gimliamideselfes    

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Honor de cavallería

Critique de Honor de cavallería

   3 - Pas mal
Sans doute influencé par le visionnage du dernier Terry Gilliam, je me disais que Honor de cavalleria ferait un bon titre pour une adaptation de Don Quichotte... Mais c'était avant de savoir que c'était réellement ce que proposait Albert Serra. Alors on s'en doute si on connaît un peu le bonhomme, mais on ne va pas avoir là de scène spectaculaire avec un fou qui attaque des moulins, puisque le cinéma de Serra est pour le moins intimiste (et pour cela le film est peut-être l'exact opposé de la version de Gilliam qui gesticulait tout le temps, tandis que celle de Serra est d'une sobriété à toute épreuve). Cependant je dirai que c'est assez éloigné des deux autres films que j'ai pu voir de lui, à savoir Le chant des oiseaux et La mort de Louis XIV. C'était deux films eux aussi très lents, traitant de grandes figures mythologiques (ou quasiment), mais la mise en scène avait une certaine splendeur, une beauté plastique qui est là bien moindre. Alors certes, Honor de cavallieria n'est pas laid, mais il est beaucoup moins pictural, beaucoup moins esthétisé, notamment que Le chant des oiseaux qui avec son noir et blanc impressionnant de maîtrise et de grandeur. Ici tout semble plus fugace, plus fou... Alors ça tombe bien vu que l'on suit Don Quichotte et son fidèle Sancho, mais j'avoue que la plupart des plans manquant en majesté, je ne me suis pas réellement retrouvé dans cette proposition de cinéma. Disons que je vois ce que voulait faire Serra avec cette épopée minimaliste, notamment faire en sorte que le spectateur apporte ses propres réponses à ses propres questions qu'il peut se poser sur le film, sur ce qui est filmé... Mais chez moi ça n'a pas pris, j'ai vu qu'un gros et un vieux marcher dans l'herbe. Alors oui, il y a des plans de toute beauté, ceux qui sont fixes, notamment un où l'on voit en direct la Lune se lever derrière les arbres (je ne vous dis pas la durée du plan pour que ça soit perceptible), mais la plupart sont trop fouillis pour réellement évoquer quelque chose de profond comme ça pouvait être le cas dans les autres films que j'ai vu de lui. Il y a donc une forme certaine de déception en voyant Honor de cavalleria puisqu'à défaut de trouver ça profond ou magnifique, j'ai trouvé ça un peu long, surtout vers la fin. La lenteur pour la lenteur et sans fond j'avoue que ça m'a lassé. Surtout que tout n'est pas très compréhensible dans le peu d'événements qui arrivent. Les deux sont séparés pendant plusieurs minutes de films, ça semble être important, puis les deux se retrouvent, comme ça, l'air de rien... Disons que c'est frustrant et pour toutes ces raisons je ne suis pas rentré dans le film, ceci dit sans toutefois le détester... ça ne m'empêchera pas de voir d'autres Serra.
12 Jours

