Ex. : Dark Shadows, Madagascar 3, UGC Paris, 69001, Marseille...
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1 - 10 sur 109 résultats
De Steven Spielberg
Avec Jeremy Irvine, Emily Watson
Film américain - Drame
Bande-annonce | Séances (7)
Sa note :
(1,5)
Sa critique : Le début du siècle aura donc été l'occasion de voir Steven Spielberg sous un jour nouveau ( et meilleur ) : celui des considérations adultes, de l'abandon d'une certaine mièvrerie qui cependant ne l'aura pas définitivement quitté, apparaissant ça et là dans les films de la décennie précédente. Peut-être un peu trop nostalgique d'une époque où il faisait des films pour les gens de 7 à 77 ans ( les gens de 77 ans ayant gardé l'âme de leurs sept ans ), Spielberg replonge la tête la première dans la niaiserie et en fait la matière principale de Cheval de Guerre. Dès les premières minutes, on croit rêver. La musique est pompeuse ( et le restera tout au long des 2H26 ), et il y a une exagération globale, une tendance au mélodrame d'où aucune subtilité ne ressort ( car oui, le mélo peut être subtil, il n'y a qu'à voir les films de Douglas Sirk ). Au bout d'une demi-heure, empli d'une consternation d'autant plus gênante qu'elle est provoquée par un maître du cinéma actuel, on se dit qu'en réalité tout cela est calculé, que le début est volontairement grossier parce que Spielberg veut dire quelque chose de sa carrière, et que par conséquent, la suite du film sera bien plus sombre et mature, se calquant ainsi sur la filmographie du cinéaste. Une heure après, on se rend que le désespoir fait beaucoup de mal à l'imagination, qu'on a fantasmé par crainte, mais que rien de ce qu'on avait pensé ne s'est passé. Le film est donc constamment englué dans les bons sentiments - ce qui n'est en soi pas gênant - servis avec une grandiloquence qui empêche l'émotion. Il n'y a dans Cheval de Guerre aucune âme, aucune noblesse, et ça n'est pas dû au caractère spécifique du personnage principal ( voir King Kong et son singe humain ). Le dernier Spielberg peine à émouvoir parce qu'il s'inscrit trop, et uniquement, dans le registre du spectaculaire : qu'il s'agisse de filmer une bataille de tranchées ou un paysage, il le fait avec la même gloutonnerie emphatique. L'échelle des valeurs n'est pas à l'ordre du jour dans Cheval de Guerre. On y sent ce qui plaira à certains, cet aspect magique et propice au rêve du cinéma. Mais en réalité, Spielberg ne magnifie pas le septième art puisqu'il l'uniformise, en rendant moindre la gamme des possibles. Il n'y a en fait qu'une seule séquence à sauver : celle où, le cheval pris au piège des barbelés, deux soldats ennemis font une trêve pour lui venir en aide. La séquence est spielbergienne et trouve son écho le plus récent dans Munich, où Israëliens et Palestiniens se retrouvaient par hasard dans une même pièce mais décidaient de ne pas s'entretuer. Ici, on sent pour la première fois une émotion jaillir. Le cheval, seul non-humain du film, permet un rapprochement de paix, dans une scène tellement belle qu'on se demande ce qu'elle fait dans un film si fabriqué, trop gentil pour paraître vrai. Cette scène résume bien le fond du film, qui montre la prédominance du point de vue de l'animal dans l'histoire, et le fait que pour lui les êtres humains sont " égaux ", qu'il s'agisse d'une petite fille ou d'un soldat allemand. Au fond, l'intention de Spielberg est louable et on lui pardonne sa naïveté. Mais pas les procédés mis en place, indignes de ses talents d'auteur.
