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Membre depuis 530 jours | Dernière activité : 20/05/2013

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21 Jump Street
  4 - Très bien
Ils sont flics, ils sont potes et ils sont...jeunes ! Tellement que le chef de la brigade les branche sur un programme d'infiltration où des flics à l'aspect juvénile sont chargés d'infiltrer les lycées pour démanteler des trafics de drogue. Eux, ce sont les héros de 21 Jump Street, voici leur histoire ! À l'origine, 21 Jump Street est une série américaine des années 1980. Succès cathodique, elle est surtout connue pour avoir révélé un certain Johnny Deep (qui fait ici un caméo mémorable, reprenant le rôle qu'il tenait dans la série). Cela fait plusieurs années qu'Hollywood cherche à adapter le feuilleton sur grand écran mais il aura fallu attendre Jonah Hill (transfuge d'Apatow) pour que la chose se concrétise de manière plutôt inattendue. Délaissant complétement le sérieux de la série, 21 Jump Street - le film penche plutôt pour la comédie d'action, tendance buddy-teen-movie, avec, il faut le dire, une bonne humeur communicative. Premier film live de Phil Lord et Chris Miller (réalisateurs du sympatoche mais pas mémorable Tempête de boulettes géantes), 21 Jump Street semble n'être en apparence qu'un énième ersatz poussif de comédie ricaine grasse saupoudrée d'action molle. Une pâle copie de l'Arme fatale qui rejoindrait finalement et légitimement Showtime, Top cops ou RED dans les bacs de Lidl. Or, le film évite cet écueil par une rythmique et une inventivité imparable. Comprenez que si le scénario ne casse pas trois pattes à un canard dans ses enjeux, la mécanique interne de chaque scène va receler LE gag, LA réplique ou LA situation qui va relancer continuellement la machine. Constamment alimenté en petites trouvailles, 21 Jump Street carbure à l'énergie en arrivant toujours à se renouveler et à conserver précieusement des cartouches en rab. Gardant toujours une bonne idée sous la pédale, pour l'amener correctement et au bon moment, les réalisateurs offrent ainsi un divertissement non seulement drôle (avec quelques éclairs de subversion apatowiens) mais surtout déférent envers le genre investi. En bon geek élevé au cinéma 80's, Jonah Hill, secondé du scénariste de Scott Pilgrim, connait ses classiques et les codes du genre et les investit pour mieux en jouer. Du duo improbable mais impeccablement assorti (Hill et Channing Tattum), les scénaristes tirent une situation inédite qui dépasse la simple association des contraires. Quand autrefois, les intellos étaient les pestiférés et les sportifs les stars, la transformation de la société à inverser la tendance et nos flics se retrouvent plongés dans un monde lycéen aux codes bouleversés. Belle façon de malaxer les stéréotypes de la comédie ricaine tout en ouvrant une caverne d'Ali Baba de gags et de situations hilarantes. Mais au milieu de cette rigolade, les réalisateurs n'en oublient pas pour autant quelques scénes d'actions efficaces, non seulement ambitieuses mais également post-modernes. Sans cynisme mais avec beaucoup d'ironie, 21 Jump Street déconstruit ses scènes d'action pour mieux en montrer les grosses coutures avec de nombreux running-gags (les explosions, les glissades sur capot,...). Tout le casting semble prendre un pied monstre à être là et la séance file à toute allure sans jamais lasser. Au final, 21 Jump Street est un peu à Hot Fuzz ce que Bienvenue à Zombieland était à Shaun of the dead, une variation ricaine beaucoup moins virtuose mais indéniablement fun et sincère. Alors certes, on trouvera toujours de quoi redire sur la finesse de certains gags et le film n'a pas d'autre prétention que celle de divertir. Mais de ce point de vue, le contrat est parfaitement rempli et 21 Jump Street s'impose comme une comédie tonique et délirante, parfaite pour entamer l'été avec un seau de pop-corn sur les genoux. Une vraie bonne surprise dont la suite est déjà annoncée pour 2014.
The Amazing Spider-Man
  2.5 - Moyen
Il est parfois des projets qui, à eux-seuls, montrent le caractère névrotique de la logique d'Hollywood. En effet, de mémoire, jamais grand studio n'a mis autant de mauvaise foi dans l'élaboration d'un film que Sony pour ce Amazing Spider-man. Coincé depuis 2007 dans l'impasse d'un quatrième opus impossible à mettre en place, le studio s'est trouvé pris entre deux feux. Incapable d'exploiter encore sa juteuse licence (l'une des rares que Marvel Studios n'a pas récupérée) mais menacé de perdre les droits sous 5 ans, le studio à pris des mesures d'urgence et une décision folle tomba sur nos téléscripteurs en 2010 : un reboot. Oui, dix ans seulement après le premier opus, Sony décide de remettre les compteurs à zéro ! Tout cela pour l'amour de l'art, c'est entendu, à grands renforts de "C'est une toute nouvelle approche", "Les temps ont changé, un nouveau public veut découvrir cette histoire...", "Mon cul sur la commode", etc.... Véritable happening mercantile et cynique, contre lequel tout le monde s'insurge et polémique depuis son annonce, l'inutile The amazing Spider-man soulève les passions depuis deux ans (votre serviteur en tête) même si tout le monde attendait forcément d'en voir le résultat. Maintenant, on a de bonnes raisons de gueuler, on a vu le film ! La première chose à rétablir tient au fait de séparer la démarche, puante et hypocrite, du film en lui-même. En cela, il serait malhonnète de mettre Marc Webb (jeune clippeur dont c'est le deuxième film après 500 jours (ensemble)), Andrew Garfield, Emma Stone et compagnie dans le même sac que les producteurs. Si une chose transparait à l'écran, c'est que chacun essaye de faire de son mieux pour livrer un bon film. Marc Webb livre une mise en scène correcte, les acteurs sont justes, la direction artistique n'est pas trop mauvaise sans faire des étincelles et le script veille à approcher cette histoire connue de tous sous de nouveaux angles afin de se distinguer de la précédente trilogie. Durant une petite heure, le film est ainsi plutôt accrocheur avec son pseudo-complot en toile de fond, sa réinvention de Peter Parker en ado moins nerd (avec un côté sale petit con fidèle au personnage de la BD) et un véritable soin apporté aux rapports humains. Marc Webb sait diriger ses acteurs et en tire le meilleur afin de poser des personnages attachants et intéressants. Dans un mélange entre romcom et film indé, le premier acte vise toujours juste rayon