Critique de 12 Jours

   4 - Très bien
12 jours, un film que j'ai raté à sa sortie et que je ne vois que maintenant, est sans doute, avec du recul, l'un des meilleurs films de 2017. Depardon revient à l'hôpital psychiatrique, trente ans après Urgences, pour filmer cette fois des gens présentés devant le juge pour savoir si celui-ci autorise l'hospitalisation sous contrainte. Comme à son habitude le dispositif est très sobre, sobre mais soigné, Depardon est photographe et ça se voit à chacun de ses plans. On n'a pas à ici un documentaire qui se la joue reportage d'investigation et qui bouge sa caméra dans tous les sens. Ici c'est très calme, ce qui permet au spectateur de se familiariser avec les personnes, de comprendre d'où ils viennent, quel est leur problème... de les humaniser en quelque sorte, qu'ils ne soient pas juste vus comme des fous par les spectateurs. Forcément le film est touchant puisqu'il montre des vrais gens, des gens qui souffrent, des gens qui ont envie de sortir, des gens qui font tout parfois pour avoir l'air le plus normal possible pour pouvoir sortir, ce qui ne suffit jamais... Dans le film on ne verra jamais un juge refuser l'autorisation aux médecins de poursuivre l'hospitalisation sous contrainte. Les malades rêvent de liberté (ou d'en finir), mais systématiquement la réalité de leur condition mentale revient. C'est ça qui est réellement tragique. On les voit, on voit qu'ils ont un problème, les propos sont incohérents, on sent leur nervosité... On comprend qu'ils ne peuvent pas sortir, mais en même temps on voit aussi l'hôpital que Depardon filme entre chaque entrevue avec le juge. On se rend donc compte du caractère oppressant du lieu qui peut-être n'arrange rien à leur état. C'est particulièrement triste de voir un malade faire des aller-retour comme un chien en cage dans une minuscule cour pendant plusieurs minutes. On a des témoignages de ce que ça fait que se faire maintenir de force, de se faire attacher... (contre son gré bien entendu Les situations sont toutes différentes, certaines sont plus extrêmes que d'autres. On se retrouve quand même avec un type qui a tué son père, qui dit que ce dernier a été béatifié, que lui-même fait partie d'une trinité avec son père et sa mère... Mais il y a également un type qui croit que son voisin fait partie d'une secte musulmane et qui se retrouve à voler une kalachnikov dans une cave pour la mettre au-dessus de son armoire... On a un vieux monsieur qui entend d'autres voix que celles du juge... On a un immigré angolais qui a poignardé de treize coups de couteaux une femme il y a huit ans... Et Depardon prend à chaque fois le temps de nous montrer ces gens là, il ne les juge pas, on voit l'absurdité de la situation... Forcément qu'on a envie qu'ils s'en sortent, mais techniquement on voit bien que ça ne va pas... Jamais impudique, Depardon nous montre une réalité que l'on n'imaginait pas... Cependant je repars avec une question sur le dispositif, au début il est dit que le noms ont tous été modifiés ainsi que les lieux. Comment ils ont fait ? car on voit clairement le juge demander d'où ils viennent, certains donnent leur lieu de naissance, font des blagues dessus. Je vois mal Depardon embrouiller les malades en leur demandant de répondre autre chose juste pour la caméra. Bref un film fort, comme d'habitude chez Depardon, qui filme les gens sans mépris, sans supériorité et avec beaucoup d'humanité. Et il pose une question essentielle, comment on fait pour sortir de là ? Quelle vie on réserve à ces gens ? Que peut-on faire de plus ? Est-il possible de faire plus ?
L'Homme qui tua Don Quichotte

