L_huitre  

Membre depuis 4218 jours | Dernière activité : 22/04/2018

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Red Sparrow

Critique de Red Sparrow

   2.5 - Moyen
Quelle disgrâce ! Les Ricains qui jouent les Ruskoffs, c'est la promesse à coup sûr de clichés à la pelle. Surtout dans l'environnement du moment où Poutine et les Russes ne sont pas des "good guys". Red Sparrow ne nous épargne rien avec son école des "moineaux", autrement dit des agents russes prêts à tout pour collecter des informations au service de l'Etat. Charlotte Rampling reprend du service à cette occasion dans le rôle d'une formatrice coriace et revêche. Nul doute que son caractère froid et altier a aidé au moment du casting. Tout le film est centré sur le personnage de Jennifer Lawrence, nouvelle star des ados depuis le succès des Hunter Games. Le scénario vise à la mettre en valeur, et il faut lui reconnaître qu'elle donne de sa personne. Hélas, c'est au service d'un scénario confus. L'histoire est complexe et en même temps simpliste, avec son retour dans le sillon bien connu d'une confrontation Est/Ouest. On n'adhère pas à l'histoire, contrairement au récent "Atomic Blonde" qui était extraordinaire par son authenticité. Au trois quart du récit, le spectateur est un peu largué, puis tout cela se termine bien par un final à l'américaine où il apparaît que toutes ces images ne visaient qu'à développer l'histoire d'une vengeance personnelle, comme on les aime au-delà de l'Atlantique. Jennifer a ainsi étoffé sa filmographie d'étoile montante avec un film sérieux au compteur. Mais je ne suis pas sûr que le public ait vraiment gagné à l'affaire...
La Prière

Critique de La Prière

   4.5 - Excellent
Un film ouvertement religieux, cela peut rebuter un public le plus souvent agnostique ou athée. Mais ce film porte une telle charge d'humanité qu'il en devient lumineux et visible par tous. Tout y est vrai. Cela débute sans préambule dans la voiture qui conduit un jeune homme vers un centre de désintoxication par la prière et le travail. Ces premières minutes de silence, troublées par de courts échanges, vous captent l'attention comme si c'était votre fils ou votre frère qui était là, dans cette voiture, montant sans conviction sur le chemin de sa rédemption. La présence du jeune comédien est forte et troublante. Il emporte par son jeu une adhésion totale du spectateur qui va être, comme lui, balloté par des litanies de prières. Comme lui, on ressent un certain malaise face à l'ascétisme d'un quotidien terne et routinier. Comme lui, on ressent la morsure d'une vie à la dure dans un univers minéral, froid et sans confort. Comme lui, on a envie de fuir, comme l'ont fait deux couples, ce soir là, dans le cinéma. Mais, inconsciemment, le spectateur se laisse gagner par la spiritualité de cette quête, la beauté des paysages et les sourires de ces jeunes. La vérité de la simplicité nue, sans tous les artifices de la vie moderne. Les témoignages publics de quelques uns de ces jeunes cabossés par l'existence sont tellement criants de vérité qu'on ne peut qu'être ému. Le film est un merveilleux éloge de la prière. Il réintroduit subrepticement dans notre vie la quête d'une certaine spiritualité. On marche, ou on ne marche pas. En tout cas, on ne ressort pas tout à fait indemne de ce très beau film.
Wonder Wheel

Critique de Wonder Wheel

   2.5 - Moyen
Woody Allen est sans doute le réalisateur le plus foisonnant de notre époque. Il n'est pourtant plus très en cour depuis quelques temps, notamment depuis qu'il a défendu mollement Harvey Weinstein. Et sa vie privée est plutôt trouble. Il est donc difficile de critiquer son dernier film sans donner l'impression de hurler avec les loups. Mais bien que "Alleniste" de coeur, je suis très déçu par son dernier film. Un film mineur qui essaye de surfer sur les images chatoyantes des années 50, parfaitement bien rendues dans une petite ville balnéaire avec un grand parc d'attraction. Est-ce suffisant pour rendre passionnante une nouvelle chronique du temps qui passe et des amours crépusculaires chez une femme mûre ? Je n'ai pas trouvé le petit coup de génie habituel du réalisateur pour sortir des sentiers battues d'une histoire trop conventionnelle, Pour une fois et de manière très inhabituelle, Woody s'est fourvoyé... Le film est court, et le générique de fin surprend le spectateur de manière inattendue. Le film est terminé. On n'a pas vibré.... Dommage !... En revanche, on peut vraiment accorder un satisfecit à Kate Winslet, absolument étonnante en femme mûre qui essaye de s'accrocher à son jeune amant. Elle étonne par cette capacité à se dévaloriser dans un rôle qui risque de lui faire passer de l'autre côté de la barrière dans les prochains castings. Un choix audacieux, très conforme à son exigence artistique, mais qui pourrait faire du mal à son image. Pour ma part, je suis et resterai fan....
Le Retour du Héros

