre est un monde à part ; un monde meilleure. Il essaye de lutter contre le monde extérieur, parfois il y arrive, parfois l’échec est important (décès de Oscar par exemple). Le théâtre perd finalement toujours puisque Oscar meure pendant qu’il jouait.
■Le théâtre est présenté comme un décor de fond, un bonheur inaccessible : Alexandre lit une pièce dans son lit, le pasteur lui saisit des mains violemment.
■Il y’a également cette scène incroyable où Dieu apparait devant Alexandre, le terrorise et le contraint même à demander si il est sur le point de mourir. Finalement le Dieu en question n’est qu’une marionette issue du théâtre de marionettes.
■C’est également le théâtre qui finira le film : un extrait de la pièce « Le songe » de Strindberg. En effet le film se termine ainsi : « Tout peut arriver, tout est possible est probable. Le temps et l’espace n’existent pas. Sur un fragile tissus de réalité notre imagination tisse de nouveaux modèles. » Encore un bel hommage au théâtre avec cette définition qui vient donc conclure le film.
■Bergman pousse encore plus loin ses relations avec le théâtre : le vrai père d’Alexandre est l’acteur (Oscar), le pasteur n’est que son beau-père.
Critique complète et illustrée : http://vingtquatrefoislaveriteparseconde.wordpress.com/
Ajoutée le 20 août 2011 à 20h22
Signaler un abus