2.5 - Moyen
Il est parfois des projets qui, à eux-seuls, montrent le caractère névrotique de la logique d'Hollywood. En effet, de mémoire, jamais grand studio n'a mis autant de mauvaise foi dans l'élaboration d'un film que Sony pour ce Amazing Spider-man. Coincé depuis 2007 dans l'impasse d'un quatrième opus impossible à mettre en place, le studio s'est trouvé pris entre deux feux. Incapable d'exploiter encore sa juteuse licence (l'une des rares que Marvel Studios n'a pas récupérée) mais menacé de perdre les droits sous 5 ans, le studio à pris des mesures d'urgence et une décision folle tomba sur nos téléscripteurs en 2010 : un reboot. Oui, dix ans seulement après le premier opus, Sony décide de remettre les compteurs à zéro ! Tout cela pour l'amour de l'art, c'est entendu, à grands renforts de "C'est une toute nouvelle approche", "Les temps ont changé, un nouveau public veut découvrir cette histoire...", "Mon cul sur la commode", etc.... Véritable happening mercantile et cynique, contre lequel tout le monde s'insurge et polémique depuis son annonce, l'inutile The amazing Spider-man soulève les passions depuis deux ans (votre serviteur en tête) même si tout le monde attendait forcément d'en voir le résultat. Maintenant, on a de bonnes raisons de gueuler, on a vu le film !
La première chose à rétablir tient au fait de séparer la démarche, puante et hypocrite, du film en lui-même. En cela, il serait malhonnète de mettre Marc Webb (jeune clippeur dont c'est le deuxième film après 500 jours (ensemble)), Andrew Garfield, Emma Stone et compagnie dans le même sac que les producteurs. Si une chose transparait à l'écran, c'est que chacun essaye de faire de son mieux pour livrer un bon film. Marc Webb livre une mise en scène correcte, les acteurs sont justes, la direction artistique n'est pas trop mauvaise sans faire des étincelles et le script veille à approcher cette histoire connue de tous sous de nouveaux angles afin de se distinguer de la précédente trilogie. Durant une petite heure, le film est ainsi plutôt accrocheur avec son pseudo-complot en toile de fond, sa réinvention de Peter Parker en ado moins nerd (avec un côté sale petit con fidèle au personnage de la BD) et un véritable soin apporté aux rapports humains. Marc Webb sait diriger ses acteurs et en tire le meilleur afin de poser des personnages attachants et intéressants. Dans un mélange entre romcom et film indé, le premier acte vise toujours juste rayon humour, thématiques, sentiments et atermoiements adulescents et prend le temps de bien développer les choses pour laisser le spectateur s'installer dans cet univers, pourtant très familier. Une bonne surprise quand on voit que trois quarts des blockbusters actuels vont trop vite et alignent des scènes pyrotechniques pour rattraper inutilement leurs carences question personnages et psychologie. Les scènes les plus foirées en général chez les autres constituent ici les plus réussies du film de Webb. Jusqu'ici donc, tout va bien comme dirait l'autre mais si la partie Peter Parker des choses est très intéressante et agréable, le film l'est beaucoup, beaucoup moins dans la partition super-héroïque...
Car, soyons clairs, The amazing Spider-man n'en a RIEN à foutre de l'homme araignée. Tout ce qui a trait au super-héros est ici expédié, survolé ou très schématiquement exploité. Tout ce qui est constituant de la genèse de l'homme araignée est sous-traité comme si on se foutait de voir Peter Parker devenir Spider-man. Hello tout le monde, on paye un ticket pour ça ! Comme si le film devait respecter mollement les clauses du contrat, les passages obligés sont courts et réduits au minimalisme le plus strict et fonctionnel. Ces péripéties fondatrices sont vidées de toute substance, de toute ampleur dramatique, de toute répercussion et ne se posent jamais comme les jalons de la légende mais comme des péripéties anonymes. Quand on se souvient de l'importance de ces scènes chez Sam Raimi, véritables tournants dramatiques ou épiques disséminés comme autant de métaphores (passage à l'âge adulte, poids de la culpabilité,...), on est en droit d'avaler cela de travers. Car la chose est grave et va plus loin qu'une attitude je m'en foutiste et flemmarde, c'est la négation totale de l'univers investi qui est en jeu. La popularité de Spider-man, depuis plus de 50 ans, tient à la dimension iconique du personnage, à son histoire et à ses motivations, à ses actions et à leurs répercussions. C'est à ce prix que peut naître l'identification et l'émerveillement. Sam Raimi (et Stan Lee et Steve Dikto avant lui) parlait peut être d'un geek piqué par une araignée radioactive mais il prenait son sujet au sérieux car tout cela (pour lui et les fans) est toujours allé plus loin qu'une histoire fantasque : c'est la naissance d'un héros, mythe fondateur par excellence dans nos cultures.
