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Sa note :
(3,5)
Sa critique : Pour qui connaît un peu le grand n'importe quoi qu'est la filmographie de Takashi Miike (qui contient quand même quelques films épatants, comme, bien sûr, le redoutable "Audition"), la première partie de "13 Assassins" est une belle surprise : sur un thème faisant écho à l'immortel "7 Samouraïs" de Kurosawa, Miike fait preuve d'une grande retenue, de sobriété et de finesse dans la construction de scènes magnifiques, lourdes de sens et d'émotion, véritables retrouvailles avec un classicisme perdu depuis la riche époque des films de samouraïs de Mizoguchi et Kurosawa. Tout simplement parfait, et comme une divine expérience pour tout fan de ce genre de cinéma réellement envoûtant... Et puis, inévitablement, on aborde les 40 dernières minutes de boucherie qui voit certains tics du "soudard" Miike revenir au galop : flôts de sang, combats délirants, scènes invraisemblables, humour pas léger léger, il y a de quoi refroidir un peu nos ardeurs. Ces réserves émises, cette gigantesque bataille finale est soutenue par une énergie constante, et propose occasionnellement des images époustouflantes (comme cette maison qui explose, filmée avec une intelligence et un brio rares...). Si l'on ajoute une belle conclusion morale (mais pas moralisatrice, on n'est pas chez les Américains...), on quitte nos "13 Assassins" sur une bonne impression, prêts à reconsidérer notre opinion sur Takashi Miike.
Sa note :
(3,5)
Sa critique : Que Na Hong-Jin ait du talent, c'est on ne peut plus évident : après un "Chaser" très réussi, ce "Murderer" (titre français moins beau et pertinent que le titre original, "The Yellow Sea") - plus ambitieux dans sa vision de la réalité coréenne, et plus singulier aussi - confirme l'intelligence absolue et l'énergie imparable d'une mise en scène qui renouvelle les us et coutumes du polar coréen (violence, crudité, humour grotesque, mais une efficacité indéniable qui ne sacrifie jamais aux codes hollywoodiens), en injectant une lucidité que l'on pourrait qualifier de "politique" quant au fonctionnement du récit, et un vrai regard à hauteur d'homme sur des personnages qui, au début du moins, ne sont pas que des pantins vecteurs de fiction extrême. "Au début", parce que, malheureusement, après une bonne heure qui frôle la perfection absolue dans le réalisme social le plus implacable, Na Hong-Jin s'embrouille tout seul dans une intrigue inutilement compliquée, jusqu'à nous perdre un peu, avouons-le, et multiplie tellement les scènes de violence à l'arme blanche (il semble qu'en Corée du Sud, même les truands n'aient pas d'arme à feu…) que l'on atteint une sorte de saturation devant le déchaînement de sauvagerie mi grotesque, mi atroce. Heureusement, une (double) conclusion parfaite apaisera le spectateur épuisé par ce marathon, et le laissera réfléchir tranquillement à une question troublante : et si, au final, le vrai génie de Na Hong-Jin, ce n'était pas justement son refus nihiliste d'un cinéma raisonnable ?
De Michel Gondry
Avec Jim Carrey, Kate Winslet
Film américain - Comédie dramatique
Sa note :
(4)
Sa critique : On aime l'esprit fantaisiste et bricoleur de Michel Gondry, cette énergie ludique à l'oeuvre dans tous ses films, même les moins réussis (ceux dans lesquels la tendance à la régression infantile devient trop pesante, à mon goût du moins !). Le bonheur absolu que procure son "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" vient que le talent créatif de Gondry s'appuie sur une idée géniale (l'effacement sélectif de la mémoire...) et sur un scénario superbement construit, que cela soit [spoiler]l'habile flash back qui met dès le début, pourvu qu'on soit perspicace, l'histoire qui nous est contée en perspective[/spoiler], ou la remarquable apparition à mi-course d'un "sub-plot" qui sert de révélateur final. L'abattage des acteurs, qui sont clairement dans la jubilation mais n'en font pourtant jamais trop, la magie des trucages mécaniques (on est dans la lignée de Méliès et pas dans celle de George Lucas !), la mise en scène virevoltante de Gondry, toute cette "brillance" d'un cinéma "pop" servent de plus une vision pour une fois très "mature" des rapports amoureux, pour déboucher sur une conclusion aussi terre-à-terre que profondément bouleversante : c'est en affrontant l'inévitable désillusion qui vient avec le temps que le couple peut arriver à préserver le romantisme qui est au coeur de chaque vraie histoire d'amour. Bravo ! Bravo ! Bravo !