De Jacques Audiard
Avec Romain Duris, Niels Arestrup
Film français - Drame
Bande-annonce | Séances (4)
Sa note :
(3)
Sa critique : La première séquence l'annonce clairement : De battre mon coeur s'est arrêté est un film sur - entre autres choses - la relation au père. Ca n'est pas un hasard dans la carrière de son metteur en scène. Il suffit de se rappeler son premier film ou Un Prophète, oeuvres sur la transmission générationnelle et illustrant des quêtes initiatiques, passages à l'âge adulte qui sont étroitement liés à la mort, métaphorique ou pas, du père. Il y a sûrement là un commentaire sur le statut même de Jacques Audiard, fils de, qui a dû subir, comme Romain Duris dans le film, le poids d'un héritage pas facile à assumer. Le souci du réalisateur, c'est qu'il ne s'est pas débarrassé de ce qui fait problème dans les scénarios de son père : une propension à en faire trop et à tuer le réalisme. Si la mise en scène excelle dans la retranscription naturaliste par le biais d'une caméra portée qui colle au plus près des personnages, s'il y a chez Audiard une science du rythme imparable et une fluidité impressionnante qui donnent le sentiment que le film a sa propre vie, que tout coule tout seul, tout cela est contrecarré par les boursouflures cinématographiques de son auteur. Audiard en fait toujours un peu trop, que ce soit dans les dialogues surécrits ou les élans exagérés d'une caméra trop sûre de sa virtuosité. Autrement dit, gros souci : chez Audiard, on sent toujours la mise en scène, la mécanique du mouvement, la pensée du cinéaste qui a voulu épater la galerie. Autre souci hérité de son père : chez les Audiard, les mecs parlent comme des " vrais mecs " et les put...pardon, les femmes, sont rarement vues sous un angle flatteur. Filmer des personnages et ce qu'ils sont n'est bien sûr pas un problème en soi, mais quand cela se fait avec autant de bienveillance et de jouissance pour la virilité, la masculinité, le machisme, ça en devient un. Les personnages féminins ont du mal à exister, écrasées par la domination des hommes qui cristallisent l'attention d'Audiard, dont on se demande d'où lui vient une telle fascination alors que des actrices aussi talentueuses qu'Emmanuelle Devos ou Linh-dan Pham sont là, probablement dans l'attente d'avoir à jouer des personnages dignes de leur talent. Au-delà de ses défauts gênants, il y a comme dit précédemment un savoir-faire technique et narratif d'une maîtrise évidente dans De battre mon coeur s'est arrêté. Mais aussi un acteur, Romain Duris, dont la seule présence file une des métaphores du film : comment s'affranchir du poids de son passé, de son identité, et grandir ? Comment, pour Duris, laisser de côté l'image cool du héros klapischien pour devenir adulte ? Devenir adulte, c'est précisément ce qui attend le personnage du film, confronté à un choix et tiraillé entre les magouilles immobilières et le piano, la brutalité et la grâce. Sans cesse le film illustre ce dilemme moral éprouvé par Tom, jouant du montage et faisant des aller-retours entre les deux vies du personnage, passant de l'élégance de la musique à la crasserie mafieuse en un battement de coeur. Il y a quelque chose d'émouvant dans cette vision de l'art comme moyen d'échapper à l'âpreté de l'existence. Les scènes musicales constituent une forme d'harmonie au milieu du chaos sombre dans lequel est plongé Tom. Mais le revers, c'est que l'accomplissement par l'art vaut plus que celle qui en bâtit les fondations, et la prof de piano n'a aucune âme ni personnalité, pas plus que la relation qui l'unit à son élève. Cela est révélateur d'un film à la mécanique parfaite mais sans profondeur dans le propos et dans le sentiment humain. Scorsésien de par son schéma ( la rédemption d'une petite frappe ) et sa virtuosité pouvant être qualifiée de clinquante, De battre mon coeur s'est arrêté est un film à la fois brillant et agaçant, prenant et repoussant, dans le sens où les afféteries du film nous en sortent et empêchent une pleine immersion. Mais à part les éclairs brillants, c'est surtout l'absence de modestie et la prétention de son auteur qui laissent une impression de gâchis.
Sa note :
(4)
Sa critique : Scarface aurait très bien pu être un film réalisé par Martin Scorsese : on sent que cette histoire d'une petite frappe qui va s'élever puis chuter par excès d'ambition est de celles qu'affectionne le metteur en scène new yorkais. Alors nous aurions eu Robert de Niro à la place de Pacino, et une mise en scène plus rock'n'roll, énergique, excessive elle aussi. Scorsese aurait trouvé dans le personnage fascinant de Tony Montana un matériau digne de ses talents de sculpteur de formes cinématographiques brutes et extrêmes. Mais c'est De Palma qui s'y est attelé, et ce qu'on perd en énergie de mise en scène, on l'obtient en virtuosité et en suspense. Le cinéma de Brian De Palma a ceci de formidable que sa caméra ne peut pas tenir en place. C'est une machine certes, mais qui semble douée d'une intelligence supérieure et même, d'une sensibilité, simplement parce qu'on a l'impression qu'elle réfléchit ( alors que ce qui fonctionne à plein régime, c'est bien sûr le cerveau du metteur en scène ). La caméra, chez De Palma, fouille, cherche, fait le liant entre des scènes quand le liant n'est pas fait à l'intérieur même du cadre. Ainsi naît le suspense, en filmant une situation tendue, en s'en éloignant sans jamais couper pour aller filmer autre chose ( soit l'antithèse, soit ce qui va aggraver la situation ) puis en revenant au sujet initial. On peut penser que de toute manière, le suspense naît de l'écriture du film. Mais certains choix du cinéastes ne font qu'amplifier ce suspense qui serait bien pâle ailleurs. En libérant la caméra, en l'ouvrant à des possibilités de déplacements que n'a sûrement pas renié Welles s'il a eu le temps de voir le film, en suspendant le temps et par la même occasion le souffle