humour, thématiques, sentiments et atermoiements adulescents et prend le temps de bien développer les choses pour laisser le spectateur s'installer dans cet univers, pourtant très familier. Une bonne surprise quand on voit que trois quarts des blockbusters actuels vont trop vite et alignent des scènes pyrotechniques pour rattraper inutilement leurs carences question personnages et psychologie. Les scènes les plus foirées en général chez les autres constituent ici les plus réussies du film de Webb. Jusqu'ici donc, tout va bien comme dirait l'autre mais si la partie Peter Parker des choses est très intéressante et agréable, le film l'est beaucoup, beaucoup moins dans la partition super-héroïque... Car, soyons clairs, The amazing Spider-man n'en a RIEN à foutre de l'homme araignée. Tout ce qui a trait au super-héros est ici expédié, survolé ou très schématiquement exploité. Tout ce qui est constituant de la genèse de l'homme araignée est sous-traité comme si on se foutait de voir Peter Parker devenir Spider-man. Hello tout le monde, on paye un ticket pour ça ! Comme si le film devait respecter mollement les clauses du contrat, les passages obligés sont courts et réduits au minimalisme le plus strict et fonctionnel. Ces péripéties fondatrices sont vidées de toute substance, de toute ampleur dramatique, de toute répercussion et ne se posent jamais comme les jalons de la légende mais comme des péripéties anonymes. Quand on se souvient de l'importance de ces scènes chez Sam Raimi, véritables tournants dramatiques ou épiques disséminés comme autant de métaphores (passage à l'âge adulte, poids de la culpabilité,...), on est en droit d'avaler cela de travers. Car la chose est grave et va plus loin qu'une attitude je m'en foutiste et flemmarde, c'est la négation totale de l'univers investi qui est en jeu. La popularité de Spider-man, depuis plus de 50 ans, tient à la dimension iconique du personnage, à son histoire et à ses motivations, à ses actions et à leurs répercussions. C'est à ce prix que peut naître l'identification et l'émerveillement. Sam Raimi (et Stan Lee et Steve Dikto avant lui) parlait peut être d'un geek piqué par une araignée radioactive mais il prenait son sujet au sérieux car tout cela (pour lui et les fans) est toujours allé plus loin qu'une histoire fantasque : c'est la naissance d'un héros, mythe fondateur par excellence dans nos cultures. Ici, Peter Parker se fait piquer par une araignée, se découvre des supers-pouvoirs, voit son oncle mourir et décide de devenir super-héros, certes. Sauf que quand il se fait piquer, il s'en fout, les pouvoirs il s'en balance un peu même si c'est cool, son oncle Ben (pas celui du riz) meurt sans aucune espèce d'émotion (pour un drame fondateur, c'est embétant) et Parker décide de devenir super-héros comme ça sur un coup de tête, pour le fun, sans aucune motivation préalable. Comment voulez-vous dès lors croire et vous émerveiller des exploits du fantastique homme araignée quand on ne nous donne toujours à voir qu'un pauvre zazou faisant le mariole en collants rouge et bleu et montrant sa gueule à tout le monde ? Ce Spider-man là n'est pas Spider-man, c'est une version Pepsi (la couleur, sans le goût) du héros Marvel, un acrobate-clown déguisé et non le héros ou l'icone magnifiée dont les exploits ont laissés sans voix des générations. Le problème est, cependant, peut-être plus profond et accidentel qu'il n'y parait. L'intention du studio était, depuis le début, de s'éloigner de la ligne comic-book de Raimi pour proposer un traitement plus moderne et réaliste (le syndrome Dark Knight). Or, on ne parle pas ici d'un milliardaire et de ses gadgets face à des gangsters mais d'un mutant face à d'autres mutants. C'est un postulat fantastique qu'il faut assumer afin de le rendre paradoxalement crédible (là encore, voir Raimi pour s'en convaincre). Mais le film semble si embarassé par cette dimension fantastique qu'il tente à chaque fois de la minimiser, voir de la contourner pour ne pas avoir à la manipuler. Et paradoxalement, quand il n'a pas d'autre choix que de s'y confronter, le film verse dans l'incohérence et la série Z la plus ridicule. Il n'y a qu'à voir l'absence de réactions face à l'extraordinaire (dans ce film, personne n'ait JAMAIS choqué ou surpris par les événements) et le traitement offert au Lézard pour s'en convaincre. Raté dans sa psychologie et son éxécution (les effets-spéciaux sont, d'une manière générale, très décevants), le vilain caricatural fait office de bouche-trou de service entre les scènes afin de préparer un climax sans ampleur, anti-spectaculaire et inintéressante. Avec, en prime, l'un des plans machiavéliques les plus crétinoïdes du genre. Jamais à l'aise avec l'imposante figure de l'homme araignée et son héritage fantastique, le film sombre dans une deuxième partie bourrée de raccourcis, de clichés, d'incohérences et de scènes embarrassantes et génériques greffées artificiellement pour tenter de remplir le quota d'action requis. Une action d'ailleurs peu novatrice et loin d'être spectaculaire qui se situe dans la moyenne basse du blockbuster moderne. D'où un film complétement nul dans tous ses enjeux super-héroïques et qui tire sérieusement à l'ennui dans son troisième acte. En définitive, le constat est là et il n'y a pas de miracle. Ce film, fait pour de mauvaises raisons et qui reste profondément inutile, est plutôt bon quand il s'intéresse à l'ado derrière le masque mais indéniablement raté dès qu'il touche à quoi que ce soit de surhumain. Marc Webb réussit dans ce qu'il connait (les personnages, leurs relations,...) mais, aussi volontaire et honnête soit-il, échoue dans le reste, par faute de compétences et d'une ligne cohérente dans l'exploitation de l'univers. The amazing Spider-man peut se ranger ainsi aux côtés du Hulk d'Ang Lee, de Superman returns ou encore de Super 8, comme ces oeuvres geek qui, à vouloir trop se prendre au "sérieux", ont délaissé leur assise imaginaire et merveilleuse. Oui, le film peut se suivre poliment (c'est l'été après tout...), d'autant que ça n'ait pas trop mal filmé et qu'il y a quelques bonnes choses mais ne vous y trompez pas, le seul Spider-man qui vaille reste le chef d'oeuvre de Sam Raimi et non ce blockbuster anonyme conçu avant tout, ne l'oublions pas, pour racler vos poches. PS : Si jamais vous voulez vraiment tenter l'expérience, restez un peu pendant le générique, l'ouverture foireuse sur l'inévitable épisode II est visible. Qui a dit stratégie Marvel ?