De Krzysztof Kieslowski
Avec Irène Jacob, Aleksander Bardini
Film polonais,français - Comédie dramatique
Sa note :
(4)
Sa critique : 20 ans plus tard, a-t-on déjà oublié Kieslowski, et son incroyable talent à conjuguer esthétique raffinée et évocation délicate des sentiments, voire des sensations les plus ténues ? Ce serait dommage, d'autant que l'on ne voit guère de successeur à son cinéma extrêmement émotionnel tout en restant parfaitement abstrait, voire théorique. Avant l'apothéose que constituerait la trilogie "Bleu, Blanc, Rouge", "la Double Vie de Véronique" permet de saisir toute l'originalité du regard que pose sur les êtres humains - les femmes surtout, magnifiquement filmées, car très désirées... - Kieslowski : un peu comme chez Antonioni, mais avec une grâce peut-être encore supérieure, il ne s'agit ici surtout pas de nous raconter une histoire, mais de toucher au contraire à l'insondable mystère de l'existence (sommes nous des marionettes, ou au contraire contrôlons-nous notre existence ? pourrait être le sujet - très simplifié, je l'avoue - du film). Faisceaux de coïncidences, brouillard ténu de sensations, le tout regardé derrière une vitre colorée qui déforme légèrement notre perception des personnages comme de leurs "aventures", l'ambition de Kieslowski est ici de réduire au minimum l'intelligilité de son film pour en maximiser l'impact émotionnel, ou même - oserais-je le dire ? - spirituel : il est clair que "la Double Vie de Véronique", jusqu'à sa magnifique conclusion suspendue, divisera violemment le public, entre ceux qui s'irriteront d'un formalisme excessif de l'image et de la mise en scène, et ceux qui auront rendu les armes de la logique et accepté de rêver autour d'une rencontre inouie sur une Place de Cracovie.
De Greg Mottola
Avec Simon Pegg, Nick Frost
Film français,américain,britannique,espagnol - Comédie
Sa note :
(3)
Sa critique : Levons le malentendu, "Paul" n'est pas un film de Greg Mottola, l'intéressant réalisateur de "SuperGrave" et "Adventureland", mais à 100% une "oeuvre Pegg-Frost", l'impayable duo british, qui appliquent à la culture geek et aux mythes spielbergiens le même traitement que naguère aux Zombies ("Shaun of the Dead") et aux buddy movies avec Mel Gibson ("Hot Fuzz"). Malheureusement, cette troisième cuvée fonctionne nettement moins bien que les deux premières - qui avaient été de franches réussites -, sans doute parce que l'humour y est moins "anglais", plus classiquement régressif, mais aussi parce que la part "sérieuse" du film (n'oublions pas que Pegg-Frost ne font pas de la "parodie", comme les horribles "Scary Movies" et autres, mais se contentent de jouer de manière fort respectueuse avec les codes des différents genres, c'est important de l'admettre...) est beaucoup plus faible cette fois, sans cette trivialité et cette cruauté qui indéniablement élevaient "Shaun of the Dead" et "Hot Fuzz" au dessus de la simple comédie sympathique. Il se peut aussi que, tout simplement, nous soyons déjà un peu fatigués de la célébration très à la mode de la "geekitude", ce qui fait que, au final, le plus pertinent du film soit la charge, très bien menée d'ailleurs, contre l'obscurantisme chrétien nord-américain : cette dimension réellement politique - et polémique aux USA, on l'imagine - du film laisse percevoir ce que "Paul" aurait pu être, avec un peu plus d'ambition. On attend néanmoins avec impatience, et en toute confiance, la prochaine production "Pegg-Frost".