Critique de Le Retour du Héros

   4 - Très bien
L’épopée napoléonienne ne donne pas souvent lieu à des films. C’est dommage car les costumes sont étincelants, entre les robes vaporeuses des femmes et les uniformes chamarrés des hommes. Alors, lorsque qu’une comédie en costume sort sur les écrans, avec un duo jubilatoire au casting, la tentation est grande de foncer prendre un billet. En l’occurrence, l’instinct était bon car « le retour du héros » est une comédie enlevée avec un Dujardin séducteur comme jamais. Face à lui, Mélanie Laurent étonne par son jeu contemporain où perce des faiblesses féminines d’antan. Elle est irrésistible. Le tandem s’oppose à fleuret moucheté dans un marivaudage qui déclenche l’hilarité. « Le retour du héros » repose sur un fil tenu : le retour d’un déserteur dans son village, alors qu’on lui a tricoté, à son insu, un destin de héros pour consoler sa bien-aimée délaissée. Tout cela est bien léger, et l’adhésion n’est pas immédiate. Mais le charme des deux acteurs emporte tout. D’autant qu’ils sont bien secondés par quelques seconds rôles comme Noemie Merlant en soeur passionnée et dévergondée, ou Christophe Montenez en beau-frère timide devenant lion pour sauver son honneur. Il y a du burlesque dans tout cela, et parfois le film fait penser à du Louis de Funes. Le capitaine Neuville est veule, lâche, bonimenteur; tout ce qui caractérise les personnages de Funes. Avec l’oeil de velours de Dujardin en plus… C’est une bonne comédie. Pas du genre à déclencher de grands éclats de rire. Mais le film se laisse voir avec un sourire permanent; du cinéma populaire comme on l’aime…
Jusqu’à la Garde

Critique de Jusqu’à la Garde

   4 - Très bien
"Jusqu'à la garde", voilà un titre magnifique ! Un terme d'escrime qui signifie "jusqu'à la protection du poignet", quand l'épée s'enfonce totalement dans l'adversaire... L'adversaire, il s'agit bien de cela. "L'autre", autrement dit, celui qu'on n'ose plus nommer pendant un divorce. Des divorces saignants, c'est monnaie courante. C'est ce à quoi s'attache ce film dans une composition quasi documentaire. La première scène - point de fioritures ! - se passe chez le juge pour apprécier le principe d'une garde partagée. Les avocats parlent et débobinent les arguments de chaque camp. On ne se parle plus directement. La tension est latente. Le spectateur est englué dans cette histoire lourde dont on devine, dès le départ, que cela finira mal. Ce film est une vraie réussite par son interprétation hors pair et par un casting bien trouvé. La pauvre Lea Drucker paraît fluette et fragile face au profil lourd, menaçant et à la personnalité monolithique de Denis Menochet. Et l'enfant qui est l'enjeu du conflit joue merveilleusement bien, notamment dans les scènes de tension familiale où on lit l'épouvante sur son visage. Le film est lourd, ancré dans une réalité qu'on ne voudrait pas partager. C'est d'une humanité cuisante... "Jusqu'à la garde" n'est pas uniquement le porte-drapeau des violences conjugales. Certes, il dénonce la chose avec un réalisme brutal. Il est hautement nécessaire de ce point de vue. Mais j'ai trouvé tout aussi pertinent de comprendre les motivations de l'agresseur, ce père en quête de reconnaissance, qui ne sait pas exprimer ses sentiments, et qui cède à la violence par désespoir. L'incapacité d'aimer est un mal contagieux. De ce point de vue, les positions intransigeantes du grand-père et le mutisme de la grand-mère donnent quelques clefs d'explication à la personnalité du père. Ce père qu'on déteste dès le départ, mais pour lequel on éprouve par moments des bouffées de pitié. Il se bat contre sa nature brutale, s'accroche désespérément à un semblant de normalité, mais trouve nulle part de quoi lisser ses accès de colère. Ce père aime sa femme jusqu'à la garde pour la toucher au coeur d'une façon ou d'une autre. Ce film mérite le déplacement par sa sobriété et par le jeu exceptionnel des acteurs. Il est le récit d'une réalité inadmissible, la violence faite aux femmes. Il doit être vu, en mémoire des 123 femmes tombées en 2016 sous les coups de leur compagnon...( calembredaines.fr )
Les heures sombres