Blanche-Neige et le chasseur
  2.5 - Moyen
Il était une fois, dans un royaume lointain... vraiment ? Vous voulez un résumé ? Il n'aura échappé à personne que le conte de fées fait un retour en force depuis quelques années dans l'industrie du divertissement américain. Entre les séries Grimm (bof...) et Once upon a time (chouette !), Le chaperon rouge de Catherine Hardwicke, les divers projets autour de La belle et la bête (la nouvelle série de CBS, un film voulu par Del Toro) ou Pinnochio (toujours ce bon Del Toro), Maléfique avec Angelina Jolie, le Blanche-neige de Tarsem Singh sorti il y a deux mois... Hollywood semble avoir troqué un temps les supers-héros et autres vampires pour revenir aux Grimm, Andersen et autres Perrault. Tendance d'un moment, comme toujours, mais avec une volonté nouvelle clairement affichée : casser les figures cuculs et Disneyennes pour imposer des modèles plus sombres, épiques et complexes. En cela, on pouvait projeter dans Blanche-neige et le chasseur, premier film du jeune clippeur Rupert Sanders, le fantasme d'un porte-étendard du mouvement. En l'état, il faudra trouver un autre représentant car si le film promettait beaucoup au vu de ces alléchantes bandes-annonces et de ses intentions, c'est finalement toujours la même vieille histoire. Comme la pomme du conte, ça parait super beau et bon mais c'est en croquant dedans qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait avoir. Pour être clair dès le départ, oui, Blanche-neige et le chasseur est visuellement à la hauteur de ce qu'on attendait... du moins dans sa direction artistique. Tout ici, que ce soit dans les décors, les costumes ou les effets spéciaux, fait figure de sans-faute. Nourrissant le désir d'un univers de dark fantasy ample, sombre et crédible, le film remporte son pari haut la main avec quelques idées visuelles stupéfiantes et réellement innovantes qui n'ont rien à envier à Del Toro, Burton ou consorts. Certains plans relèvent même de la pure majesté formelle et suffisent à élever le film au rang de blockbuster luxueux (ce qui, croyez-moi, n'est pas si courant de nos jours). La mythologie mise en place emprunte à beaucoup de supports et d'oeuvres mais se révèle homogène et cohérente. L'univers dépeint à un certaine "gueule" qu'il serait malhonnète de ne pas reconnaitre. Le constat est sans appel, Blanche-neige et le chasseur offre visuellement l'univers de fantasy le plus crédible depuis la trilogie du Seigneur des anneaux voilà dix ans. Malheureusement, Sanders n'est pas Peter Jackson et le souffle épique attendu est absent. La maitrise nécessaire pour donner vie à l'univers et soutenir l'ampleur du monde dépeint fait constamment défaut et le jeune cinéaste peine à tenir la ligne d'une mise en scène cohérente. On patine alors, au pire, dans un découpage anarchique et maladroit et au mieux dans un petit savoir-faire de movie-maker. Mais souvent, c'est l'anonymat qui prime car ce qui manque le plus à la mise en scène de Blanche-neige et le chasseur, c'est une vision et un point de vue. En cela, Sanders n'est guère aidé par un scénario qui veut marier le conte originel aux canons de l'héroic-fantasy mais sans jamais se poser les bonnes questions. Car pour investir et adapter de façon originale une histoire aussi connue de tous, il ne suffit pas de mettre huit nains, Blanche-neige en armure et d'effleurer une romance avec le chasseur. La réadaptation guerrière façon Alice au pays des merveilles est ici une fausse piste qui ne voit jamais dans l'exploration des thématiques et arcanes dramatiques propres au récit originel les clés d'une nouvelle vision du conte. Quid de la relation entre la jeune fille et sa belle-mère ? Des raisons profondes qui poussent Ravenna à agir ainsi ? Tant de matière inexploitée ou presque qui offrait pourtant un véritable point de vue sur une histoire fondatrice de la culture mondiale. Mais non, ici, tout le monde préfère s'en tenir à des travaux de façade sans jamais penser à refaire les fondations. Les nains font donc des blagues pourries (tant de bons acteurs en piteuse figuration), Blanche-neige est très jolie et très gentille, la méchante reine est méchante et hystérique et le chasseur est un homme vertueux. Tout ce petit monde, sans aucune épaisseur psychologique, est balancé dans un script sans enjeux ou presque qui sacrifie constamment la chair de ses scènes sur l'autel de péripéties répétitives censées alimenter une histoire qui tourne à vide. Ne prenant jamais assez le temps de poser les choses, de développer ses situations, le film fait constamment décrocher car il est incapable d'impliquer émotionnellement ou dramatiquement le spectateur. Même quand il ne se passe rien (et c'est souvent le cas), il faut que cela passe rapidement. Cependant, rien n'y fait, l'ennui reste constant, la prévisibilité de certaines situations n'arrange rien et on se prend à ricaner de quelques dialogues risibles et incohérents Certes, on connait par coeur l'histoire mais quand elle est bien racontée, une bonne histoire fonctionnera toujours (John Carter en est la preuve la plus récente). Ici, le conteur travaille de jolies enluminures mais l'ensemble finit désincarné, sans âme, soumis à la loi du blockbuster lambda. Comme le Alice de Tim Burton, avec qui il partage le même producteur (rien n'est du au hasard), Blanche-neige et le chasseur voudrait nous faire miroiter un film féérique et spectaculaire nourri de noirceur poétique mais il n'en a que les apparats, jamais l'essence et l'âme. Et ça, c'est sans doute le plus regrettable. Bref, en voulant tout miser sur l'emballage au détriment du contenu, Blanche-neige et le chasseur finit par répondre à sa logique commerciale plus qu'à ses hautes et nobles ambitions artistiques. Rien de grave finalement, il est loin d'être le premier ou le dernier du genre, mais le film devient tellement anonyme et passe-partout qu'il sera très vite oublié du public (sauf peut-être des midinettes gothiques). Et ce sera surement sa plus grande punition, tout succès commercial en puissance qu'il puisse être.
The Dictator
  3.5 - Bien
Au Nord de l'Afrique, la république du Wadyia vit sous le joug d'un tyran : le général Aladeen. En plein développement nucléaire, le pays doit être entendu par l'ONU sur ses agissements et Aladeen part donc pour New-York afin de répondre devant la commission. Mais son second le kidnappe pour mettre une doublure à sa place et transformer le pays en démocratie. Aladeen s'échappe, bien décidé a sauver son pays d'une telle hérésie... Sacha Baron Cohen est fou ! Pas fou dangereux mais plutôt taré mental tendance schyzo. Déjà créateur et interprète (ou plutôt incarnation) des personnages borderline d'Ali G (un rappeur crétin), Borat (journaliste kazakh candide et antisémite) et Brüno (homosexuel nazillon), l'anglais cintré récidive aujourd'hui avec le personnage du dictateur Aladeen dans The Dictator. Toujours flanqué de son ami Larry Charles à la réalisation (déjà aux commandes de Borat et Brüno), ce kamikaze du rire revendique hautement et clairement ses intentions : exploser les curseurs de mauvais goût dans un feu d'artifice délirant et subversif ! Avant toute chose, il faut signaler aux amateurs que The Dictator abandonne complétement l'aspect mockumentary des précédentes performances de Baron Cohen. Ainsi, et aussi nulle soit-elle, The Dictator déroule une histoire et ne se contente plus d'alterner caméras cachées et sketchs-réalité. Une décision assez sage tant les limites du concept ont été plus qu'atteintes dans Brüno, triste et embarassant précédent de l'humoriste. Revenant à un concept proche de Ali G – Indahouse, Sacha Baron Cohen brôde un postulat narratif qui ne pense jamais le film comme globalité mais toujours comme un enchainement de scènes-sketchs, à sa propre gloire, sur une trame balisée. D'où une structure complétement décousue, nappée d'une histoire d'amour ronflante et d'énormes incohérences. En clair, scénaristiquement, The Dictator est aussi indigent et convenu que 75% de la production comique américaine. Formellement, c'est pas la joie non plus, le film est surement un des trucs les plus laids que nous ayons pu voir cette