De Kim Jee-woon
Avec Lee Byung-Hun, Min-sik Choi
Film sud-coréen - Thriller
Sa note :
(3)
Sa critique : Soutenu par une critique française très enthousiaste, "J'ai Rencontré le Diable" m'a laissé pour le moins sceptique : si l'accumulation de scènes ultra-violentes, sadiques et repoussantes, fonctionne parfaitement bien, portée par une mise en scène à la fois intelligente et efficace (le "plus" habituel du cinéma coréen, souvent virtuose et toujours trivialement terre-à-terre...) et par une interprétation époustouflante de Min-Sik Choi (oui, le héros de "Old Boy"...), je doute quand même fortement que Kim Jee-woon ait voulu donner à son film la profondeur que d'aucuns ont vue. Oui, l'humour grinçant et la déliquescence morale sont bien là, mais il n'est pas certain que cela suffise à transformer "J'ai Rencontré le Diable" en une critique sociale pertinente (comme le génial "Memories of Murder" par exemple), ou même en une simple dénonciation du thème fascisant du "vigilante", qui semble tellement fasciner les cinéastes asiatiques... Non, j'ai bien peur que "J'ai Rencontré le Diable" ne soit qu'un simple divertissement moralement pas très ragoûtant, et pas un nouveau chef d'oeuvre d'un cinéma sud-coréen qui s'essouffle un peu.
De David Fincher
Avec Daniel Craig, Rooney Mara
Film américain,britannique,suédois,allemand - Policier
Bande-annonce | Séances (490)
Sa note :
(2,5)
Sa critique : On attendait beaucoup du travail de David Fincher sur le beau matériau qu'est "Millenium", tant la convergence des thèmes préférés du réalisateur et du best seller mondial était évidente : démontage des mécanismes analytiques d'une enquête ("Zodiac"), description d'un monde désormais totalement digitalisé où la vie privée n'existe plus ("Social Network"), fascination / répulsion envers la barbarie humaine ("Se7en" et "Zodiac"), etc. "Millenium : les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes" s'avère malheureusement un échec artistique complet, et ce, malgré l'habituelle maîtrise de Fincher, qui sait composer et rythmer ses scènes, aussi bien les plus statiques (assis en face d'un écran d'ordinateur...) que classiquement dynamiques : ce qui tire le film vers le bas, c'est un très mauvais script, qui respecte beaucoup trop à la lettre le beau livre de Stieg Larsson et échoue en permanence à transmettre la complexité du processus intellectuel des héros, tout comme la prolifération de l'intrigue. Le résultat est que "Millenium..." frustre en permanence son spectateur, morcelant le récit en micro scènes peu signifiantes, construisant un rythme paradoxalement trop rapide, qui donne pourtant une sensation que le film fait littéralement du surplace, et surtout ne donnant jamais à ses personnages la possibilité d'exister réellement à l'écran, autrement que comme représentation fantasmée des créatures quasi mythiques inventées par Larssen. Au final, cette version US s'avère, malgré l'esbrouffe technique, beaucoup moins satisfaisante que la première adaptation suédoise, en partie aussi, il faut bien le dire, parce que l'interprétation de Rooney Mara est à dix pieds au-dessous de celle de Noomi Rapace dans le rôle essentiel de Lisbeth.