Critique de Les heures sombres

   4 - Très bien
Winston Churchill est vénéré dans son pays, considéré comme le plus illustre anglais dans toute l’histoire de l’Angleterre. Un homme politique sans équivalent qui a marqué le siècle de son génie, de son sens politique et de sa capacité à anticiper les événements. Surtout de sa formidable capacité à rester fidèle lui-même, fut-ce au prix d’un isolement prolongé. On rit encore de ses citations savoureuses, tant il avait le sens de la répartie et de la formule à l’emporte-pièce. Une personnalité dont on rêverait pour gouverner nos pays aujourd’hui encore. Oui, mais un tel destin est fragile. Il se construit sur quelques heures. Des heures tragiques où celui qui préside à l’avenir d’un pays se trouve confronté à une pression maximale. Des heures atroces qui révèlent la vraie personnalité d’un dirigeant. Des heures où se forgent un destin. Ce sont ces quelques heures dont parle le film « Les Heures sombres ». Les heures qui auront propulsé Churchill au firmament de la gouvernance politique. C’est assurément le film à ne pas louper pour tous les amateurs d’histoire. La reconstitution des années 40 est sympa, mais juste esquissée. Economies de moyens ou plutôt concentration sur l’essentiel : les formidables jeux de pouvoir au sein de l’Etat britannique au début de la guerre. Gary Oldman fait une prestation incroyable en Sir Winston. Mais, reconnaissons-le, le début du film laisse un peu indifférent, comme un jeu de marionnettes sans âme. La béchamel ne prend pas, sans qu’on puisse juger pourquoi, car tous les bons ingrédients sont bien là. Mais heureusement la pression monte avec un début de guerre catastrophique de l’Angleterre. Les ennuis tombent sur le Premier Ministre comme à Gravelotte. Et tout d’un coup, l’étincelle s’allume. La magie du cinéma opère. On est enfin au coeur de l’action… « Les Heures sombres » est un film sur la solitude du dirigeant politique. La plus forte pression sans doute qui se soit exercée sur un homme dans l’histoire de l’humanité. La caméra réussit à capter le stress avec les lieux confinés de la war room en sous-sol. Mais aussi avec un champ visuel réduit comme dans ce formidable coup de fil à Roosevelt où l’on sent couler la peur dans les veines du dirigeant aux abois... Le film retranscrit bien le supplice de la décision et la tentation de céder à la facilité, facilité portée par les acteurs jouant le rôle de Lord Halifax et de Neville Chamberlain, presque aussi vrais que les vrais. Et puis, tout d’un coup, Churchill retrouve la magie du verve et « Malgrouh s’en va t’en guerre » comme son ancêtre le duc de Marlborough… Comme dit Halifax dépité, le vieux a mobilisé tous les mots de la langue anglaise au service de son combat. « Les Heures sombres » sont à voir pour comprendre notre histoire. Mais aussi pour réaliser que la facilité n’est jamais bonne conseillère en politique. Une leçon à méditer qui est toujours valable aujourd’hui. Mais nos dirigeants ont-ils l’étoffe d’un Churchill qui a accepté, par deux fois, dans sa carrière politique de connaître une longue traversée du désert pour ne pas avoir à déroger à ses convictions ?
Coco