Critique de L'Homme qui tua Don Quichotte

   4 - Très bien
Je plaide coupable, j'adore Terry Gilliam, ou du moins dans ma jeunesse j'adorais l'armée des 12 singes, Brazil, Las Vegas Parano, Le roi pêcheur... et forcément les Monty Python. J'attendais chacun de ses films une fois l'âge adulte atteint, mais Zero Theorem m'avait emmerdé, sur le moment j'avais bien aimé les frères Grimm (mais juste sur le moment), mais Tideland que j'ai vu bien après j'ai détesté. Il reste juste dans ses films récents l'Imaginarium du Docteur Parnassus que j'apprécie. J'attendais donc cet Homme qui tua Don Quichotte autant que je le redoutais. D'ailleurs rien que le projet en lui-même fait peur étant donné qu'en général ce genre d'arlésienne, c'est parfois mieux si elles ne sortent pas, qu'elles restent des mythes, des fantasmes de cinéma, afin qu'on ne soit pas confronté à la dure réalité : ce n'est qu'un film... le film peut être sympa, mais il ne sera qu'un film... et rares sont les films qui égalent le mythe. Mais je dois dire que Terry Gilliam s'en est tiré avec superbe. Alors certes, le film divisera, il est totalement imparfait, mais le cinéma de Gilliam a toujours été bordélique, imparfait et c'est ce qui fait son charme. Alors peut-être serai-je moins élogieux sur le film à tête reposée, mais j'ai pris mon pied, malgré tous les défauts évidents du film et le fait qu'il soit beaucoup trop long. En fait le film a réussi à me mettre profondément mal à l'aise avec son univers entre rêve et réalité, où l'on ne sait pas trop si c'est du lard ou du cochon et où tout à coup tout prend des allures très graves avec des conséquences disproportionnées par rapport à l'intention de départ des personnages. Certes j'ai beaucoup ri également, j'ai été ému, mais c'est vraiment cette étrangeté qui m'a fasciné. Terry Gilliam fait ce qu'il veut de son spectateur vu que son spectateur ne sait pas où il met les pieds et donc il le perturbe, lui fait voir des choses qu'il ne devrait pas voir, ressentir des choses qu'il ne devrait pas ressentir... Surtout que la mise en scène est assez délirantes en filmant ses acteurs avec des angles pas possible. Les acteurs sont tous parfait dans leur rôle. J'ai pu lu lire qu'Adam Driver était en dessous de ce qu'il peut faire d'habitude, mais il n'en est rien, un peu désabusé au début, on le voit petit à petit trouver la foi dans le Don Quichotte qu'il a trouvé. Mais forcément c'est Jonathan Pryce qui tire son épingle du jeu. J'aurais d'ailleurs apprécié qu'il soit plus présent car il n'a finalement qu'un second rôle. Il faut noter aussi que Joana Ribeiro est sublime avec son air de Penélope Cruz dans ses premiers rôles. D'ailleurs toutes les scènes entre Ribeiro et Driver sont belles et justes. On voit tout le rêve de l'actrice en devenir lorsqu'elle est jeune et toute la délusion de celle qui n'a pas pu le devenir... Tout ceci a un côté très touchant. Bref, Gilliam arrive à faire exister ses personnages et à les rendre émouvant. Et puis bien sûr il y a Don Quichotte, c'est triste à dire mais Jonathan Pryce tient sans doute là le rôle de sa vie, alors qu'il ne lui revient qu'à cause d'une accumulation de malheurs. D'ailleurs notons le geste très classe de la part de Gilliam de remercier au tout début du générique Jean Rochefort et John Hurt. Reste néanmoins que Jonathan Pryce est Don Quichotte, tout comme son personnage est Don Quichotte et toutes les scènes avec lui sont savamment drôles. Toute la fin du film dans le château semble sortir droit d'un cauchemar et m'a crispé avec une monté en puissance crescendo. J'ai adoré les derniers moments dans le château, lorsque l'on comprend ce qui s'est vraiment passé et qu'on voit le regard paniqué d'Adam Driver... Après la folie le retour au réel. Cependant le thème principal du film c'est justement l'immortalité de la figure de Don Quichotte, de cet idéal, de cette douce folie et le film le réussi très bien avec son final. En parlant des thèmes abordés, on sent que Gilliam a un compte à régler avec tous les producteurs qui l'ont emmerdé durant sa carrière... Mais surtout on voit la différence entre le jeune Adam Driver, idéaliste, et l'actuel, un réalisateur de pub qui a abandonné ses rêves... devenu précieux et prétentieux... Qui, et ce n'est pas bien original, réussir à regagner un peu de sa candeur au contact de Don Quichotte, celui-là même qu'il avait inventé dix ans plus tôt alors qu'il avait encore des idées... D'ailleurs, le film en noir et blanc sur Don Quichotte tourné par le personnage de Driver dans sa jeunesse a l'air juste fou. J'aurais adoré le voir en version complète. Bref, je voulais lire le bouquin avant de voir le film histoire de pouvoir saisir les références, mais le film m'aura au moins donné encore plus envie de m'y atteler.
Le Monde du silence