De M. Night Shyamalan
Avec Bruce Willis, Haley Joel Osment
Film américain - Fantastique
Sa note :
(4,5)
Sa critique : Comme tous les films qui ont marqué leur époque, et engendré trop de copies et de parodies, "le 6ème sens" est désormais usé : car combien de fois peut-on encore se laisser étonner par cette fin qui fut un jour, ne l'oublions pas, réellement stupéfiante ? Alors que nous reste-t-il du premier coup de maître de Shyamalan : sans doute surtout le sentiment d'une insondable tristesse, qui déborde de chacun des personnages, enfant comme adultes, tous accablés par un sentiment de perte irrémédiable... Perte de l'être aimé, perte de l'espoir d'être un jour entier à nouveau, perte de l'innocence bien sûr. La mise en scène de Shyamalan n'a pas encore la maîtrise qu'on pourra admirer (en fait dès le film suivant, le magistral "Incassable"...), mais suit avec discrétion, presque humilité, les trajectoires dépressives de ses héros à travers le dédale d'une ville grise.
Sa note :
(4,5)
Sa critique : "The Shop Around the Corner" est l'une des comédies sentimentales de Lubitsch les plus touchantes, sans doute un peu moins bouffonne et déjantée que ses films les plus drôles, mais lestée d'une sorte de véracité humaine, quasi sociologique, plus forte qu'à l'habitude, et ce malgré la théâtralité des situations (une théâtralité qui permet au maître, rappelons-le, de mettre en place ses fameux mécanismes narratifs qui restent toujours aussi ébouriffants, 70 ans plus tard). C'est que le scénario de "The Shop Around the Corner" se déroule dans un Budapest hanté par la misère, le chômage, la peur permanente de perdre son emploi, et les compromis incessants que chacun doit faire avec sa morale pour rester "bien vu" de son patron : il y a nombre de scènes ici où c'est ce petit théâtre-là, dans toute sa cruauté, qui prend le dessus sur l'intrigue romantique, et, en 2011, alors que nous vivons une crise similaire, on ne peut qu'être frappés par l'actualité et le réalisme de cette vision, qui pour être adoucie par l'habituelle générosité Lubitschienne, n'en reste pas moins implacable. Enfin, pour ceux qui collectionneraient les moments les plus "Lubitschiens" de la filmographie du génie autrichien, soulignons la sublime scène du suicide de M. Matuschek, tour de passe-passe d'une folle élégance.
De Mike Mills
Avec Ewan McGregor, Mélanie Laurent
Film américain - Comédie dramatique
Bande-annonce | Séances (1)
Sa note :
(2,5)
Sa critique : Il est difficile de dire du mal de "Beginners", tant son trio d'acteurs est gracieux, portant avec une légèreté jamais démentie des situations convenues et des questions existentielles complexes ("que comprend-on du couple formé par ses parents ?", "comment faire face à la sexualité de son père ?" etc. etc.), et tant la mise en scène de Mike Mills est maligne, facétieuse même, dans l'air du temps va-t-on dire, pondérant la tristesse dépressive de ses thèmes… Eh bien essayons quand même, car ce "Beginners" si subtil, si aérien, si bien troussé, a surtout créé en moi de l'irritation : cette vision d'un monde sans aspérités, gentiment gris, cette distance vaporeuse, raffinée, avec l'existence, cette manière de dire en somme "nous sommes bien trop intelligents pour prendre tout ça au sérieux", avec un clin d'oeil un peu branché à des spectateurs forcément du "même côté" que "l'auteur", ce cinéma qui ne sert plus à grand chose à part d'être simplement brillant techniquement… tout cela m'a paru bien vain, pour ne pas dire démissionnaire. Et oui, je sais que Sophia Coppola et Wes Anderson, deux cinéastes que j'admire, travaillent le même sillon, encore et encore… Mais chez Mike Mills, il y a comme un déficit supplémentaire de courage, un "trop plein" de bon goût qui fait que, non, ce n'est plus possible pour moi de suivre.

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