année au cinéma. Rien de bien étonnant quand on connait le travail de Larry Charles, tâcheron passe-plat qui se contente depuis le début d'encaisser son chèque et de mettre en route la caméra quand Baron Cohen, le véritable réalisateur, joue. Champs/contrechamps anonymes, faux-raccords à foison, photographie dégueulasse.... Bref, c'est la curée et on condamnerait presque le film à mort ! Sauf que The Dictator, à l'inverse des nombreuses comédies taylorisées qui pullullent chaque année sur les écrans, n'a pas oublié sa mission première de comédie : faire rire. Et à ce jeu là, le film fait mouche ! Outrancier, vulgaire, crétin et profondément trash, The Dictator sort la grosse artillerie pour vous faire claquer les zygomatiques. Toujours hors des limites, l'humour du film n'épargne personne (tout le monde en prend pour son grade) et aligne les morceaux d'anthologie (le vol en hélicoptère, l'accouchement...) pour vous plier en huit. Humour noir, rire jaune, situations (très) douteuses, on s'esclaffe (un peu honteusement parfois) devant tant de connerie assumée et de répliques déjà cultes. Tout ceci conjugue, dans un festival potache et scatologique jubilatoire, la subversion de Baron Coen à des touches d'absurde jusque là inédites dans son univers. Le processus d'écriture de chaque scène est, en cela, formidable, visant toujours à partir d'une situation pour l'emmener dans des directions innatendues et l'étirer au maximum de son potentiel d'hilarité. Comme d'habitude, l'humoriste analyse notre monde pour en extraire la pulpe comique et rentrer avec jubilation dans le lard des clivages et des ostracismes. Moins désenchanté que dans Borat, la vision du monde offerte par The Dictator ne donne pas vraiment matière à grande réflexion mais s'avère plus mordante et subtile qu'il n'y parait au détour de quelques scènes (Baron Cohen ose même la comparaison avec Chaplin dans un discours de fin hilarant et satirique). Niveau casting, beaucoup de têtes connues (Kingsley, C.Reilly, Fox, Northon et Anna Faris dont les lèvres ont dégonflé) mais seulement de passage, l'égo démesuré de Sacha Baron Cohen faisant encore des siennes. Quasiment de chaque plan, l'acteur-scénariste fait tout graviter autour de sa figure, de son talent et de son génie sans jamais pouvoir offrir autre chose à ses partenaires que des rôles de faire-valoir. Littéralement habité par ses personnages (au point d'assurer une promo très controlée sous les traits de ces derniers), Baron Cohen développe une forme de culte de la personnalité assez étrange puisque dissimulé, chaque fois, sous un masque différent et outrancier. Ce mec s'aime, c'est indéniable, mais toujours autrement que quand il est lui-même. Un cas limite psychiatrique et fascinant à analyser. Alors certes, on pourra reprocher à The Dictator d'être seulement une pantalonnade (mal filmée et mal scénarisée qui plus est) et d'être orphelin d'un certain discours, à l'inverse de Borat. Mais quand la régression est aussi drôle, salutaire et insolente, ça fait un bien fou aux abdominaux. Dans notre monde de plus en plus politiquement correct, voir qu'il existe encore des énergumènes aussi frondeurs, sales gosses et félés, cela rassure un peu...tant que leurs armes sont le rire et la subversion bien sûr !
Kill List
  2.5 - Moyen
Étrange film que ce Kill List qui commence comme un drame social british pour finir en affrontement sectaire entre deux personnes affublées de masques en paille (dont un bossu) ! Auréolé de quelques prix et nominations, encensé par certains, Kill List se dote d'une petite réputation qui intrigue et fait des envieux : celle de la pépite horrifique de l'été. D'où l'incompréhension quand on voit le film... Le propre du cinéma de genre à toujours été d'investir des structures codées pour mieux jouer de ces codes et les réinventer, les transcender pour offrir de nouvelles visions. En ce sens, Kill List pose un personnage principal de tueurs à gages rangé des flingues qui rempile pour un dernier contrat, forcément celui de trop (à peu près le script de tous les DTV du casting d'Expendables). D'abord présenté longuement dans son quotidien familial, avec ses problèmes d'argent, de dos et de couple, notre héros (en manque de thunes) va reprendre du service en compagnie d'un copain d'armes pour exécuter les noms d'une liste. Ceci pour le compte d'un mystérieux vieillard qui va conduire le film vers une dimension de thriller horrifique empreint d'ésotérisme. Alléchant programme, ambitieux, mais qui malheureusement ne tient pas du tout la route... En premier lieu, Kill List rappelle fortement, jusque dans son final, le désagréable et nihiliste A Serbian film (âmes sensibles s'abstenir). Même personnage antipathique, même point de départ, même twist final tétanisant, même pessimisme... ; les ressemblances sont véritablement troublantes mais ici, Ben Wheatley à la bonne idée de ne pas tomber dans la surenchère gonzo et provoc. La violence y est crue mais toujours dosée avec parcimonie, sans complaisance graphique (d'où son puissant impact). Le discours reste, lui, profondément discutable puisque le nihilisme n'y a pas grand fond, ni propos, à l'inverse de la nouvelle-vague Sud-Coréenne ou du travail de Rob Zombie et Christopher Smith. Ajoutons à cela un script sans véritables surprises, aux enjeux unilatéraux et à la dramaturgie morne et Kill List achève de montrer ses grandes carences scénaristiques. On pourra trouver intéressant (même si, là encore, pas follement original) le fait de ne pas identifier la menace ou sa rationalité mais dans un film aussi rempli de trous narratifs et d'incohérences, on peut vite se demander si le réalisateur ne savait simplement pas où aller. Les personnages n'ont pas beaucoup d'épaisseur à l'exception du héros, auquel on s'identifie d'ailleurs très peu tant il est antipathique et son interprète anticharismatique. Chaque retournement de situation s'évente aussitôt et beaucoup de choses se calculent en amont (exemple : les personnages louches sont les méchants, tada !) d'où l'impression constante de déjà-vu et d'évidence et ce malgré le glissement du film du thriller à l'horreur. C'est d'ailleurs cette translation qui est la plus ratée car pas assez préparée dramaturgiquement tout en étant évaporée par des gros effets d'annonce. Et c'est peut-être cela qui vaut pour tout le film, cette façon d'en faire trop et pas assez à la fois. Ben Wheatley est conscient du minimalisme de son intrigue et plutôt que de miser sur cette sobriété afin d'offrir un résultat visuellement transcendant dans son découpage et son cadrage, il préfère décliner une réalisation bourrée d’afféteries. Filmage hasardeux, photo filtrée à l'excès, montage rempli de sautes d'images... Au final, Kill List veut se créer une identité esthétique sans se rendre compte qu'il chope tous les tics d'une grande partie des films de genre récents (et pas forcément les meilleurs). Cela culmine dans des scènes nocturnes illisibles car... c'est la nuit et on ne voit rien. On vous dira que l'objet est de créer la peur mais là encore, le film n'a rien de terrifiant car jamais subtil dans la terreur. L'aspect survival-horror de la scène dans la forêt s'annule avec une secte d'épouvantails braillards assimilables à des ennemis vidéoludiques. Les joueurs de Left 4 dead verront de quoi je parle, ceux de Serious Sam aussi... malheureusement. Et à l'échelle du film dans son entier, l'utilisation musicale redondante de notes sourdes et de plages de cordes stridentes et assourdissantes affilie Kill List à Jusqu'en enfer ou Insidious, des films d'horreur très démonstratifs, loin des ambitions du film. Usant et sans aucun effet sur le rythme cardiaque... Voulant à tout prix se démarquer, Kill List finit donc par échouer sur le plan du fond, de la forme mais aussi de la sacro-sainte identité chère au cinéma de genre. Le film avait donc de quoi susciter l’intérêt sur le papier, surtout quand on connait la vivacité du cinéma de genre anglais, malheureusement Ben Wheatley n'est pas l'excellent Christopher Smith et ce Kill List, trop brouillon, risque de ne pas faire de vieux os. Mais qui sait, peut-être une prochaine fois ?