Critique de Le Monde du silence

   3.5 - Bien
Tombé sur ce film totalement par hasard, j'avais lu les polémiques très actuelles qui l'entouraient. En effet, certains reprochaient à ce film qui date des années 50 de ne pas avoir la même morale écologique qu'un film actuel se devrait d'avoir. Et si on passe outre la polémique, c'était franchement pas mal parce qu'on sent l'aventure que c'était à l'époque (et que ça doit toujours être). On voit les vieux équipements, on sent la tension lorsque l'on descend sous l'eau. Dès le début on nous rappelle que c'est dangereux. Mais surtout on voit que c'est de vrais hommes. Je veux dire par là qu'ils ne sont pas des figures, mais des êtres humains avec leurs faiblesses et ça peut se voir notamment lorsqu'ils ne peuvent pas s'empêcher de tuer les requins qu'ils croisent. On voit donc leur aventure, comment ils mangent, comment ils vivent sur leur bateau et surtout comment ils s'y prennent pour explorer les fonds marins. On voit l'inconnu, cet océan immense qui cache moult secrets. Bref, je comprends la fascination pour l'océan qu'a pu susciter Cousteau avec ses œuvres, puisque c'est là un vrai appel à mieux comprendre notre planète et à s'émerveiller devant ses monstruosités. Parce qu'on ne va pas se le cacher cet océan gigantesque est sacrément flippant et il n'est d'autant plus qu'on te montre ce qu'ils en sortent... donc une bête où à l'intérieur vivent des anguilles. Je n'avais jamais entendu parler de ça. Traumatisé.
La Petite Vendeuse de Soleil

Critique de La Petite Vendeuse de Soleil

   4 - Très bien
La petite vendeuse de soleil est le premier film que je vois de son réalisateur qui est d'ailleurs décédé juste avant la sortie du film. Franchement, c'était vraiment plaisant et agréable. Djibril Diop Mambety nous livre une tranche de vie dans son pays et ça aurait pu mal partir parce qu'on s'intéresse à une jeune fille handicapée qui veut faire un métier initialement réservé aux garçons, à savoir vendre des journaux. Disons qu'on aurait pu tomber dans un pamphlet féministe tire-larme profondément ennuyant, mais en réalité pas du tout. La force du film vient de la capacité de son réalisateur à animer chaque scène, à montrer sa ville, son pays, de filmer les gens ordinaires, de les voir être normaux, de ne pas montrer que les beaux quartiers... Alors certes, tout n'est pas réaliste, on a une gamine qui arrive à faire sortir quelqu'un de prison juste parce qu'elle le demande... c'est un peu gros... Mais dans le film ça passe très bien car on a une ambiance qui est partagée entre le réel, avec son lot de tristesses et de joies, et un côté plus absurde, où tout semble possible. En voyant le film on se sent vraiment transporté dans ces ruelles avec ces gamins qui vendent les journaux en groupe de six ou sept (à mon avis il serait plus efficace de se disperser, mais bon), les mêmes gamins qui s'en prennent à une fille handicapée parce qu'ils ne supportent pas de la voir vendre des journaux. Finalement le film fait très bien ressortir la méchanceté, la bêtise ordinaire... Mais c'est contrebalancé par une belle histoire de tendresse ordinaire de l'autre côté... Ce qui fait du film une œuvre simple mais juste et touchante. Bref, moment très agréable, même si Mubi doit absolument augmenter la taille de leurs sous titres...
Fast film

Critique de Fast film

   3.5 - Bien
Court métrage dont le concept me laissait assez dubitatif, tant j'ai été déçu par de nombreux détournements, Fast film m'a très agréablement surpris. Il s'agit donc d'un détournement, ou plutôt de plusieurs détournements, qui suivent une trame narrative très simple : il faut sauver la demoiselle en détresse. Sauf que pour la sauver on a droit à toutes les belles gueules du cinéma américain qui se lancent à la poursuite d'un train conduit par tous les méchants du cinéma américain. En gros le film consister à réutiliser et à manipuler des extraits de films pour servir une nouvelle trame narrative (qui est des plus bidon et juste un prétexte), mais surtout pour rendre hommage à tout un pan du cinéma américain. Il y a ici tous les acteurs, les actrices, les films qu'on aime dans le cinéma américain. Les acteurs se succèdent pour incarner le même personnage dans ce collage/origami gigantesque et au rythme totalement effréné. Tout va très vite, il y a de vraies trouvailles de montage pour réussir à rendre crédible, ou du moins compréhensible l'utilisation des divers extraits de films. Le réalisateur a créé son propre univers à partir des films qu'il aime. Les films se déchirent, partent en morceaux pour laisser la place à un nouveau film, un nouvel acteur, qui partira à la recherche d'une nouvelle princesse. Il y a un côté juste fou et jubilatoire. Pour une fois, j'aurais aimé savoir comment c'est fait techniquement, si c'est fait par ordinateur, si le réalisateur a réellement réalisé son film en stop motion en animant image par image les films qu'il aime sur du papier d'origami. Tout ça est juste fou et sa courte durée en fait un immanquable pour peu qu'on aime le cinéma américain.
Action ou vérité

