Ex. : Dark Shadows, Madagascar 3, UGC Paris, 69001, Marseille...
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1 - 10 sur 404 résultats
De Jacques Becker
Avec Jean Gabin, René Dary
Film français,italien - Policier
Sa note :
(4)
Sa critique : Le film qui a relancé la carrière de Gabin et lui a donné le goût des rôles de patriarche du milieu. Par la suite, il finira par se caricaturer dans ces emplois taillés sur mesure. Ici, il est parfait. Le mérite en revient grandement à Albert Simonin, auteur du roman éponyme et qui a signé les dialogues du film. Si Michel Audiard, par la suite, utilisera la langue verte pour tirer de mémorables feux d’artifice verbaux, Simonin est beaucoup plus sobre. Pas de paroles inutiles, seuls quelques traits d’humour. L’atmosphère est crépusculaire, le ton est tranchant. Le milieu est impitoyable et ces truands sur le retour, qu’on pourrait croire débonnaires, peuvent encore mordre! A ce jeu-là, Lino Ventura, qui débute à l’écran, impose déjà un physique remarquable, mais il faudra attendre un peu pour le voir briser la glace et devenir le grand acteur qu’on connaît. René Dary, excellent choix de casting, est le complément parfait de Gabin, loser benêt manipulé par sa maîtresse. Jacques Becker signe une mise en scène stylée et d’une grande lisibilité : du début à la fin, rien ne semble forcé, tous les plans s’enchaînent avec le plus grand naturel. Avec la belle photo de Pierre Montazel et la célèbre musique de Jean Wiener, cela donne un classique du polar à la française, qui a remarquablement bien vieilli.
De Pal Sletaune
Avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner
Film norvégien - Thriller
Bande-annonce | Séances (33)
Sa note :
(2,5)
Sa critique : C’est le type même de film où les auteurs se prennent à leur propre piège. A force d’accumuler les paradoxes, de jongler entre le réel et l’imaginaire et de brouiller les pistes, ils deviennent incapables de démêler leur écheveau. La principale faiblesse de "Babycall" est donc son final, qui n’offre qu’une solution peu convaincante aux mystères qui se sont accumulés depuis le début. A part ça, Pal Sletaune est un réalisateur compétent, sachant exploiter efficacement les espaces froids de la banlieue d’Oslo pour ménager le suspense. Noomi Rapace fait le boulot… Pas un grand film, mais on peut se laisser manipuler avec plaisir pendant une bonne heure – ce n’est déjà pas mal.
De Kore-Eda Hirokazu
Avec Koki Maeda, Ohshirô Maeda
Film japonais - Drame
Bande-annonce | Séances (73)
Sa note :
(5)
Sa critique : Magnifique film, qui montre une fois de plus la place centrale de Kore-eda Hirokazu dans le cinéma japonais contemporain. Depuis "Nobody Knows", on le sait particulièrement à l’aise avec les enfants. Et le "miracle" (c’est d’ailleurs le titre original du film : Kiseki) se reproduit ici avec les deux frères Kôichi et Ryûnosuke (qui sont également frères dans la vie) et leurs bandes de copains respectifs. Le résultat: une sorte de "Stand by me" à la japonaise, une virée improbable avec pour objectif d’assister au moment fugace où les deux premiers trains rapides qui relient le nord et le sud de l’île de Kyûshû se croiseront à grande vitesse. On le sait: le thème central du cinéma de Kore-eda est l’absence. Elle se manifeste ici par la séparation de ces deux frères, le rêve de l’aîné de réconcilier ses parents et de les voir reprendre une vie de famille. Mais il y a plein d’autres choses aussi, assez nouvelles dans l’œuvre de Kore-eda : l’affirmation par chacun de ces enfants de ses rêves pour l’avenir, l’attention porté à ces riches univers enfantins par rapport au quotidien morne des adultes, le thème de la transmission entre les générations, symbolisé par les gâteaux traditionnels que fabrique le grand-père. Les qualités habituelles de Kore-eda, ancien réalisateur de documentaires, se retrouvent dans l’attention aux détails, dans la capacité à nous faire pénétrer intimement dans le cadre de vie de ses personnages. Le réalisateur prend beaucoup de temps, au début du film, pour nous montrer la vie de cette famille : la ville de Kagoshima, le volcan, l’école, les soirées en famille, les discussions des anciens… Cela peut sembler long, mais il faut se laisser porter : c’est tout l’esprit du Japon du sud qui transparaît progressivement. "I wish" est, très discrètement, un film à ambiance, doublé d’une magnifique parabole sur l’enfance. On attend avec beaucoup d’impatience le prochain film de son auteur !