du spectateur, le réalisateur américain crée une mécanique du suspense d'autant plus jouissive que la plupart du temps, elle ressemble à une bombe qui finit par exploser puisque l'action suit constamment la tension. L'énergie, si elle n'est pas contenue dans la substance formelle du film, a été absorbée par le personnage central. Soit Tony Montana, anti-héros excessif qui n'avait besoin de personne d'autre qu'Al Pacino pour l'incarner. L'acteur est remarquable dans la mesure - paradoxe - où on ne le remarque jamais. Il aurait été facile de tomber dans le cabotinage et le surjeu, mais Pacino les évite, se contentant de rentrer comme il faut dans la peau d'un personnage déjà assez extrême pour que quelqu'un en rajoute. Montana, dès les premières minutes du film, impose sa personnalité obstinée, frondeuse, et on sait rapidement que le personnage va être intéressant. Il a beau être détestable, il n'en reste pas moins vrai qu'il y a quelque chose de fascinant chez lui ( ce qui, au premier degré, peut être une mauvaise chose au vu de la récupération glorieuse faite du personnage par certains spectateurs ). Montana n'a aucune éducation mais il a une certaine intelligence et surtout, de l'ambition. Le problème, c'est qu'à force de s'approcher du soleil, Tony Montana se brûle les ailes. Ce qui est intéressant, c'est le côté cynique et désabusé du film, [spoiler]car si Montana chute c'est qu'il a eu de la compassion pour la première fois de sa vie ( le refus de tuer une femme et des enfants ). Alors qu'il s'est montré intransigeant, brutal et " inhumain " depuis le début ( rappelez-vous la scène de la baignoire, d'autant plus que l'enjeu était beaucoup moins important ), son seul écart de conduite lui vaudra la mort.[/spoiler] Le commentaire est triste : pour survivre, il faut sacrifier les autres. A travers cette remarque, le film dépeint l'univers sordide du capitalisme et la soif du pouvoir, d'argent, de sexe. Tony Montana expérimente bel et bien le rêve américain qui ne consiste qu'à s'enrichir aux dépens des autres. Tout le film opère une transformation : celle d'un cubain, vu comme un communiste, en américain, donc d'un capitaliste. Et c'est le système dans son entier qui est vicié puisque les banques et les forces de l'ordre contribuent à la bonne marche du crime organisé. Il n'y a d'autre loi que celle du dollar et celle du roi Midas : transformer tout ce que l'on touche en or. Sauf que Montana, comme un autre Tony après lui, finira par transformer ce qu'il touche en merde. Pacino aurait pu avoir la présence d'esprit de prévenir son personnage que ses amis, il faut les garder près de soi, mais pas trop. Parce que dans ce monde amoral les relations humaines ne sont rien face à l'appât du pouvoir, et une des dernières images montrant Tony dans son opulente maison mais seul ( dans la baignoire ) le prouve bien. Scarface, ou le destin cynique et tragique d'un personnage qui, se prenant pour Dieu et pensant contrôler le monde, se confrontera finalement à sa réalité de simple mortel.
De Frank Darabont
Avec Thomas Jane, Marcia Gay Harden
Film américain - Epouvante-horreur
Sa note :
(3,5)
Sa critique : Spoilers, attention toi qui t'aventures ici ! ( Hum ) King Darabont = film surestimé ( Les Evadés, le truc le plus over-hypé de l'histoire ). " Film " au singulier bien sûr, puisque The Mist vaut son pesant de cacahuètes. The Mist est un film censé faire peur. Et il fait peur. The Mist est donc un film réussi, CQFD. La dernière fois qu'un film m'a autant fait bondir sur mon siège ( ou mon canapé, c'est selon. Enfin, le canapé de mes parents quoi ), c'était le King Kong de Peter Jackson, et sa séquence de la grotte avec les insectes. Malgré une modélisation médiocre des bestioles, The Mist réussit à effrayer le spectateur, notamment grâce à un travail très précis sur le son et à une stylisation gore qui n'a rien de gratuit et qui est dégoûtante juste ce qu'il faut, sans faire dans la surenchère. Souvent, l'aspect " extra-terrien " ( hum ) d'un film ( paranormal, fantastique, de monstres ) permet de mettre en avant la bêtise fondamentale de l'être humain. The Mist n'échappe pas à la règle, lui qui fustige le radicalisme religieux - pas toujours très subtilement ceci dit - et qui ausculte brillamment les conséquences de la peur et de l'inconnu dans une situation donnée. Evidemment, l'ombre menaçante de George Bush plane sur le film ( comment ne pas penser au 09/11 et à la récupération politique qui s'en est suivie ? ), mais le film rappelle que la stupidité humaine n'est pas l'apanage de ces seuls événements récents : elle n'a pas d'âge et est universelle. Le film de Darabont - et avant lui la nouvelle de Stephen King - est un intéressant commentaire social, et pointe des questions pertinentes sur la vie en groupe et les problèmes inévitables naissant de l'incapacité à dissimuler l'ego de chacun derrière les besoins collectifs. On pense évidemment à un chef d'oeuvre du genre, le The Thing de John Carpenter auquel est d'ailleurs fait un clin d'oeil en début de film. Comme chez Carpenter - et bon nombre de films du genre - le huis-clos va permettre la multiplications des tensions et créer une atmosphère étouffante que le brouillard ( " the mist ", mais aussi " the fog "! ) va intensifier. Et si dans The Mist, l'aspect psychologique fonctionne plutôt bien, c'est que le film accorde une importance plus élevée que la moyenne à ses personnages. Même s'il n'échappe pas à un manichéisme un peu lourd, le film développe un tant soit peu ses personnages et donc les enjeux généraux du film. On est plus impliqué dans l'histoire parce que les hommes et femmes qui la vivent paraissent assez crédibles et sont à la fois des gens bons, des brutes, ou des truands. Ca n'est pas un hasard si un certain Blondin apparaît sur une des affiches que l'on voit au tout début. Efficace et assez terrifiant, un très bon film dans le genre.