My Soul To Take
  3 - Pas mal
La programmation d'un cinéma en été obéit toujours à quelques impératifs inébranlables : une armada de grosses machines hollywoodiennes, une poignée de comédies, une ou deux séries Z qui s'assument, quelques outsiders et une floppée de petits films d'horreur. Au menu aujourd'hui dans cette catégorie : My Soul To Take, slasher écrit et tourné en 2010 qui trainaît dans les tiroirs des studios. La période estivale lui permet aujourd'hui de sortir en France après une sortie confidentielle (mais en 3D inutile) aux Etats-Unis. Pourquoi celui-ci plus qu'un autre me direz-vous ? C'est vrai, les perles, dans le cinéma de genre, ça ne manque pas (All the boys love Mandy Lane, Triangle, Detention...) mais ces dernières passent souvent, et injustement, par la case Direct To Video sans même qu'une sortie salle soit envisagée. La réponse est simple, My Soul To Take est réalisée par la « légende » : Mr Wes Craven. L'occasion pour votre serviteur de dénoncer une imposture... Dans la galaxie des Masters Of Horror, Wes Craven occupe une place de choix depuis des années. Nombreux sont les fans du bonhomme qui le considèrent comme un des grands cinéastes de genre, alignant les chefs-d'oeuvre horrifiques depuis 30 ans. Tous s'accordent à le dire, Wes Craven est grand ! Tous ? Non ! La grande force de Wes Craven, c'est avant tout (seulement ?) un pif assez incroyable. Pas un talent de metteur en scène (au mieux, un artisan pas trop manchot), ni un style affirmé (il n'en a pas) mais un flair hors-pair pour sentir le vent tourner et s'engouffrer dans la brêche. Il tourne La dernière maison sur la gauche et lance la vague du survival craspec. Succès. Vendredi 13 sort, le slasher devient tendance et Craven créait immédiatement Freddy Krueger (7 films, un crossover et un reboot à ce jour). Succès. Dix ans plus tard, il invente le néo-slasher avec Scream (et, sans le savoir, condamne le cinéma d'horreur à des années noires). Succès. Les remakes sont en vogue et voilà que Craven lance et produit les remakes de ses propres films. Succès. Bref, on l'aura compris, Wes Craven répond à l'adage « Au bon endroit, au bon moment » mais surement pas à l'envergure d'un John Carpenter. Doté d'un certain cynisme, le réalisateur (malgré quelques gros échecs) roule sa bosse, voguant au gré des tendances avec son statut usurpé de génie, sa légitimité en carton et son petit savoir-faire. Et pourtant, combien de ses films sont réellement et intrinséquement bons ? Poser la question revient à donner la réponse... Ce n'est donc pas un fan de Wes Craven qui se charge ici de la critique de My Soul To Take, tourné peu avant le réussi Scream 4. D'où le peu d'attentes envers le film... et la bonne surprise qui s'en dégage. Et pourtant, il y aurait de quoi redire de cette histoire de tueur schyzophrène qui, 16 ans plus tard, vient de nouveau troubler le quotidien des habitants de Riverton. Premier film écrit par Craven himself depuis Freddy sort de la nuit (un septième épisode en forme de conclusion méta-bordélique), My Soul To Take semble tenter de greffer l'ADN d'Identity dans un cadre de saga littéraire pour ados. Tout y est : une petite ville traumatisée, sept enfants nés la même nuit où un tueur fou est mort, des meurtres qui recommencent, un héros ayant des hallucinations, des secrets familiaux... Bref, personne ne sera surpris de découvrir que la greffe prend mal et que le scénario est improbable, souvent tiré par les cheveux et bourré d'incohérences. L'argument fantastique est raté car jamais complètement affirmé et répondant, lui aussi, à une logique incohérente tandis que le début du film condense trop d’évènements pour être crédible. En somme, le film part sur de très mauvaises bases mais, contre toute attente, on se laisse prendre au petit jeu de massacre. Quelque chose de fluide émane de la narration et de la réalisation (correcte) qui embarque le spectateur avec assez de plaisir pour que l'heure cinquante du métrage passe sans ennui. My Soul To Take fait ainsi figure d'honnète et simple slasher (c'est à dire sans métatexte) qui déroule son programme en s'assurant de garder assez d'atouts et de rebondissements roublards de côté pour relancer la machine. Les personnages ne sont pas un modèle de caractérisation (la bigotte, la bourge, le sportif...) mais aucun n'est jamais à l'abri et les plus charismatiques ont tendance à mourir les premiers. De ce fait, Craven déjoue légérement les clichés et cela suffit à surprendre le spectateur même aguerri. La temporalité resserré du récit (l'action se passe sur un jour) permet un enchainement sans temps mort des situations et un gommage salutaire des aspects les plus nazes du slasher. Ici, donc, point de B.O de soupe pop-rock, d'histoire d'amour de teens, de scènes passe-plats entre les meurtres ou d'ados cons comme la lune qui font une fête alors qu'un tueur rôde. My Soul To Take préfère travailler une atmosphère, plus pesante, de middle-town américaine hantée par un horrible passif. L'ambiance est même propice à une gravité, à un certain spleen que traverse des figures d'ados angoissés. Bien sûr, tout cela ne bénéficie pas d'une exploitation à la hauteur mais cela suffit à donner au film un petit surplus d'âme. En définitive, My Soul To Take est une modeste pelloche du samedi soir, plutôt honnète et distrayante malgré sa kyrielle de défauts. Bricolé hasardeusement sur le plan du récit, plombé d'incohérences et de trucs improbables, le film s'en sort par une ambiance prenante et assez de savoir-faire pour qu'on se laisse avoir, sans déplaisir, le temps d'une séance. My Soul To Take ne mérite peut-être pas le grand écran et supportera difficilement une seconde vision mais en tant que série B, elle s'en sort plutôt bien. P.S. : Par contre, Craven n'aurait pas du laisser la création du générique de fin à son petit-fils...
