Anaxagore
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5 - Chef d'oeuvre
Avant dernier chef-d'oeuvre représentatif de la dernière manière d'Ozu (plans fixe à hauteur de tatami, plans vides, refus de toute dramatisation etc.), «Dernier caprice» (1961) se distingue en créant une alchimie toute singulière d'atmosphères opposées, qui, en dépit du refus de tout pathos, ou plutôt à cause de ce refus, bouleverse littéralement le spectateur. L'ambiance générale oscille de l'allégresse insouciante, voire frivole, du personnage principal à l'anxiété de ses enfants, plus particulièrement celle de l'une de ses filles, pour déboucher sur un final sublime et étonnant qui mêle d'une part la résignation devant la mort et la fugacité du temps et d'autre part l'angoisse que celles-ci suscitent peu ou prou chez tout être humain. Cette angoisse, qui transparaît dans la superbe scène du cortège funèbre et dans la scène finale des corbeaux, et qui est très opportunément soulignée par la musique, ressort d'autant plus efficacement qu'elle se détache d'un contexte étrangement apaisé. C'est par de telles évocations des fondamentaux de l'existence humaine que, par-delà son ancrage culturel particulier, le cinéma d'Ozu touche à l'universel et nous émeut profondément et durablement. Et est-il besoin de rappeler qu'il opère avec une maîtrise absolue de son matériau (y compris, dans le cas présent, les couleurs), avec un bon goût devenu rarissime aujourd'hui et avec la pudeur la plus exquise jamais vue au cinéma? Toutes choses qui manquent cruellement à la plupart, sinon à tous ceux qui se réclament aujourd'hui de l'héritage du maître japonais. Un chef-d'oeuvre absolu et une leçon de cinéma!
Ajoutée le 26 mars 2007 à 06h22
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