De John Carpenter
Avec Kurt Russell, T.K. Carter
Film américain - Epouvante-horreur
Sa note :
(4,5)
Sa critique : 12 hommes en galère. Un terrible suspense imprègne The Thing du début à la fin. Le film s'ouvre sur la traque d'un chien par un hélico, autant dire qu'il s'agit d'un événement surprenant qui laisse d'entrée le spectateur dans le questionnement : que se passe-t-il ? Pourquoi une telle scène ? Et tout le film est comme ça, avec une différence ceci dit, qui suit l'évolution du scénario car dans une seconde partie la paranoïa se substitue au simple mystère. Mais toujours le spectateur est dans l'inconnu, " victime " d'une atmosphère parfaitement travaillée et réussie. C'est que la mise en scène de John Carpenter est un modèle dans sa capacité à retranscrire une certaine oppression, à distiller le doute, à installer rapidement et sur toute la durée du film une ambiance paranoïaque. J'aime beaucoup un des effets récurrents du début, quand le cinéaste utilise les fondus au noir pour conclure une séquence et développe ainsi une espèce d'esthétique du suspense. C'est une manière habile et extrêmement intelligente de jouer sur l'attente, d'autant plus impressionnante qu'ici tout est affaire de sobriété. Carpenter fait preuve d'une subtilité totale en privilégiant la mise en scène plutôt que les effets trop gratuits et faciles. Il est aidé par une composition magistrale d'Ennio Morricone, et un scénario qui, comme l'entité extraterrestre, opère des mutations d'une efficacité redoutable ( soit cette manière de passer d'un certain mystère à un autre ). Si la réflexion est d'une portée moins ample dans The Thing ( quand on la compare à ce qui se joue dans Invasion LA ou les films plisskéniens ), il n'en demeure pas moins vrai que le film établit un discours intéressant sur la nature humaine, et qu'il développe plutôt bien cette idée que l'homme est un ( chien )-loup pour l'homme. Il y a dans The Thing ce constat que l'être humain n'est pas si éloigné que ça d'une forme de vie primitive, et le film insiste sur la redécouverte de l'instinct face au danger. The Thing est très pessimiste puisqu'il désagrège la solidarité d'un groupe et laisse la place à une nécessité de survie basée principalement sur une attitude égoïste. La situation de l'action dans un lieu totalement déconnecté de la civilisation renforce cette impression d'un " retour à la nature " et à un comportement primitif. Cette vision obscure du genre humain trouve sa consécration dans la particularité de l'entité, capable de prendre une apparence humaine. Comme dans Invasion LA, l'ennemi est invisible, et surtout, il ressemble à n'importe quel être humain...par ailleurs cette bonne idée permet de renforcer davantage la paranaoïa et l'implication émotionnelle puisque le spectateur est dans la même situation que les personnages, ne sachant pas qui est qui. J'ajoute que les effets spéciaux n'ont pas pris une ride ( ou une toute petite ) et qu'ils sont juste impressionnants. The Thing est une oeuvre forte, terrifiante, terriblement intelligente, dont la qualité peut se mesurer à l'impact qu'elle aura par la suite ( parlons-en à certains développeurs de chez Capcom... ). The Thing étonne autant parce qu'il ne se gêne pas pour multiplier les références ( on pense à Shining par exemple ) tout en revendiquant constamment sa propre identité. Pour ceux qui en doutaient encore, Carpenter est un génie. Brillant.