Critique de Action ou vérité

   1.5 - Mauvais
Pas grand chose à sauver dans ce simili Destination Finale qui aurait pu être vraiment sympa. En fait le souci de ce genre de film c'est de ne pas oser aller jusqu'au bout du concept et ne pas oser prendre un vrai metteur en scène. Au début on suit donc une bande de jeunes qui fait le Spring Break au Mexique et je dois dire qu'on n'a que peu d'informations sur les personnages. On sait que les deux filles sont meilleures amies, on sent qu'une fille est attirée par le mec de son amie, que cette même amie a un père qui est mort et qu'on a un mec gay dans le lot. Sauf que ça ne fait pas des personnalités, au mieux c'est des caractéristiques et le film ne construit pas réellement ses personnages autour de ça. Or, comment par une longue introduction au Mexique où les personnages font vraiment la fête, c'est à dire pas faire la fête comme des personnages de cinéma prudes, ça aurait pu avoir un petit côté plaisant et permettre de créer un peu d'alchimie entre les personnages. Là c'est juste fade et inutile. Sur la partie mortelle d'action ou vérité, je ne capte pas pourquoi ça ne se fait pas en huis clos. J'aurais bien vu une unité de temps et de lieu... Là tout le truc s'éparpille pour juste faire n'importe quoi. On invente même des règles au fur et à mesure (comme le coup de ne pas pouvoir faire plus de deux fois vérité de suite). Alors qu'en réalité fait un film glaçant sur des ados obligés tour à tour de se dire la vérité ça aurait pu fonctionner. Là en fait on force les ados à choisir vérité pour qu'ils se mettent physiquement en danger et crèvent. C'est trop facile au niveau de l'écriture et témoigne d'une immense paresse. Les personnages qui se comportent comme des enfants est également un gros point noir du film puisque l'on sait que le jeu force les gens à faire ceci ou cela, on se retrouve quand même avec la blonde qui fait la gueule pour tout et n'importe quoi. Tout ça pour séparer les personnages pour faire naître de la tension de manière on ne peut plus artificielle, même si en vrai c'est juste du sursaut et qu'il n'y a réellement aucune ambiance ne serait ce que pesante. D'ailleurs le film est plus drôle qu'horrifique, mais je ne suis pas certain que c'était voulu au départ. Reste juste la fin qui est surprenante, disons que pour une fois je ne l'avais pas vu venir et que ça se joue des codes habituels du genre du film d'horreur. Mais bon, c'est juste pour ça que je m'en souviendrai, même si clairement ce n'est pas non plus novateur puisqu'un film d'horreur remake populaire d'un film japonais optait déjà pour une fin similaire en 2002.
Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma

Critique de Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma

   4 - Très bien
J'étais passé à côté de la ressortie en octobre dernier ce téléfilm de JLG et je dois avouer que je suis assez surpris qu'en 1986 ce genre de film pouvait passer sur TF1. La chaîne a été privatisée l'année suivante et était considérée comme la chaîne la plus à gauche des trois chaînes publiques. Quelque part ce film Godard signe le chant du cygne de cette période. D'ailleurs j'ai du mal à imaginer le spectateur qui en mai 86 tombe un samedi soir sur ça à la télévision, parce qu'on a là un pur Godard des années 80. Il dit qu'il est revenu au cinéma commercial avec Sauve qui peut (la vie), mais clairement son cinéma n'a plus rien à voir avec ce qu'il faisait au début des années 60 et a clairement de quoi dérouter le public. Il y a certes encore une histoire, mais elle est diluée, réduite à son minimum, ce qui intéresse Godard ici c'est de montrer la vie d'un petit studio de cinéma. Enfin, lorsque Godard filme ce qu'il pense être la vie il filme ce qui nous fait, à nous, ressentir ce qu'est la vie. Pour cela il utilise ses procédés habituels, notamment au niveau du son où les personnages parlent tous en même temps créant une sensation d'ébullition permanente mais également de capharnaüm. Mais au milieu de cette agitation Godard filme surtout les visages de ces sans nom, de ces acteurs qui viennent passer des essais qui tournent en rond en répétant une phrase à chaque passage devant la caméra. Le personnage de Jean-Pierre Léaud, qui est réalisateur dans le film, appelle ça la mer, chaque ligne de dialogue est une vague et ensemble ils doivent reformer la mer. Ces scènes sont longues, ce qui renforce la beauté des quelques instants où Godard ralentit l'image, fait un arrête sur image sur un joli visage féminin. Il utilise le précédé qu'il explicitait dans Scénario du film Passion (une sorte de making off de son film Passion) afin de créer de la poésie en superposant les images. Bien sûr comme dans tous les Godard il y a énormément de dialogues percutants, de scènes fortes mais qui finissent par s'annuler les unes les autres tant ils s'enchaînent comme les vagues qui se brisent sur la plage. Je retiendrais néanmoins ce passage où Godard apparaît lui-même aux côtés de Mocky pour dire que Paris pue car les gens ne se lavent pas assez les idées. Ou je rentiendrais encore cette comparaison entre la grille autour des fenêtres du studio et la grille des programmes à la télévision, façon de faire comprendre qu'on est enfermé sur le petit écran. Mais le film évoque surtout la fin du cinéma, comme le dit le titre. Il est toujours question d'argent, toujours question de financer les films, d'ailleurs la présence de Godard se fait limite apaisante lorsqu'il apparait relativisant presque les deux milliards d'anciens francs que prend Polanski pour faire un film. Mais le constat reste là, le personnage de Mocky, Jean Almereyda, qui est d'ailleurs appelé Jean Vigo à un moment dans un carton, ne peut plus faire de films... Il n'en a plus les moyens... Il y a donc en toile de fond cet essoufflement de la petite production face aux superproductions... Ce qui aujourd'hui résonne forcément... même si le cinéma n'est pas mort.
Happy End