Prometheus
  4 - Très bien
D'abord annoncé avec fracas en 2009 comme le prequel d'Alien avant d'être considéré comme un film indépendant se déroulant dans le même univers puis comme le point de départ d'une nouvelle trilogie : Prometheus sort enfin sur les écrans pour se dévoiler au monde et montrer enfin si il à un alien dans le ventre. Passage en revue d'un des films les plus attendus de cette année. Premier constat, et de taille, Sir Ridley Scott s'est réveillé ! Le septuagénaire tacheron, qui bénéficie encore d'une légitimité toute discutable au regard d'une bonne partie de sa filmographie, est enfin de retour dans un genre qui lui va bien, la science-fiction, et qui plus est sur la franchise dont il est le géniteur. Et c'est indéniable, Scott nous livre sûrement ici un de ses films les plus plastiquement aboutis depuis...Gladiator (il y a plus de 10 ans). Fini la shaky-cam ou la grammaire télévisuelle de ses derniers films, Scott compose ici des images crépusculaires qui se déploie avec ampleur dans un découpage classique mais racé et efficace. La production-design, irréprochable, fait habilement le lien avec Alien (et la direction artistique de H.R.Giger) tout en proposant un nouveau corpus graphique, cohérent et abouti. Quelques scènes spectaculaires viennent emballer le tout histoire de livrer une copie exemplaire qui en met plein la vue (à 150 millions, c'est le minimum). De plus, Scott recréé, parfois subtilement, parfois un peu moins (le mixage sonore et la musique pesante), l'atmosphère angoissante du premier Alien, dans une forme tenue d'angoisse et d'appréhension d'une menace inconnue. Au détour de quelques séquences bien craspecs, le film donne également le tempo salutaire d'une S.F adulte et violente ce qui n'est pas pour déplaire en ces temps aseptisés, surtout au sein de la très correcte 20th Century Fox. Pour qui n'attendez plus (et n'a jamais attendu) grand-chose de Ridley Scott, le film est donc une belle surprise et en cela, Prometheus est une véritable et incontestable réussite formelle. Mais c'est du côté du script que les choses se gâtent... Car le grand défi de "Prometheus - le blockbuster- presque prequel mais pas tout à fait d'une saga mythique", c'était de ne pas dévoiler tous ses atouts, d'entretenir le mystère et de livrer parcimonieusement les informations jusqu'au jour J. La campagne marketing du film, qui tendait toute entière en ce sens, à d'ailleurs brillamment réussi à conserver le secret jusqu'au bout, un défi dans une époque où chaque bande-annonce en dit dix fois plus que nécessaire. Le problème, c'est que le script suit la même logique de top-secret que sa promotion. Ecrit par Damon Lindelof (créateur et scénariste de Lost), le scénario de Prometheus, aussi intéressant soit-il, peine à masquer son équilibrisme. Entre trop de fan-service envers une saga dont il voulait, paradoxalement, se détacher ; questions posées par paquets de douze auxquels il ne répond pas assez ; nouvelle mythologie tarabiscotée dans une intrigue qui fait souvent et longtemps du sur-place, Prometheus paye son ambition par une volonté de satisfaire tout le monde pour finalement tous les décevoir un peu. Les fans d'Alien trouveront le raccrochement des wagons (dans le dernier acte) un peu artificiel tandis que les néophytes pénétreront un univers riche mais qui se veut volontairement frustrant dans l'optique d'une suite. Comme dans Lost finalement, on assiste à un bombardement longuet d'énigmes et d'effets d'annonces pour finalement ne pas se voir récompenser par une conclusion digne de ce nom et devoir attendre une prochaine fois. Une logique de série TV qui nuit grandement au film, provoque des incohérences et avorte constamment des intrigues secondaires et des thématiques profondes. A vouloir se la jouer, sans succès, S.F métaphysique et nébuleuse quand on est, quoi qu'on en dise, le riche prequel d'une saga de dark S.F, Prometheus finit par ne résoudre aucun de ses nombreux enjeux et sacrifie constamment ses personnages sur l'autel d'une inutile politique du mystère. Les acteurs s'en sortent plutôt bien mais l'humanité finit par faire cruellement défaut à des personnages de surface, souvent creux et, en tout cas, jamais réellement exploités. Pour tout dire, l'ironie veut que le personnage le plus intéressant soit un androïde du nom de David (génial Michael Fassbender), cela montre en quoi l'écriture des personnages est un peu à côté de la plaque question émotions et psychologie. Néanmoins, le nombre de trous dans le script interroge sur de possibles coupes voulues par la production (Prometheus reste un blockbuster Fox, des habitués de la pratique). Un Director's Cut pourrait donc éventuellement faire la lumière sur certaines zones d'ombres, donnant ainsi une seconde vision de Prometheus plus complète et dense. Ce qui serait très appréciable même le film reste, malgré les réserves, un divertissement de haute tenue, prenant, souvent angoissant et visuellement splendide qui impose une S.F adulte, mature et ambitieuse. En cela, attachant mais peut-être trop déférent envers la saga investi pour prendre son envol, Prometheus commet quelques fautes mais vaut tout de même largement le détour, qu'on soit fan des xénomorphes ou pas.
The Raid
  4 - Très bien
Un groupe de policiers d'élite mène l'assaut dans un immeuble pour arrêter un malfrat au dernier étage. Mais dans la tour, des hommes de main prêts à en découdre font capoter la mission. Rama, jeune recrue, se retrouve alors seul (ou presque) pour mener à bien l'opération. Bon, heureusement pour lui, il sait filer de sacrés coups de tatane ! On l'aura compris, The Raid ne réinvente pas la roue en termes de script. Avec son histoire digne, au choix, d'un jeu-vidéo ou d'une série B des 90's (celles avec Steven Seagal, oui...), ce film thaïlandais ne se cache pas d'un minimalisme narratif qui tient presque du postulat. Et pour cause, The Raid ne ment jamais sur la marchandise, il n'est là que pour en mettre plein la gueule ! Violent, sauvage, spectaculaire, le film repousse comme jamais les limites du combat martial dans une succession de corps à corps impressionnants d'intensité. Les hommes virevoltent et s'envoient des mandales à décalquer la plus crispée des machoires, sautent sur les murs comme des félins, parent des coups capable d'envoyer au tapis n'importe quel catcheur sous amphets... Bref, toujours en quète DU moment de bravoure, The Raid multiplie les scènes d'action à haute teneur en adrénaline, cadavres et os brisés jusqu'à laisser sur les rotules le plus aguerri des amateurs. Un choc ! Sans câbles, ni matelas, les acteurs nous font découvrir le pencak-silat, technique de combat extrémement brutale au fascinant pouvoir cinétique qu'Evans sublime et amplifie par sa mise en scène. Car le jeune réalisateur (gallois au passage) ne se contente pas de presser play et de faire s'affronter des brutasses poids plumes, il les filme de manière nerveuse, organique et presque virtuose. Ici, point de découpage haché et illisible, l'action se développe dans des plans sur le vif, longs et dynamiques. Toujours en tension mais sans hystérie, la caméra lâche rarement les comédiens et épouse complètement des bastons époustouflantes qui se déploient dans des décors poisseux et variés. On se coupe, on se heurte, on défonce la tête du copain avec ce qu'on trouve à portée de main, l'environnement devient constituant de la chorégraphie du combat et de son évolution sauvage. Pour peu qu'un couteau ou un flingue s'immisce, le film devient d'une violence extrême mais toujours dédramatisée car outrancière et graphique, jamais réaliste et psychologique. Quelques fusillades nerveuses et bien senties complètent ce programme revendiquant clairement l'héritage de McTiernan et John Woo, de l'actioner 80's comme du polar hong-kongais. Bien évidemment, au milieu de cet ouragan d'action intense, il y a peu de place pour des personnages denses mais Evans ne joue jamais au petit malin et préfére raconter simplement, et au premier degré, une histoire simple plutôt que la jouer Europacorp à coup d'affeteries clippesques et d'histoires invraisemblables racontées n'importe comment. Une intention qui ne pourra durer qu'un temps mais qui est tout à son honneur. En clair, The Raid s'impose comme l'un des films d'actions les plus impressionnants de ces denières années. Sec, nerveux et spectaculaire, le film vous en colle plein les yeux pendant 1h40 sans jamais vous lâcher au point de ressortir de la projection lessivé, à bout de souffle mais heureux. On repassera question scénar et psychologie mais pour tout amateur de cinéma qui tâche, qui baffe et qui frappe, The Raid est l'un des grands rendez-vous de cette année.