Critique de Coco

   5 - Chef d'oeuvre
La bande dessinée ou le dessin animé est un art mineur, c’est bien connu… Un truc essentiellement pour les enfants. Jusqu’au jour où Pixar se décide à travailler dur sur un projet de film, en essayant d’élever son jeune public à sa qualité d’être humain à part entière. Il en sort « Coco », un dessin animé, à nul autre pareil. C’est normal car c’est un pur chef d’oeuvre… Quelle idée audacieuse de parler de la mort à un jeune public qui ne fait que commencer sa vie. Parler de la famille, des ancêtres, de la filiation, de l’arbre généalogique. Et des disparus qu’on honore le jour des morts. C’était casse-gueule, à n’en pas douter, car la mort fait peur. Elle ne se raconte pas… L’idée géniale est de situer l’histoire au Mexique dans un pays où le culte des morts est très vivace. Un peuple joyeux, qui plus est, qui adore chanter et jouer de la musique. Avec des traditions fortes qui permettent de donner une belle consistance à l’histoire. Et quelle histoire ! Une histoire de cimetières en fêtes, de plongée dans l’au-delà, de communauté des morts qui essayent de se rappeler au bon souvenir des vivants. Le tout dans une science de l’image qui est de l’ordre du génie. Tout est merveilleusement beau dans ce dessin animé. Le spectateur reste sans voix devant cette débauche de couleurs et dans les trouvailles géniales du scénario. Miguel, petit bonhomme au visage poupin, est un héros absolument charmant. Sa passion de la musique est touchante. Mais l’autre grand personnage du film est le groupe familial dont personne ne se détache vraiment, en dehors des deux plus vieilles, les grands-mères. Le dilemme du personnage, partagé entre ses aspirations personnelles et la pression familiale, donne à l’histoire une dimension universelle. Nous voilà embarqués dans un scénario de grand-huit de fête foraine pour 1h45 de pur bonheur. L’émotion est aussi vive que lors de la disparition de la maman de Bambi. C’est tout dire… Coco se termine sur un feu d’artifice de bons sentiments, mais aussi de vraies réflexions sur le sens de la vie. A la fin, le spectateur a presque envie d’applaudir les scénaristes d’un tel film. S’il y a encore de tels bons hommes à la création, c’est que le monde n’est pas si pourri. Réjouissant…
La Promesse de l'aube

Critique de La Promesse de l'aube

   5 - Chef d'oeuvre
"La promesse de l'Aube", mon roman préféré au cinéma... Quelle aubaine ! Le livre qui m'a fait vibrer, qui m'a ému, qui m'a emballé par son écriture soignée. Le destin incroyable de ce petit Polak juif devenu Consul de France pour répondre aux rêves de sa mère, me fascine totalement. La vie de Gary est un roman fleuve. Le cinéma pouvait-il lui rendre justice ? La réponse est oui. Je suis sorti les larmes aux yeux du film "La promesse de l'Aube". Un film qui est fidèle au livre, mais qui, plus que cela, donne envie de le (re)lire. Car le film est bien sûr réducteur. Quelle histoire incroyable !... Une comédienne ratée, d'origine russe, qui tente de survivre en Pologne, en élevant seule son fils unique. Elle lui a appris le français et communique avec lui essentiellement dans cette langue. Elle porte la France au plus haut dans son échelle de valeurs. Et elle a décidé de faire de son fils le plus grand artiste dans son domaine. Et même un ambassadeur de France... Une obsession qui va le porter durant toute sa jeunesse, et être sa ligne de vie. Au point que, après avoir été Consul de France aux Etats Unis, puis le plus grand écrivain du siècle, grugeant les Jurés du Prix Goncourt en obtenant un second prix sous un pseudonyme en 1975, son but était atteint, et plus rien ne le portait : Gary s'est suicidé en décembre 1980. Charlotte Gainsbourg est parfaite en Nina Kacew, mère obsessive qu'on qualifierait aujourd'hui de brindezingue. Mais cette femme a fait de son petit Romain l'homme génial qu'il est devenu. Et puis comment ne pas être ému devant cette mère, pourtant farouchement possessive, qui incite son fils en 1940 à rejoindre de Gaulle et à continuer le combat, car "la France est en danger". C'est aussi ce qui m'a toujours fait vibrer chez Gary, c'est cette vision supérieure de la France, cet amour sans compromis de notre pays. Des étrangers fraîchement naturalisés qui aiment plus leur pays d'adoption que des Français de souche. Le film est une réussite car il sait capter le ton fiévreux, et en même temps, pétri d'humour du Gary quadragénaire racontant sa mère. Certes, il sait qu'il écrit sa propre légende et brode un peu. Mais qu'importe ! C'est le plus bel hommage d'un enfant à sa mère, la plus belle déclaration d'amour à l'auteur de ses jours. "La promesse de l'Aube" vous étreint le coeur et sera toujours à mes yeux le livre le plus abouti, nourri aux plus belles lettres françaises. D'ailleurs, le film se termine sur une citation céleste, de celles qui vous laissent sans voix et la larme à l'oeil. Gary est le plus grand...
Les Gardiennes

