Ex. : Dark Shadows, Madagascar 3, UGC Paris, 69001, Marseille...
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1 - 2 sur 2 résultats
De David Fincher
Avec Daniel Craig, Rooney Mara
Film américain,britannique,suédois,allemand - Policier
Sa note :
(5)
Sa critique : Dès le générique d'ouverture, Fincher donne un avant-goût de ce qui va se jouer à l'écran. Le générique, ce n'est pas une constante chez le réalisateur, mais quand il en propose un, ce n'est pas pour bêtement marquer le début de son film. On se souvient du générique de Seven – pour beaucoup à ce jour encore l'un des plus éblouissants jamais créé au cinéma – qui, en préambule du thriller, dépeignait toute la bestialité et la minutie d'un tueur qui, contradictoirement, n'y était même pas crédité. Ici encore, il est question de livrer quelques pistes sur le caractère hors du commun des protagonistes. On assiste à la vision onirique, cauchemardesque, d'une matière fluide, froide, qui n'a de cesse de se modeler, de se métamorphoser, pour former des figures dans lesquelles se mêlent le visage de Lisbeth Salander, l'informatique, et toute la violence viscérale de ce qu'on imagine être le passé du personnage. Les enjeux sont posés : nous allons dorénavant suivre les pérégrinations d'individus torturés, que Fincher se fera un plaisir de ne surtout pas épargner. L'intrigue est plutôt complexe. Un journaliste d'investigation aux prises avec un procès pour diffamation après avoir essayé de dénoncer les malversations d'un riche financier, une hackeuse dont les compétences difficilement appréhendables n'ont d'égales que le caractère socialement instable et psychotique, et ces deux protagonistes rassemblés autour d'une affaire vieille de quarante ans à laquelle viennent se mêler meurtres inexpliqués, querelles d'une riche famille en déclin et anciens nazis. Le tout avec les noms suédois en version originale. Autant dire qu'il faudra s'accrocher pour ne pas perdre une miette du récit. Mais il en faudrait plus pour décourager Fincher, qui y plonge tête baissée avec en plus la volonté de nous tenir en haleine jusqu'au bout. Et le pari est réussi. S'il arrive à certains moment qu'on finisse par se perdre un peu dans l'arbre généalogique de la grande famille sur laquelle Mikael Blomkvist enquête, l'évolution, elle, est limpide. Et alors que le film dure presque 2h40, on ne voit pas le temps passer, happés par un récit d'une profondeur sans faille, et pris au piège par le tourbillon continuel de suspense qui en découle et que le réalisateur manie avec grâce. David Fincher livre une intrigue sans temps mort et palpitante de bout en bout. Il serait facile d'octroyer à l'histoire de Stieg Larsson tout le mérite d'ainsi captiver l'attention du public, mais sa véritable dimension naît du talent de mise en scène de Fincher, qui incontestablement le magnifie. On le savait, David Fincher sait faire des plus sinistres détails et des univers à la noirceur désespérante des fresques d'une beauté dérangeante. Il confirme ici encore son statut. Chaque plan est un tableau à la composition millimétrée, dans lequel tout est rigoureusement soupesé et où aucun élément n'est laissé au hasard. Le réalisateur vient sublimer les visages, dose la lumière avec une intelligence rare (saluons au passage le talent de Jeff Cronenweth, son directeur photo), et emplit de beauté les corps les plus disgracieux. Et quand il donne à toute cette substance du mouvement, la magie opère et tout prend sens. Dans une danse continuelle d'une fluidité extraordinaire, les actions s'enchaînent avec cohérence et naturel. Tout dans la mise en scène de Fincher est épuré, propre, particulièrement jouissif. Daniel Craig apparaît alors plus convainquant que jamais. Loin des rôles de héros qui lui auront valu ses plus beaux succès jusqu'alors, il campe avec brio cet homme tourmenté, dont on ressent malgré tout la volonté de dénouer les ficelles de la sombre histoire dans laquelle il s'est empêtré. Pour lui donner la réplique, Rooney Mara, qui jusqu'alors ne s'était révélée dans aucun grand rôle, s'avère être une partenaire de choix. Renfermée sur elle-même, et dont malgré le caractère asocial le public tombe rapidement en empathie, compatissant face à cet univers qui semble si hostile, elle donne à son personnage complexe toute l'épaisseur qu'il mérite. Trent Reznor et Atticus Ross, dont la collaboration avec Fincher avait déjà donné naissance à la bande originale oscarisée de son dernier film, The Social Network, apportent un relief supplémentaire aux scènes. Ils signent là encore une bande son d'ambiance, de thèmes lourds et grinçants, de laquelle résulte un sentiment de malaise omniprésent absolument grisant. David Fincher signe donc une nouvelle œuvre noire dans la veine et dans la suite logique de sa filmographie. En proposant sa vision de l'histoire de Stieg Larsson, dont les enjeux et les personnages possèdent toute la dimension obscure des univers froids qui le hantent, il prouve une fois encore ses talents de directeur d'acteurs et de metteur en scène hors du commun. Pour cette nouvelle leçon de cinéma, merci Monsieur Fincher.