Sa note :
(4,5)
Sa critique : Un classique, et un film d’une étonnante modernité. Faire un film léger est difficile. Le transformer en démonstration de virtuosité est risqué, car le danger est permanent de tomber dans l’esbroufe gratuite. Mais Jean Renoir se sort de tous les pièges et mène tambour battant un vaudeville à l’énergie folle, à peine plombé par un final un peu longuet. Les idées brillantes de mise en scène s’accumulent sur un rythme échevelé, l’esprit et la fantaisie sont au pouvoir, avec juste parfois, une pointe cruelle ou grinçante pour rappeler que derrière la façade légère, le drame n’est jamais loin. Tout ceci a été fait à quelques semaines des premiers coups de canon de la Deuxième Guerre Mondiale… Et quel plateau ! Marcel Dalio et Nora Gregor, d’une élégance folle, posent sur toutes ces péripéties un regard détaché teinté d’une ironie douce-amère. Comment croire que ces deux-là vivaient dans la hantise de l’exil et que, quelques mois après la sortie du film, ils devront fuir et tirer un trait définitif sur leur carrière française ? Roland Toutain, acteur trop oublié aujourd’hui, dans un personnage de casse-cou amoureux transi qui lui va comme un gant (il était aussi, comme son personnage dans le film, un aviateur renommé et un cascadeur impénitent). Jean Renoir lui-même, truculent et extrêmement touchant dans son affection silencieuse pour Christine, traîne sa lourde carcasse et s’affirme comme un grand acteur en plus d’un metteur en scène de génie. Et la ribambelle de personnages secondaires: Schumacher le garde-chasse et sa femme Lisette (adorable Paulette Dubost, à la voix inimitable), Geneviève la fausse femme fatale, le général… Avant que l’Europe ne sombre dans la barbarie, le cinéma français donnait avec "La règle du jeu" un dernier feu d’artifice, l’image d’une société qui brûle ses derniers feux en se disant que, tant qu’à disparaître, autant le faire avec classe – et qui, ce faisant, donne aux générations futures une leçon d’art et de vie. Jean Renoir eut toutes les peines du monde, par la suite, à remonter son film, et quelques scènes ont disparu à jamais. Mais ce qui reste… eh bien, cela reste !
Sa note :
(3)
Sa critique : J’ai du mal avec le cinéma de Bergman. Pas parce qu’il est sans intérêt, mais justement parce qu’il est TROP intéressant. Photographie somptueuse, sens de la composition jamais pris en défaut (l’influence de l’expressionnisme allemand est incontestable) : formellement, "La nuit des forains" est une leçon. Un contenu intellectuel de haut niveau, avec cette réflexion sur le tragique et le ridicule, l’opposition entre les forains qui passent et les habitants qui restent. Quelques séquences fortes, comme lorsque le clown Frost (immense Anders Ek, un des acteurs fétiches de Bergman) va repêcher sa femme partie se baigner avec des soldats et la porte, pieds nus sur des cailloux, jusqu’au sommet d’une colline qui rappelle furieusement le Golgotha. Et pourtant, je n’adhère pas vraiment. Sans doute ce côté trop évidemment intellectuel, réfléchi, cette absence de spontanéité. Avec Bergman, tout est signifiant, et je passe mon temps à me demander ce qu’il veut montrer. Les acteurs sont parfaits, mais leur jeu est tellement sous le contrôle du réalisateur qu’on a le sentiment d’avoir affaire à des sortes de marionnettes. Tout est brillant, mais où est le simple plaisir de se laisser porter par un film ?
Sa note :
(1,5)
Sa critique : S’il y a une chose que "Nanjing ! Nanjing !" montre clairement, c’est que l’intérêt dramatique d’un film n’est pas forcément proportionnel à la barbarie de ce qu’il montre. Massacres de prisonniers à la mitrailleuse, exécutions sommaires, enfants jetés par les fenêtres, prostitution forcée… rien n’est épargné au spectateur. Et pourtant, on finit par regarder tout ça d’un œil assez indifférent – même en sachant que tout ça repose sur des évènements réels. Depuis Aristote, on sait que la tragédie repose sur une tension, un conflit (par exemple, entre l’amour et le devoir, entre la morale et la raison d’Etat, etc.). Or, ici, il n’y en a pas l’ombre d’un début de commencement. Il y a d’un côté des méchants très méchants, de l’autre des innocents qui se font massacrer, et Lu Chuan ne fait que nous dire : "Regardez comme c’est terrible". C’est vrai - mais c’est tellement évident qu’il n’y aucun enjeu, rien qui pose problème et rende le déroulement du film intéressant. Et ce n’est pas le personnage très artificiel de Kadokawa, sous-officier japonais traumatisé par ce à quoi il participe, qui change quoi que ce soit. Sur le plan formel, c’est du beau boulot : les scènes de bataille sont filmées efficacement, le choix du noir et blanc est bon… Mais tout ça tourne à vide. Le massacre de Nankin est un sujet tellement sensible en Chine, et fait l’objet d’un tel fétichisme mémoriel, qu’il est peut-être difficile de l’aborder autrement que sur le plan compassionnel et illustratif. Mais "devoir de mémoire" (je hais cette expression) et art font rarement bon ménage.