De Darren Aronofsky
Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei
Film américain - Drame
Sa note :
(3)
Sa critique : Bon alors, un film sur le catch, le truc le plus c*n du monde avec le tuning. Enfin j'exagère un peu, c'est un peu moins stupide que ça. Surtout que, comme le cinéma, le catch est un spectacle, un art du faux. Du coup on pouvait s'attendre à un parallèle entre les deux, une sorte d'étude comparative de la part de Darren Aronofsky. Mais il n'en est rien. Pas d'analyse fouillée ni de véritable développement sur un tel sujet, et le film se contentera de rester à la surface des choses. C'est d'ailleurs ce défaut qu'on peut lui reprocher principalement, cette manie d'effleurer ses thématiques, ses intrigues, sans creuser davantage. The Wrestler est un bon film, mais c'est tout. Il promettait tellement qu'on peut finalement ressentir une pointe de déception au vu du résultat. Le scénario étant trop classique pour être intéressant, c'est peut-être du côté de la mise en scène qu'il faut chercher un éventuel salut. Mais Aronofsky ne fait que du sous-Dardenne, il séduit certes par le dépouillement qu'il propose, sa manière simple de filmer, mais il peut aussi agacer quand il s'égare dans l'absence de subtilité et qu'il tombe dans l'explicatif. C'est par exemple le montage sonore avec les cris de supporters, ou encore la lourde métaphore christique dont on retrouve ça et là des signes. Dans The Wrestler il y a aussi la figure de Mickey Rourke. A tous les sens du terme. Soit l'acteur, la personnalité que l'on connaît, et dont on ne peut s'empêcher de comparer le parcours personnel avec celui du personnage qu'il interprète : la gloire avant la déchéance. Et il y a cette figure physique, visage fatigué marqué par l'inexorable passage du temps et le poids trop lourd des années. Dans The Wrestler, le corps d'une manière plus générale est aussi un personnage central. Il est intéressant dans la manière dont il s'oppose au mental, et cela concerne particulièrement le personnage de Randy, incapable de continuer la pratique de son sport, mais qui ne peut se résoudre à jeter l'éponge. C'est que, pour lui, l'attachement du public et la passion qui anime ce dernier valent bien un sacrifice. Dans ce sens, moralement parlant, The Wrestler est un film admirablement beau pour la simple raison que son personnage principal a du coeur. Chose toute simple mais ô combien essentielle. Le corps usé passe aussi par la figure de la strip-teaseuse, qui se retrouve finalement dans la même position que Randy puisqu'on devine qu'elle ne pourra pas continuer à exercer son métier longtemps. Le film est assez émouvant quand il montre ces deux personnages rejetés, peut-être plus quand il s'attarde sur celui de Tomei puisqu'elle est " exclue " sur des considérations purement physiques et par d'autres personnages. D'une manière plus générale, le film décrit une Amérique de laissés-pour-compte, et la participation au générique de Bruce Springsteen ne fait que confirmer cette idée tant la figure du Boss s'associe naturellement à une oeuvre décryptant l'identité américaine. On regrettera une fin bâclée, mais qui finalement est parfaitement représentative du film. Car The Wrestler a la mauvaise idée de ne pas dépasser les situations stéréotypées qu'il installe. La relation entre Randy et sa fille passe ainsi complètement au quatrième plan, se contentant de tirer des ficelles faisant apparaître en grosses lettres le mot " misérabilisme ". C'est qu'il ne suffit pas de vouloir faire comme les grands - ici les Dardenne - pour y parvenir. Il manque à la mise en scène de The Wrestler une profonde sincérité qu'on ne retrouve que dans le jeu de Mickey Rourke. Ailleurs, The Wrestler est un film d'intentions trop sages, dont le manque d'ambition fait s'évaporer la puissance émotionnelle que l'on trouve chez deux fameux réalisateurs belges.
De Park Chan-wook
Avec Song Kang-Ho, Kim Ok-vin
Film sud-coréen - Drame
Sa note :
(5)
Sa critique : Vu. Et c'était très bien ( puisque vous voulez tout savoir. Spoilers à suivre ). La notion de morale est souvent interrogée chez Park Chan-wook. Elle atteint un point culminant avec Thirst, et ne cesse ainsi même de questionner le spectateur sur ce qui se joue au sein de l'oeuvre. L'idée principale du film est brillante, puisqu'elle opère la rencontre entre deux univers plutôt antagonistes : celui de la religion, et celui des vampires. L'ironie constante du film provient donc du comportement ( certes non-maîtrisé ) du personnage de Song Kang-ho, homme de foi et d'abstinence qui devient homme de chair ( ou chère, c'est selon ). A partir de là, Park Chan-wook propose un film qui donne ses lettres de noblesse au mot " amoralité " en faisant voler en éclats quelques Commandements. Ca commence par un adultère, et ça se poursuit en assassinats, commis bien évidemment un dimanche, histoire de pousser le bouchon le plus loin possible. Mais là où le film est encore plus sournois, c'est à cause de la position qu'il offre au spectateur, dont l'empathie pour le couple principal lui est difficilement reprochable ( enfin, c'est mon sentiment à moi, mais j'imagine qu'il est partagé. Je l'espère en tout cas ). Parce qu'en ayant pour cadre un foyer aussi peu reluisant que celui qui nous est présenté ( soit le premier couple, chaperonné par la mère ), le film montre très bien la condition invivable qui est celle de l'héroïne, sorte de Cendrillon des temps modernes, donc figure forcément pathétique et encline à la sympathie. Dès lors, quand la première " vraie " rencontre avec son prince charmant a lieu ( il lui offre une paire de chaussures, relecture habile du conte ), on ne peut que souhaiter que le remake de