De Terrence Malick
Avec Brad Pitt, Jessica Chastain
Film américain - Drame
Bande-annonce | Séances (1)
Sa note :
(5)
Sa critique : Alors que 2011 commençait à peine, je me souviens avoir été littéralement subjugué par le trailer fraîchement publié sur Internet de "The Tree Of Life", de Terrence Malick, sur lequel j'étais tombé par accident. Rarement il m'avait été donné l'occasion d'admirer une photographie aussi belle dans un aperçu aussi court d'une oeuvre cinématographique. Le film s'annonçait clairement d'une brillance esthétique époustouflante. Depuis, j'ai revu cette merveilleuse bande-annonce à de nombreuses reprises, les mois ont passé, le film a été sélectionné en Compétition Officielle au Festival de Cannes, et s'est vu remettre la Palme d'Or. J'étais à Cannes lors de sa première projection publique mondiale, mais les places s'arrachaient : impossible de le voir sur place. Tant pis, il m'aura fallu attendre de rentrer pour le voir dans mon cinéma local, mais j'aurais fini par le voir. Très rapidement, Malick annonce la couleur. Nous sommes là en présence d'un objet cinématographique déroutant, sans pareil, et lavé de toutes les conventions usuelles, qui sont autant de repères pour un public habitué à des scénarios construits, des enjeux évidents, et un rythme attractif. Les thèmes abordés sont ambigus, insaisissables, à l'image de l'avalanche visuelle ahurissante qu'ils engendrent. La naissance de l'univers, de la vie, l'évolution, l'enfance, le rapport à la religion, au divin, à la toute-puissance, et enfin la mort, la fin de toutes choses. Autant d'aspects qui peuvent paraître grandiloquents, voire prétentieux, mais ils ne servent que de prétexte à ce qui va se jouer sur l'écran. Car le cinéaste est un poète, et les images qu'il offre à voir sont autant de mots habilement choisis qui, mis ensemble, donnent naissance à une symphonie esthétique d'une beauté extraordinaire et émouvante. La caméra de Malick vient côtoyer l’infiniment grand, comme l’infiniment petit. Enlevés par les partitions divines des plus grands maîtres de la musique classique ou par les voix célestes de l'opéra, ces séquences prennent une dimension incroyable, vertigineuse de beauté. On assiste, comme écrasés par l'immensité de ces tableaux, aux envolées lyriques du réalisateur qui nous emmène flirter avec des cieux insoupçonnés. Lorsqu'il redescend sur Terre pour filmer ses protagonistes, c'est en caméra portée. Encore une fois, l'homme n'aime pas le conventionnel, et se contenter de traditionnels champs/contre-champs n'assouvirait pas ses ambitions créatrices. On a droit à un florilège de contre-plongées, de plongées, de travellings circulaires, autant de plans grandioses qui créent un univers où règnent les couleurs chaudes et où la lumière est quasi omniprésente. Ces phases de l'oeuvre, plus douces, plus sensibles, sont l'occasion pour notre fierté nationale, Alexandre Desplat, de faire résonner son piano, duquel émanent des mélodies enivrantes et mélancoliques. Le casting n'est pas en reste au milieu de cette gigantesque fresque poétique. Si la présence du nom de Sean Penn sur l'affiche est discutable, tant sa présence à l'écran restera anecdotique, Brad Pitt et Jessica Chastain méritent eux que leurs noms s'étalent en grandes lettres. L'acteur fétiche de David Fincher campe ici avec brio un père de famille américain aux méthodes d'éducation strictes et à la vertu tenace, dans les années cinquante. Émouvant de sincérité, la compassion naît naturellement pour ce personnage pourtant dur. De son côté, Jessica Chastain est parfaite en mère dévouée à son mari et à l'amour vibrant pour ses trois enfants. A eux deux, ils forment un couple aussi torturé que crédible. Il est aussi nécessaire de souligner l'excellente performance des jeunes acteurs interprétant les enfants du couple - et sans doute au passage le talent pour la direction d'acteurs de Terrence Malick - qui brillent de naturel. Notons en particulier la prestation du jeune Hunter McCracken, qui incarne l'aîné de la fratrie et qui s'avère être pour Brad Pitt un partenaire de choix dans la relation père-fils antagoniste à faire naître. "The Tree Of Life" est un film dont l’enchantement se mérite. Que ce soit clair : le spectateur non averti que seules les têtes d'affiche auront attiré dans la salle risque fort de ne pas en avoir pour son argent. C'est une oeuvre atypique, contemplative, lente, dans laquelle toutes les règles qui font du cinéma un art conventionnel sautent. Il n'est pas question ici pour Terrence Malick de livrer un récit clair et intelligible. C'est une ode à la beauté, un poème mystique, un voyage métaphysique à la frontière des concepts existentiels, filmé avec intelligence et une sensibilité exacerbée. Et seuls ceux dotés de cette même sensibilité auront la chance de voler plus de deux heures durant à des hauteurs grisantes aux côtés de ce génie. Pour les autres, il n'y aura qu'ennui.
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