Les Trois Corniauds
  2.5 - Moyen
Si on se risquait à une petite histoire récente de la comédie américaine, nul doute qu'on retiendrait surtout les noms de Judd Apatow, Will Ferrell, Sacha Baron Cohen ou encore Todd Phillips. Si l'âge d'or de ces rigolos s'est, depuis, un peu tassé, leur style irrigue encore maintes séries et films qui rivalisent de situations trashs et de dialogues absurdes. Et pendant ce temps, les précurseurs frères Farrelly peinent à monter leurs projets et s'imposent comme les derniers dinosaures de leur temps. Célébrés pour Mary à tout prix (leur chef d'oeuvre), Fou(s) d'Irène ou L'amour extra-large, la petite fratrie à ensuite essuyé plusieurs échecs souvent injustes avant de devoir vendre un peu de leur âme pour réaliser Bon à tirer. Du coup, les voir revenir aux affaires pour réaliser un projet de longue date et vraiment personnel mettait un peu de baume au coeur. Malheureusement, Les Trois Corniauds confirme la baisse de régime des frangins... Derrière la stupidité de son horrible titre V.F (une constante dans l'exploitation des comédies U.S chez nous) se cache The Three Stooges, réinvention cinématographique d'un trio comique qui a fait les belles heures de la télévision américaine. Moe, Larry et Curly sont trois idiots un peu candides qui passent leur temps à se donner des claques, à se tirer les poils du nez et à enchainer les catastrophes synonymes de violence physique. On l'aura compris, les trois Stooges sont les héritiers de Laurel et Hardy, Chaplin ou Keaton, d'un humour slapstick et burlesque multi-fédérateur. En ce sens, Les Trois Corniauds s'impose comme le film le plus familial des Farrelly car nul doute que les pitreries du trio amuseront les enfants. D'où également un côté très innofensif dans l'humour qui aplatit complétement le film et le met au niveau (très bas) des nombreux produits familiaux de la Fox. Le script, qui opte pour la semptiternelle trame Blues Brothers, déçoit également beaucoup car incapable de trousser des situations originales, de sortir de sa voie toute tracée (là encore, un standard Fox). Enfin, la pauvreté visuelle du film fait peine à voir entre photographie dé-gueu-lasse et effets visuels (majoritairement mécaniques) complétement cheaps. Mais on aura beau pointer du doigt, avec raison, la Fox pour ses nombreuses responsabilités dans l'échec du film, il n'en reste que les Farrelly (réalisateurs, scénaristes, producteurs) sont également responsables... Car ce qui succède à la déception, c'est l'incompréhension d'un tel revirement artistique. Autrefois papes d'un mauvais goût des plus exquis, d'une écriture de personnages impeccable et de scénarios millimétrés gorgés de situations hilarantes, les frères Farrelly semblent avoir vieillis et s'être rangés du côté des clowns tristes. L'échec en 2007 du très drôle Les femmes de ses rêves semble avoir eu raison de leur style si particulier, entre trash et tendresse, et l'éxécution de leur opus suivant, Bon à tirer (simili-Very Bad Trip balisé), tenait presque de la commande. Autrefois nourris d'une croyance sincère dans certaines valeurs (la différence, l'amour, la résistance face aux carcans sociétaux...), les Farrelly semblent avoir basculé du côté obscur et se retrouvent à vanter les valeurs les plus normatives dans des oeuvres calibrées et innofensives. Comme fruit d'une inadéquation entre les anciens et les nouveaux Farrelly, Bon à tirer et Les Trois Corniauds sont des comédies problématiques car il est impossible d'y faire la part entre cynisme confondant et ironie sous-jacente. En cela, Les Trois Corniauds s'appuie sur un humour de situation très visuel, burlesque, avec des accents de cartoon (effets sonores prononcés) mais il s'autorise parfois des éclairs de subversion Farrellyens (la none jouée par un homme, la bataille de pisse, le pet de sauvetage...) disposés comme autant de balises scatos prompts à rassurer les fans des frangins. Mais là encore, impossible de savoir si ces scènes sont réellement voulues ou simplement garantes artificielles du style Farrelly. On retiendra la première solution pour une raison simple. Certes (il faudra s'y faire), les Farrelly ont grandis mais Les Trois Corniauds, aussi raté soit-il, reste un projet personnel dans son sujet. Fans absolus des personnages, le projet de ressusciter le trio est revenu ces dernières années comme un vrai serpent de mer dans la filmographie des frangins (avec des noms comme Sean Penn ou Jim Carrey au casting). Sa concrétisation n'est absolument pas à la hauteur mais il est louable d'avoir tenté le pari, d'avoir proposé de l'inédit (avec du vieux) dans la comédie U.S contemporaine. Car remettre le burlesque au goût du jour à l'époque de la comédie trash équivaut à rendre hype le télégraphe à l'heure de l'IPhone. Comme symbole de ce pont impossible entre les époques, la ballade du trio dans Los Angeles leur fait rencontrer des gens avides et mesquins et l'équipe de Jersey Shore fait, non sans ironie, un parralèle acide entre hier et aujourd'hui. De nouveau, le cynisme n'est jamais loin avec l'impératif commercial de citer des références contemporaines mais donnons le bénéfice du doute aux frangins et voyons-y un pied de nez à la société actuelle. Malheureusement infructueux. Au final, le sujet semble bien être le principal problème. La candeur et l'innocence de l'humour des Trois Stooges, conservés dans le métrage des Farrely, n'ont définitivement plus leur place dans notre époque cynique. D'où l'impossibilité de les remettre au goût du jour sans en altérer la nature. Moe, Larry et Curly semblent ainsi les reflets de Peter et Bobby Farrelly, des rigolos perdus dans la mauvaise époque. Certains pourront être charmés par le côté kamikaze de la chose mais entre une production empreinte de taylorisation, des réalisateurs le cul entre deux chaises et un sujet quelque peu daté (et très limité au public américain pour le coup), Les Trois Corniauds rejoint le tout-venant d'une production familiale américaine fade, générique et même pas drôle. Laissons-passer la pluie en espérant des jours meilleurs pour les Farrelly.