Roméo et Juliette ait lieu. Et à partir de là, et sans pathos, le film dévoile une histoire d'amour sur fond fantastico-social qui réserve de très beaux moments d'éveil. C'est l'ouverture à la passion pure des deux personnages, et le film est vraiment une oeuvre d'émancipation, qu'il s'agisse d'une révolte contre les conventions domestiques ou d'une découverte des sens, une sorte de libération cathartique d'un corps trop longtemps fermé et replié sur lui-même. J'ai entendu parler de ce film en tant que film d'horreur, mais il s'agirait plutôt - et en premier lieu - d'un film romantique ( et finalement l'horreur n'y trouve-t-elle pas précisément sa source ? ). Plus particulièrement, le Park est un drame passionnel qui réserve de somptueux moments de poésie, que le contexte nocturne évident d'une telle histoire vient renforcer. Le film propose donc un portrait intéressant de la relation amoureuse ( dans une moindre mesure, ça m'a fait penser à X-Men, et au personnage de Malicia et de son petit ami, qui ne peuvent s'embrasser sans que cela ne provoque de douleur. Ici aussi le couple finit par se dévorer l'un l'autre, comme si la relation amoureuse n'était que délétère et n'était que sado-masochisme en ne proposant que la souffrance à ceux qui la vivaient. C'est un constat lucide des rapports humains ). Tout le film est rempli de moments de grâce ( la fin, quasiment muette, qui est aussi un grand moment de suspense ), qui contrastent avec la violence du propos et le choc que provoquent les images d'un cinéaste qui ne se gêne pas pour montrer l'horreur. C'est cela qui est précisément intéressant dans Thirst, ce mélange permanent entre amour et terreur, cette capacité à lier dans un même plan le romantisme le plus pur à la violence d'une froideur dérangeante. D'où le constant intérêt du spectateur qui se demande où le film va l'emmener, en sachant cependant comment il l'y emmènera : avec une poésie et une beauté de tous les instants. Et surtout, avec une énorme dose de cinémas qui fait de ce film une fantastique expérience, intense et émouvante. Grandiose.
De Ben Stiller
Avec Ben Stiller, Jack Black
Film américain,allemand - Comédie
Sa note :
(5)
Sa critique : Ben Stiller je t'aime. Mon coming-out cinématographique dans la critique qui suit. Oui j'avais peu aimé Zoolander, mais c'est ma seule erreur de parcours dans ma relation avec Ben Stiller. Ailleurs, je trouve ce mec brillantissime. Chez les Farrelly bien sûr, chez Wes Anderson, et même dans des films moyens parce que sa seule présence garantit un minimum d'fficacité comique. Stiller c'est quoi ? Derrière la caméra, plus précisément pour Tonnerre sous les Tropiques, c'est une maîtrise impressionnante, la capacité à donner de l'ampleur à sa mise en scène et à faire un film parfaitement fluide qui rendrait jaloux à peu près tous les gens sortis d'une école de cinéma. Devant la caméra, le mec est encore plus génial. Une chose me semble récurrente chez lui, j'appellerais ça le geste inutile. Dans Tonnerre sous les Tropiques, cette notion atteint un point comique ultime. Le geste inutile, c'est donc ce qui n'a rien à faire là, ce qui dépasse, c'est un mouvement que Stiller exécute et dont le spectateur s'étonne avant de déclencher un rire dans la foulée. Ce geste fait donc tache, il dénote complètement. Ce geste - arriver au sommet d'une colline et donner un coup de pied dans l'herbe par exemple - est si puissant sur le plan comique parce qu'il est évocateur de la stupidité de son personnage. Pourquoi agit-il ainsi ? Quelles sont les raisons qui le poussent à faire ce qu'il fait ? Il y a un décalage entre ce qui est fait et ce qui devrait être fait, il y a donc une surprise constamment faite au spectateur. On ne s'y attend pas et pourtant ça a lieu. C'est l'absurdité dans toute sa splendeur, dont Stiller est un des plus grands spécialistes. Mais Tonnerre sous les Tropiques ne se repose pas sur le seul génie de son créateur - même si ce dernier laisse parler son égo en apparaissant plus souvent que quiconque à l'écran. Il y a un sens du rythme imparable dans le film, et surtout une écriture précise et diaboliquement efficace. On peut regretter la sous-utilisation de Jack Black, mais c'est sûrement parce que les deux autres acteurs principaux bouffent tout ; Stiller donc, mais aussi l'incroyable Robert Downey Junior, dont le come-back il y a quelques années est sûrement ce qui est arrivé de mieux au cinéma depuis 30 ans. Le sens comique de l'acteur est formidable, son timing est impeccable. Et il a les meilleures répliques, dont une absolument sublime : " I don't read the script, the script reads me ". J'aurais donné mon âme pour écrire ce dialogue. Si le film est aussi brillant c'est qu'il se livre à une attaque féroce et réussie envers le système hollywoodien. Des fausses bandes-annonces du début à la mégalomanie et la stupidité du producteur Cruise, tout y passe. Tout : l'égocentrisme, la bêtise du cinéma hollywoodien qui prétend dénoncer les horreurs de la guerre alors qu'il ne fait qu'accumuler cliché sur cliché et qu'il embellit la réalité, la manie de l'acteur à intellectualiser les choses, la méthode actor's studio...Tonnerre sous les Tropiques est un film sur le cinéma, qui interroge beaucoup sur le jeu et le réel, le factice, mot qui correspond tellement à cet univers où le jeu des apparences a une place prépondérante. Petit bijou d'humour, modèle de construction narrative et formelle, Tonnerre sous les Tropiques est réjouissant parce qu'il cite autant Koh-Lanta que La Nuit Américaine ( dans l'idée du moins ), qu'il porte la culture populaire à son apogée tout en creusant l'air de rien une veine théorique. Et il réussit à tous les niveaux.