Sa note :
(1,5)
Sa critique : D’accord : pour un film réalisé avec des bouts de ficelle, "Mad Max" s’en sort presque honorablement. Les séquences de poursuite tiennent encore la route (c’est le cas de le dire), et à l’époque ont dû être considérées comme très novatrices. Mais dans l’ensemble, ça a beaucoup, beaucoup vieilli: flics en skaï moulant, motards au look improbable... le tout campé avec un premier degré qui laisse songeur. Scénario globalement pourri, plombé par des dialogues ineptes. Enfin, l’esprit du film est peu ragoûtant. Sans vouloir tomber dans l’intégrisme écolo et féministe, la mystique des grosses bagnoles, des motos sauvages symboles de liberté et des rouleurs de mécaniques (extraordinaires personnages de Goose et de Fifi, les collègues de Max!), ça a pris du plomb dans l’aile. Même Mel Gibson… il a une belle gueule, une présence, mais c’est quand même pas l’acteur du siècle. Qu’un tel film ait connu un succès pareil est un des grands mystères de l’histoire du cinéma.
De Tomas Alfredson
Avec Gary Oldman, Mark Strong
Film français,britannique,allemand - Espionnage
Bande-annonce | Séances (2)
Sa note :
(4)
Sa critique : Une adaptation irréprochable du roman de John Le Carré, servie par une distribution aux petits oignons et un travail visuel de grande qualité. Loin des clichés à la James Bond, nous plongeons dans le quotidien peu glamour d’espions ordinaires. La tension est omniprésente, mais toujours en filigrane : elle se cache derrière les silences des uns, sous les costumes empesés des autres. Un univers so british, élégamment tristounet, reconstitué à la perfection, et dans lequel les quelques éclairs de violence prennent un impact remarquable. Gloire à Gary Oldman, très grand acteur beaucoup trop rare récemment au cinéma! On croit à un gag au début, tant ce faciès impassible cadre mal avec le nom de Smiley et l’image qu’on a d’un super agent secret. C’est justement là où Gary est irremplaçable : camper des hommes ordinaires et leur donner une stature, un mystère, une épaisseur qui en font de vrais héros, en dépit des apparences. Le reste de la distribution est également sans faiblesse. On se prend à rêver d’une suite avec les mêmes – perspective que le succès limité du film en salle, grande injustice de ce début 2012, rend malheureusement peu probable.
Sa note :
(3)
Sa critique : Un film honorable, dominé par le jeu tout en intériorité d’Yvan Attal et à qui propose en outre des plans remarquables sur la ville du Havre et son port. On peut toutefois regretter que l’intérêt dramatique du sujet n’ait pas été exploité à fond: Lucas Belvaux s’intéresse davantage à la dynamique du couple Attal – Quinton qu’aux fameux "38 témoins", ou plutôt "non-témoins", sommairement présentés comme lâches et hypocrites, alors que le phénomène est plus subtil que ça. "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?", le livre de Didier Decoin dont s’inspire le film, est tiré lui-même d’un fait divers réel, le meurtre de Kitty Genovese à New York en 1964, qui est devenu un classique de la psychologie sociale concernant l’inertie collective: plus il y a de témoins potentiels, plus chacun est individuellement tenté de s’abriter derrière la masse et d’attendre qu’un autre fasse le premier pas. Ce phénomène et les questions qu’il engendre ne sont malheureusement qu’effleurés dans le film. Côté comédiens, on retiendra les belles prestations de Natacha Régnier, trop rare à mon goût depuis quelques années, et de Didier Sandre. En revanche, Sophie Quinton n’impose pas grand-chose.
Sa note :
(3)
Sa critique : Un film classique de Satyajit Ray (qui, outre la réalisation, signe aussi le scénario et la musique), Ours d'or du festival de Berlin 1973, sur un épisode peu connu en Occident: la famine provoquée au Bengale en 1943 par une mauvaise récolte et (surtout) par la politique des Britanniques face à l'avancée japonaise en Birmanie. La situation est vue principalement à travers le regard d'un couple de brahmanes: Sumitra Chatterjee (acteur fétiche de Ray) / Babita (actrice originaire de la région où se déroule l'action). La position sociale de ce couple fait qu'il sera relativement protégé des conséquences physiques de la faim, mais qu'il se retrouvera au premières loges pour constater la déchéance morale qu'elle engendre. Car en plus des personnes physiques (qu'on voit peu - quoiqu'à chaque fois avec beaucoup de force, comme lorsqu'un groupe de femmes faméliques viennent demander à Ananga l'eau de son riz), c'est l'ordre social que la famine vient ruiner, en s'attaquant à toutes les conventions et à tous les interdits qui fondent la société: femmes contraintes de se prostituer à un homme pervers et effrayant contre un peu de riz, brahmanes contraints de travailler de leurs mains, hordes de réfugiés qui viendront gonfler les bidonvilles dans l'espoir d'y trouver de quoi survivre, etc. La nature, luxuriante, est omniprésente, rendant d'autant plus absurde la tragédie humaine. Il y a également une critique voilée des rigidités de la société indienne, qui obligent par exemple ces brahmanes à vivre aux crochets de paysans qui n'ont déjà pas de quoi se nourrir, ou qui empêchent de traiter dignement la dépouille d'une intouchable qui vient de mourir. Ce message humaniste s'inscrit dans un cadre formel très soigné - on pourrait même dire "intello" - qui fait à la fois la qualité du film et en marque les limites: on peut apprécier sans être enthousiasmé, en dépit des grands mérites du cinéaste.

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