Critique de Les Gardiennes

   3 - Pas mal
J'aime le cinéma qui prend des risques... Sortir un roman des années 20 de son anonymat ( malgré le prix Goncourt qu'il a obtenu ) et raconter à sa suite une histoire totalement rurale des années de guerre14-18, on ne peut pas dire que Xavier Beauvois joue la facilité. Est-ce si étonnant de l'auteur des "Hommes et des dieux" ? Le pedigree de l'auteur et le sujet peu consensuel ont, en tout cas, suscité ma curiosité. Ce film est très étonnant. Il est peu bavard, et l'action se traîne à un point qui peut relever d'un quelconque record du livre Guiness. La vie laborieuse, monotone et sans éclat des paysannes suppléant leurs hommes au front pendant les années de guerre remplit l'écran avec une sobriété qui confine à l'ascétisme . Au-delà du caractère documentaire de la fauche des blés en bas Limousin au début du siècle dernier, l'objet du film ne saute pas aux yeux. Heureusement la jeune actrice Iris Bry, par sa présence subtile, finit par capter l'attention. On s'habitue à ce rythme lent, souvent jugé horripilant par nos contemporains, pour rentrer dans l'esprit de l'époque : la quête de survie, l'attente de rien, le fatalisme ponctué de révoltes vite comprimées, la joie des petits bonheurs simples...A défaut d'éveiller les foules, Xavier Beauvois rend un bel hommage à toutes ces femmes qui se sont tuées à la tâche pour remplacer leurs hommes absents. Il apporte ce témoignage précieux au débat actuel sur l'égalité homme-femme pour montrer que depuis longtemps, les femmes ont su s'affirmer, quand les circonstances l'exigeaient. La scène où le poilu rentré du front, s'étonne devant le tracteur et la moissonneuse dont sa femme a su s'équiper pour réduire son labeur, est peut-être le message que Beauvois voulait faire passer par ce film. Faisons confiance aux femmes pour changer le monde. C'est une belle morale qui justifie bien les quelques bâillements fugaces que le cinéphile indulgent que je suis, n'a pas pu réfréner lors de ce film un peu long. Mais l'image était tellement belle, et le spectacle de cette France rurale tellement proche d'un tableau de Millet que la poésie était au rendez-vous.
Maryline

Critique de Maryline

   4 - Très bien
Eh bien moi je ne partage l'opinion générale du public : ce film m'a touché... C'est un superbe portrait de femme, authentique et puissant, porté par une jeune actrice incroyablement talentueuse. N'importe comment, un film de Gallienne ne peut pas être autre chose que profond, tant il est vrai que l'auteur des "Garçons et Guillaume, à table" sait merveilleusement capter les tréfonds de l'âme. Ce petit rien qui est le ressort de chacun. Dans le cas de cette jeune femme, on le découvre lentement, car le personnage est mutique et fermé. Il s'en dégage une douleur secrète, un manque de confiance en soi, une pulsion destructrice... Gaullienne nous promène de scènes en scènes, avec à chaque fois, une tension latente. Le spectateur n'est jamais libre de ressentir de l'empathie pour cette femme, pourtant très belle. Elle avance, mais sans jamais se départir de son fardeau. Serait-ce le propre d'un comédien, a fortiori d'un grand comédien, que de rester prisonnier de son conditionnement ? On voit que la question n'est pas si éloignée de son précédent film sur l'identité sexuelle. Dans cet embarras permanent, Gallienne amène heureusement avec bonheur le personnage joué par Vanessa Paradis. Une bonne fée qui va dégager chez cette femme la noix de sa brou collante, sans réussir à casser la coquille pour arriver jusqu'au coeur. Le message qui se dégage subtilement, est qu'un comédien ne s'estime pas, il ne croit pas en lui, et doute constamment. Il a tendance à vouloir se faire mal, à s'abîmer. Jusqu'au jour où le public, par ses effusions, provoque une émotion incontrôlable. C'est la dernière image assez magique dans un restaurant. Et cette image légitime à elle-seule la souffrance de tout le film. Une fin libératrice qui survient au son suave de Vanessa Paradis sur une chanson de Leo Ferré. Un vrai bijou ! Au final, Gallienne n'a pas joué la facilité avec ce film, mais il porte au pinacle sa jeune actrice de la comédie française, Adeline d'Hermy. Il nous dit avec d'autres mots la difficulté d'être acteur. Mais on gage qu'il n'abandonnera jamais ces moments de souffrance et de torture. Ils sont sans doute la seule voie possible pour toucher au bonheur du sommet.
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