De Jacques Audiard
Avec Tahar Rahim, Niels Arestrup
Film italien,français - Policier
Bande-annonce | Séances (4)
Sa note :
(3,5)
Sa critique : Regarde les hommes tombés. Un Prophète est un film de prison. Le premier plan annonce la suite : on y voit le personnage de Malik, cadré très serré, déjà prisonnier à l'intérieur du cadre parce qu'il est prisonnier d'un destin qui l'a inévitablement amené à la Centrale, menottes aux poignets. C'est très pessimiste, mais la suite enverra valser un passé subi plutôt que choisi. Pourquoi ? Parce que Malik - comme tout personnage d'un scénario intelligent dans la description des caractères et la liberté qu'il laisse à ceux qui les font vivre - va évoluer. On se croirait dans un film de Huston, sauf qu'Audiard et ses co-scénaristes laissent une possibilité de fuite salvatrice à leurs personnages quand Huston imprégnait ses films d'un pessimisme des plus noirs. A History Of Violence. Attention lieu commun : la prison c'est pas bien. Audiard le sait et va plus loin. Il organise un film gigantesque sur les institutions qui régissent le monde carcéral, leurs diverses ramifications, les luttes de pouvoir entre clans raciaux qui ont l'allure de clans de cour royale, sauf qu'ici la cour est délabrée et que les princes se sont taillés pour laisser la place à des petits malfrats sans envergure qu'il vaut mieux ne pas fréquenter. La prison c'est donc ce lieu tout en bas de l'échelle humaine où l'on pratique beaucoup ces activités primaires : bouffe, sexe, violence. Les personnages sont comme des animaux dont les cellules seraient les cages. Mais Audiard s'intéresse à Malik. Malik au début du film est tout juste adulte, mais il n'a d'adulte que ses 18 ans. Il va devoir recommencer depuis le début, grandir pour de vrai. Il apprend donc à lire et se débarrasse de son identité passée qui faisait de lui un " arabe ". Malik, Audiard, n'ont que faire de la prédestination. Malik est maghrébin mais il dépasse ce statut propice aux préjugés pour bosser au service des corses. L'individualité dépasse tout le reste, et la caméra d'Audiard collée à son personnage principal semble lutter avec lui contre les événements et les remontrances de l'adversité. Les Promesses de l'Ombre. Un Prophète est une formidable quête initiatique, celle d'un gosse paumé qui au contact d'un monde abject et dur passera du statut de regardé à celui de regardant. Deux séquences : la première rencontre avec Cesare - impeccable Niels Arestrup - et le dernier contact entre les deux hommes. Dans la première le parrain corse ordonne à Malik de ne pas le regarder quand il lui parle. Position de soumission. Et inversion des rôles à la fin, quand Cesare est à terre, sous le regard de Malick, pas aussi imposant que ne le fut celui de Cesare, mais révélateur de l'évolution qu'a connue le jeune homme. Tout le film raconte cette renaissance ponctuée par différentes étapes propres à l'univers carcéral. Malik n'a que son corps à disposition au début , et finira un pistolet dans chaque main. Entre ces deux moments une évolution notable, le passage à l'âge adulte, une prise de conscience et de responsabilités. Regarde Audiard filmer. Et la mise en scène dans tout ça ? Audiard connaît son cinéma français sur le bout des doigts, et sait très bien quel statut il y occupe. Aujourd'hui ils sont quoi, trois ou quatre à avoir une telle maîtrise formelle ? Un Prophète est techniquement impressionnant, peut-être trop. On ne peut évidemment pas reprocher à un cinéaste d'avoir du talent, mais on peut lui en vouloir quand il dit un peu trop fort qu'il en a. Un Prophète montre au bout d'un moment des signes extérieurs de richesse, une ostentation qui peut lasser le spectateur, d'autant plus que le scénario n'offre plus rien de vraiment surprenant au bout d'un certain temps. Le film use aussi de son esthétique du choc. Evidemment les événements intrinsèques s'y prêtent mais l'impression qu'Audiard ne se renouvelle pas dans son approche est bien présente. Scorsese sait parfaitement varier ses effets, imprégner le film d'un rythme tellement particulier qu'il n'en devient jamais ennuyeux. Audiard est peut-être le plus américain - ou américanophile ? - des cinéastes français, il lui reste néanmoins quelques leçons à apprendre. Cela dit la mise en scène réserve quelques moments qu'on pourrait qualifier de manniens dans leur poésie, des élans onirico-fantastiques qui ont une saveur particulière dans un film au réalisme cru. Il y a bien sûr ce personnage du début qui apparaît aux côtés de Malik, mais aussi des moments d'évasion nécessaire au sein de cet univers clos dans lequel on est enfermé pendant plus de deux heures ( le vent dans les arbres, la plage ). Un Prophète est un film plein de qualités perverses parce qu'elles se retournent contre lui au bout d'un moment. Mais l'excellent scénario et l'interprétation toujours magnifique chez Audiard l'emportent sur les défauts du film, néanmoins tellement gourmand qu'il finit par se bouffer lui-même.