The Artist
  3.5 - Bien
Présenté au festival de Cannes en compétition officielle, pré-selectionné pour la course aux Oscars, sans doute aussi pour les César, 13 millions d'euros de budget, l'acteur le plus bankable en tête d'affiche, un réalisateur apprécié autant de la critique que du public et surtout un pari audacieux. Bref, dire que The artist était attendu au tournant serait un doux euphémisme. Est-ce que l'attente fébrile valait le coup ? Oui...et non. A l'origine de The artist, il y a d'abord une idée un peu folle. A savoir faire un film muet en 4/3 à l'heure de la performance-capture, de l'IMAX, de la 3D et des blockbusters pétaradants (ce qu'est complètement notre second film). Idée bizarre certes mais motivé par un vrai désir, sincère, de cinéma. A savoir replacer le visuel, fonction première du 7ème art, au centre d'un hommage au cinéma des origines. Cette idée, ce n'est pas celle d'un artisan habile dont le cinéma français regorge mais bel et bien celle d'un vrai auteur, Michel Hazanavicius. Oui, le même homme qui a rendu culte l'espion le plus raciste, mysogine et chauvin de la planète. Et la chose apparait finalement logique car Hazanavicius s'inscrit, depuis ses débuts sur Canal +, dans le sillage du pastiche et s'attache à investir des mécaniques de mise en scène et des genres codés pour mieux les tordre et en délivrer un substrat respectueux et légérement amusé (mais fonciérement amusant). Loin d'être un recopieur, Hazanavicius est un investisseur, en faisant "à la manière de", il invente sa forme propre. Entre ses mains, le cinéma des origines promettait donc d'être à la hauteur de la saga OSS, même si l'objectif, ici mélodramatique, était tout autre. Mais ce qui marche chez Hubert Bonnisseur de la Bathe semble ici être absent d'une machine grippé par sa déférence. Triste ironie du sort. Car la grande faiblesse de The artist, c'est d'être tiraillé entre deux pôles sans arriver à trouver le point d'équilibre. Le premier pôle tient lieu d'hommage sincère au cinéma muet, et ce sous toutes ses formes. On passe ainsi du cinéma burlesque à Murnau en faisant un détour par Griffith. De ce point de vue, quand le film s'applique à décalquer la grammaire cinématographique de cette époque, il arrive quasiment à nous faire oublier qu'il est un film de 2011. Et c'est bien dommage ! Car le deuxième pôle qui tend The artist trahit ce gentil décalque pour offrir des figures cinématographiques plus modernes (la comédie musicale et des audaces à la Orson Welles), des mouvements d'appareils (généralement absents du cinéma classique) et des scènes absolument sublimes où la poésie se dispute à l'innovation. Il faut voir Peppy danser avec un portemanteau ou Georges constaté que même son ombre l'abandonne pour mesurer le potentiel sous-jacent du film. Dans ces moments, The artist devient ce que l'on voudrait qu'il soit tout le temps, à savoir le film de Michel Hazanavicius et non un travail appliqué de bon élève. Clairement, The artist n'est donc qu'un simple, quoique brillant, pastiche traversé ça et là de fulgurances incroyables. Si on devine constamment une vraie envie d'un jeu avec le genre, on sent également une trop grande déférence envers ce dernier qui bride la créativité bien réelle du réalisateur. Pour exemple, il nous faut trahir une scène clef du film. Située à la fin du premier acte, cette scène est un cauchemar sonore du héros. Ce dernier entend tous les sons sauf celui de sa voix. Au fur et à mesure de la scène, le son devient de plus en plus agressif et troublant que ce soit pour le héros ou pour le spectateur (qui, jusque là, n'avait entendu aucun son diégétique). Passé la surprise de découvrir que, non, The artist n'est pas un film muet, on est surtout excité de voir une proposition aussi audacieuse et culottée. C'est un véritable point de bascule (presque le point de départ d'un nouveau film, encore plus ambitieux) que cette scène mais Hazanavicius n'en fait rien de plus qu'une expérimentation, une bonne idée qui surnage. Et c'est cela qui frustre. Rattrapé par un vain exercice de style, le réalisateur ne fait qu'effleurer des idées incroyablement novatrices. Chaque jeu sur le son trahit, pour le meilleur, le film que l'on s'attend à voir pour le film que le réalisateur pourrait nous montrer. A savoir pas un film muet mais un film sur le muet. C'est là toute la nuance entre un grand détournement et une bonne copie. Entre l'attachement touchant mais trop pregnant à la mémoire du cinéma et une réelle modernité qui ne demande qu'à exister. Au croisement entre déférence et modernité, il apparait peut-être aussi une forme de sécurité résultante de notre époque. Le public de 2011 n'est pas forcément coutumier du cinéma muet et l'expérience, en se voulant parfois inutilement ludique, prend le pas sur l'expérimentation pour ne pas perdre une certaine audience. L'intégration d'une quantité, même infime, de son (aussi captivante et réussie soit-elle) est déjà un premier indice d'une main tendue vers le spectateur novice. Mais surtout, la linéarité et la finesse de l'intrigue ainsi qu'un nombre important de longs cartons dialogals (qui contredisent parfois la volonté de raconter une histoire par l'image) achèvent de montrer que The artist assure ses arrières commerciaux et populaires. Fait d'Hazanavicius ou de la production ? Au final peu importe sinon la démonstration que même un film aussi courageux se doit de faire des concessions grand-public pour espérer rentrer dans ses frais. Et toujours l'éternel dilemne de savoir si l'industrie veut donner envie aux gens de découvrir d'autres films muets ou ne veut simplement pas perdre trop d'argent, quitte à prendre les spectateurs pour des cons. Pour parler briévement des qualités de fabrication du film, les mots sont légérement superflus car l'image parle d'elle-même. La photographie impeccablement contrastée, le cadrage et le découpage exemplaire ainsi qu'une direction artistique enchanteresse suffisent à nous prouver que, cette année, l'argent d'une production française est avant tout passé dans le projet et non dans le nez des acteurs. Des acteurs qui, au demeurant, arrivent habilement à trouver le juste milieu entre rappel des monstres sacrés (Fairbanks, Gish,...) et interprétation personnelle, plus poussée et moderne. Un casting réhaussé d'un partenaire canin complétement cabot (trésor de gags burlesques) et de seconds-rôles prestigieux (géants américains comme John Goodman, James Cromwell et Andy McDowell qui font ici preuve d'une incroyable modestie). The artist ne peut donc absolument pas rougir de sa forme. Le film est une proposition esthétique ambitieuse et réussie. Mais au-delà de ses grandes qualités formelles et actorielles, il faut avouer que The artist péche lourdement sur le terrain du narratif. Si la construction est, là encore, exemplaire, c'est la densité de l'intrigue qui fait défaut. Pour triste preuve, le synopsis du film suffit à raconter l'histoire. On a ainsi l'impression constante d'assister à la lente illustration de l'état de fait que pose le film. The artist n'est, dans sa dernière heure, qu'une succession de saynettes didactiques qui montre, en alternance, le succès de Peppy et la déchéance de Georges. Sur une durée d'1h40, il faut bien avouer que la machine finit par tourner à vide, le scénario en rond et le spectateur de s'ennuyer fermement. Pire, de tels choix influent sur l'émotion qu'on peut éprouver. Le mélodrame est un genre qui marche toujours sur un fil tenu, sa rythmique doit être imparable au risque d'en faire trop ou pas assez. Ici, on est dans le cas du film qui en fait trop. Chaque scène du troisième acte vise à émouvoir le spectateur mais à force d'être sollicité (et lourdement), le coeur ne répond plus. A ce titre, la fin du film, qui porte en elle une réelle charge émotionnelle, ne marche qu'à moitié, ne réussissant pas à nous bouleverser bien que tout soit réuni pour. Cependant, il ne faut pas oublier que The artist était un pari. Que notre cinéma français, si frileux, ait pu produire ce film prouve qu'il existe encore, dans ce pays, des esprits qui estiment que de vraies propositions de cinéma sont possibles. De véritables alternatives aux comédies poussives et aux films d'auteurs nombrilistes gangrènant la production. Il faut se féliciter que ceux qui tiennent le cinéma dans leurs mains, Thomas Langmann, Hazanavicius ou Dujardin en tête, se mettent au service d'idées aussi folles. La chose la plus importante concernant The artist, c'est avant tout que ce film existe.
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