Ici, Peter Parker se fait piquer par une araignée, se découvre des supers-pouvoirs, voit son oncle mourir et décide de devenir super-héros, certes. Sauf que quand il se fait piquer, il s'en fout, les pouvoirs il s'en balance un peu même si c'est cool, son oncle Ben (pas celui du riz) meurt sans aucune espèce d'émotion (pour un drame fondateur, c'est embétant) et Parker décide de devenir super-héros comme ça sur un coup de tête, pour le fun, sans aucune motivation préalable. Comment voulez-vous dès lors croire et vous émerveiller des exploits du fantastique homme araignée quand on ne nous donne toujours à voir qu'un pauvre zazou faisant le mariole en collants rouge et bleu et montrant sa gueule à tout le monde ? Ce Spider-man là n'est pas Spider-man, c'est une version Pepsi (la couleur, sans le goût) du héros Marvel, un acrobate-clown déguisé et non le héros ou l'icone magnifiée dont les exploits ont laissés sans voix des générations.
Le problème est, cependant, peut-être plus profond et accidentel qu'il n'y parait. L'intention du studio était, depuis le début, de s'éloigner de la ligne comic-book de Raimi pour proposer un traitement plus moderne et réaliste (le syndrome Dark Knight). Or, on ne parle pas ici d'un milliardaire et de ses gadgets face à des gangsters mais d'un mutant face à d'autres mutants. C'est un postulat fantastique qu'il faut assumer afin de le rendre paradoxalement crédible (là encore, voir Raimi pour s'en convaincre). Mais le film semble si embarassé par cette dimension fantastique qu'il tente à chaque fois de la minimiser, voir de la contourner pour ne pas avoir à la manipuler. Et paradoxalement, quand il n'a pas d'autre choix que de s'y confronter, le film verse dans l'incohérence et la série Z la plus ridicule. Il n'y a qu'à voir l'absence de réactions face à l'extraordinaire (dans ce film, personne n'ait JAMAIS choqué ou surpris par les événements) et le traitement offert au Lézard pour s'en convaincre. Raté dans sa psychologie et son éxécution (les effets-spéciaux sont, d'une manière générale, très décevants), le vilain caricatural fait office de bouche-trou de service entre les scènes afin de préparer un climax sans ampleur, anti-spectaculaire et inintéressante. Avec, en prime, l'un des plans machiavéliques les plus crétinoïdes du genre. Jamais à l'aise avec l'imposante figure de l'homme araignée et son héritage fantastique, le film sombre dans une deuxième partie bourrée de raccourcis, de clichés, d'incohérences et de scènes embarrassantes et génériques greffées artificiellement pour tenter de remplir le quota d'action requis. Une action d'ailleurs peu novatrice et loin d'être spectaculaire qui se situe dans la moyenne basse du blockbuster moderne. D'où un film complétement nul dans tous ses enjeux super-héroïques et qui tire sérieusement à l'ennui dans son troisième acte.
En définitive, le constat est là et il n'y a pas de miracle. Ce film, fait pour de mauvaises raisons et qui reste profondément inutile, est plutôt bon quand il s'intéresse à l'ado derrière le masque mais indéniablement raté dès qu'il touche à quoi que ce soit de surhumain. Marc Webb réussit dans ce qu'il connait (les personnages, leurs relations,...) mais, aussi volontaire et honnête soit-il, échoue dans le reste, par faute de compétences et d'une ligne cohérente dans l'exploitation de l'univers. The amazing Spider-man peut se ranger ainsi aux côtés du Hulk d'Ang Lee, de Superman returns ou encore de Super 8, comme ces oeuvres geek qui, à vouloir trop se prendre au "sérieux", ont délaissé leur assise imaginaire et merveilleuse. Oui, le film peut se suivre poliment (c'est l'été après tout...), d'autant que ça n'ait pas trop mal filmé et qu'il y a quelques bonnes choses mais ne vous y trompez pas, le seul Spider-man qui vaille reste le chef d'oeuvre de Sam Raimi et non ce blockbuster anonyme conçu avant tout, ne l'oublions pas, pour racler vos poches.
PS : Si jamais vous voulez vraiment tenter l'expérience, restez un peu pendant le générique, l'ouverture foireuse sur l'inévitable épisode II est visible. Qui a dit stratégie Marvel ?
Ajoutée le mercredi 8 août 2012 18:03