De Bryan Singer
Avec Gabriel Byrne, Kevin Spacey
Film américain - Policier
Sa note :
(5)
Sa critique : Je l'avais déjà vu, mais j'en avais très peu de souvenirs. Ce film est un chef d'oeuvre, point barre à la ligne fermez les guillemets. Ne pas lire si vous n'avez pas vu le film, ça serait suicidaire. Spoilers dans the critique. Certains disent que revoir le film sans s'ennuyer est inconcevable, tant l'intérêt de l'oeuvre réside dans son twist-ending. C'est un raccourci trop facile à emprunter, et Usual Suspects a de nombreuses autres qualités inaltérables : mise en scène, interprétation, scénario. C'est aussi simple que cela, le film excelle dans tous les domaines. Il y a une atmosphère d'inconnu dans Usual Suspects, un mystère qui imprègne totalement l'oeuvre, que le mythe de Kayser Söze provoque d'un bout à l'autre. On est constamment dans l'ignorance, et quand bien même on apprend une information importante, un autre mystère et d'autres questions apparaissent immédiatement. Le scénario est un modèle du genre, faisant se succéder les missions et autres sous-intrigues de manière tout à fait fluide, alternant les époques et les points de vue d'une manière à la fois simple et complexe. C'est tortueux, mais pas gratuit, ni trop alambiqué pour qu'on soit totalement paumé. Un peu à l'image de la mise en scène d'ailleurs, puisque Brian Synger sait se montrer sobre comme plus enclin à donner de la rigueur à son film, complexifier le tout par le biais de mouvements de caméra ou d'un montage efficace. Usual Suspects est un polar incroyablement solide, ponctué par quelques séquences oppressantes et à la tension maximale. Bien sûr ce qui intéresse le plus dans le film, c'est le coup diabolique mené par qui on sait. Révélation finale ahurissante donc, scotchant plus d'un spectateur à son siège. Mais pas que. [spoiler]Usual Suspects est aussi un film sur le cinéma puisque pendant la majorité de sa durée on nous raconte une histoire qui finalement n'est pas vraie, créée entre autres façons par des noms et autres mots vus ici et là ( l'inspiration de Verbal ). McQuarrie ne fait que dire combien le cinéma - ou la fiction disons - est monumental dans sa manière magique de créer l'illusion qui trompera le spectateur. Verbal est donc une sorte d'alter ego du réalisateur - ou du scénariste, premier raconteur de l'histoire.[/spoiler] La force de l'art de la narration est immense puisque, comme le dit le film, celui qui raconte est celui qui a le pouvoir. [spoiler]Raconter une histoire - et bien la raconter bien sûr - c'est être tout en haut, posséder des capacités démiurgiques. Raconter c'est donc s'extirper du commun des mortels et devenir soit le Diable comme KS ( Söze/Spacey )[/spoiler], soit un dieu. Il est aussi intéressant de noter que certains passages sont très malins de par leur maladresse. C'est peut-être une surinterprétation de ma part, mais il y a une scène où Keaton quitte sa femme, et c'est assez cul-cul. On se dit à ce moment que l'écriture faiblit un peu. Mais le flash-back s'arrête et on a la réaction du flic à ce que vient de raconter Kint, il trouve ça plutôt niais. Le spectateur qui découvre le film ne peut évidemment pas se poser de questions, mais quand on le revoit, on se dit que c'est très brillant, et qu'en fait la niaiserie n'est bien sûr pas une erreur de McQuarrie, sinon de Kint lui-même. Mais elle est volontaire - Söze est trop " malin " pour ça - et n'est là que pour provoquer une réaction de l'auditoire. Cette scène, ce ton employé, ne sont qu'une manière pour Kint de piéger davantage son public puisque ce dernier s'implique totalement en émettant un jugement direct sur ce qui vient de se dérouler. Bon il y aurait tellement à dire sur ce film, je m'arrête là pour cette fois-ci Chef d'oeuvre incontournable du cinéma, porté par un casting hallucinant en haut duquel trône Kevin Spacey, modèle de narration et de mise en scène, Usual Suspects est un sommet dans l'histoire du septième art, qu'il faut voir et revoir... Le plus grand coup qu'un film puisse faire, c'est de nous faire penser que tout ce qu'on y voit est vrai. Et nous, comme ça, on y croit.

Ex. : Dark Shadows, Madagascar 3, UGC Paris, 69001, Marseille...
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