Critique de Happy End

   4 - Très bien
J'adore le cinéma d'Haneke mais je n'avais pas pu voir ce film à sa sortie et les mauvais retours ne m'avaient pas fait me précipiter dessus à sa sortie en DVD. Sauf qu'en réalité c'est très bon et c'est dans le peu que j'ai vu, le meilleur film de Cannes 2017. J'aurais adoré une troisième palme consécutive pour Haneke. Je ne ferai pas la blague du Haneke Cinematic Universe puisque je viens de voir que les cahiers l'ont déjà faite, mais clairement on est dans un film somme pour Haneke tant tout renvoie à ses films précédents et à ses démons. Lorsqu'on dit ça on pense sans doute avant tout à Amour (pour la distribution, mais pas seulement) avec ce qui sans doute la meilleure scène du film où Tritignant raconte à sa petite fille la fin du film Amour, comme s'est terminée la vie de sa femme. Mais il n'y a pas que ça, Haneke réutilise une scène utilisée dans Caché, on voit mais on n'entend pas ce que se disent les personnages... Scène qui ne sera pas plus jamais évoquée, laissant ainsi le spectateur libre de toute interprétation comme pourrait le faire un témoin fugace depuis l'autre bout de la rue... On a évidemment du Benny's Video (le seul Haneke que je n'ai pas aimé), puisque là on a une jeune fille qui filme tout, notamment ses méfaits. D'ailleurs c'est extrêmement glaçant d'ouvrir le film là-dessus, sur cette violence ordinaire filmée, projetée afin de faire de nous les voyeurs complices d'actes atroces comme lorsque l'on regarde des gens faire des choses tout aussi horribles en vrai sur l'application Periscope. La violence des enfants rappelle également Le Ruban Blanc... Bref tout le film fait écho aux thématiques explorées par Haneke durant sa carrière. J'avais un peu peur en apprenant que le film allait parler des migrants, j'avais peur d'un Haneke qui devient un peu gaga et qui perd toute sa radicalité pour devenir un papy gâteux, mais il n'en est rien. Peu présents les migrants ont néanmoins un rôle essentiel dans le film, ils sont là pour montrer ce que disait le synopsis : "Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles." Ils mettent en lumière à quel point cette famille bourgeoise est hors du monde, hors de la réalité, comment elle est dans un entre-soi, s'arrangeant entre amants pour les questions judiciaires, donnant du fric pour éviter les poursuites, apportant dans une ambiance très XIXe des chocolats à la fille de la servante blessée par le chien de la maison... Ils sont un retour au réel nécessaire pour éviter que ça soit juste une farce bourgeoise. Le film en est une, de farce, il a beau être glaçant par moments, vraiment froid, cynique, désabusé, du bon Haneke en somme, il n'en est pas moins drôle. Ces bourgeois apathiques sont drôles malgré eux avec leur incapacité à aimer. La fin est vraiment belle, dérangeant, un peu glaçante tout en étant assez drôle finalement avec sa pointe de cynisme froid... Le regard que jette Huppert à la petite fille qui filme la scène, ce regard désemparé, d'incompréhension dit tout. Huppert ne comprend rien à son père, à sa nièce. Les deux sont quant à eux connectés. Les acteurs sont vraiment excellents, ça fait d'ailleurs plaisir de revoir Kassovitz dans un bon film, mais clairement c'est la gamine et Trintignant qui dominent.
Hurlevent

Critique de Hurlevent

   3.5 - Bien
Film méconnu de Rivette, Hurlevent gagne a être mis en lumière puisqu'il s'agit là d'une œuvre singulière et vraiment étonnante. Je ne connais pas l’œuvre d'Emily Brontë, mais Rivette dit dans le générique adapter les premiers chapitres des Hauts de Hurlevent. L'action se situe bien après la mort de l'auteur du bouquin et dans le sud de la France, je suppose donc que Rivette s'est fait plaisir avec l'adaptation. Un changement salvateur tant les paysages sont beaux, tant toute cette pierre, tant tout ce soleil donne un aspect terroir des plus appréciable. Plus surprenant que la relocalisation du film en France, ici tous les rôles ou presque, sont tenus par des adolescents et ça donne un charme totalement absurde au film. Je m'explique, dans le film les gens passent leur temps à se crier dessus, à se battre, à ne pas savoir parler calmement... Le fait de voir des ados parlent parfois beaucoup trop bien pour leur âge, prendre des airs de grands bourgeois, alors qu'on voit bien qu'ils sont très jeunes donnent un aspect farce au film, tout en expliquant leur comportement, c'est des gamins... ils sont incapables de se gérer... Mieux encore, le seul personnage qui n'est pas totalement con c'est la bonne, l'une des seules adultes dans cette histoire... Et on voit dans la bonne devoir gérer les bourgeois qui sont trop cons pour communiquer, trop cons pour se parler clairement, trop cons pour faire autre chose que de se frapper... Ce qui donne, mine de rien, une dimension politique au film. Le film est néanmoins un peu long, il ne se passe pas forcément grand chose, mais il arrive constamment à proposer quelque chose pour faire réagir le spectateur malgré la redondance des scènes de disputes qui ne sont pas forcément fondées sur grand chose. Je pense à cette fête du quatorze juillet, où ils sont six, ils dansent autour d'une grande table avec quelques lampions. La scène est profondément étrange, un bal avec six personnes ? Voilà qui renforce encore le côté farce du film. Bref, c'est un film assez dérangeant tant il ne fait pas ce qu'on attend de lui et se contente du minimum (sans que ça soit un mal). Surprenant.
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