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1 - 10 sur 449 résultats
De Sam Levinson
Avec Ellen Barkin, Ezra Miller
Film américain - Comédie
Bande-annonce | Séances (99)
Sa note :
(2)
Sa critique : La réunion de famille qui tourne mal (en fond, un mariage): du déjà vu, mais si encore c'était réussi! Or le résultat, brouillon, est médiocre. Sam Levinson semble manquer de maturité. Ce petit bourgeois ne sait même pas expliquer précisément ce qu'il a voulu dire. Il a cherché à représenter une famille américaine type, sauf qu'il s'est planté car il nous sert là une famille cliché, plutôt riche, middle class, dont les personnages, trop façonnés, sans grand relief, ne donnent lieu à presque aucun étonnement. La référence faite à FESTEN est là pour donner une référence mais, si on se met à comparer, alors ANOTHER HAPPY DAY ressemble à un sous-sous produit assez formaté (bien qu'indépendant). Et ça se veut dérangeant! Ben ça l'est pas. Un point positif: au bout du compte, on a l'impression que ce portrait comico-dramatique tient la route. Cependant, l'illusion est grotesque. Ça ne vole pas bien haut, on se contente de dérouler les souffrances de chacun-e. Levinson a cherché à dramatiser, là où il aurait dû générer de l'humour vache. Du coup, on ne sait plus où l'on va, si c'est une comédie ou un drame; plus on avance et plus on se rend compte qu'on pédale dans la semoule. Ellen Barkin nous gonfle, comme ses lèvres; quand elle parle, on voit bouger sa grosse lèvre inférieure, qui n'a rien de naturel (bouche collagénée, visage botoxé), avec son menton qui s'avance. Joue-t-elle bien? Je n'en ai pas l'impression. Hormis Barkin qui nous sert d'interminables moues pleurnichardes, on a heureusement Ezra Miller, énigmatique; mais il campe le même genre de rôle habituel, ici l'ado cynique un peu gauche qui cherche à fuir une réalité, à travers des expérimentations extrêmes. Kate Bosworth, crédible, incarne une jeune blonde fragile, frêle, à tendance suicidaire et en quête d'assurance. Mais on ne voit pas ce que ce personnage apporte précisément à l'histoire, sinon qu'il vient rejoindre une galerie de figures névrotiques comme un fait-exprès (pour avoir la dépressive, le drogué, la suicidaire, la dinde, l'alzheimerien, etc). On ajoute le petit garçon mal dégrossi, tendance autiste, on sait pas trop pourquoi. Il s'amuse à filmer son grand-père malade, à constituer des sortes de mini-reportages, c'est bien fait mais ça n'a pas grand intérêt. La grand-mère (Ellen Burstyn), dans sa carapace craquelante, semble la plus réelle grâce à une séquence émotion efficace. Demi More n'a pas un rôle à sa hauteur; on la voudrait plus rentre-dedans, elle finit en jolie pétasse auto-satisfaite. Les répliques cinglantes se font trop rares. Au moment où ça pourrait prendre, patatras, ça s'effondre en sauce, comme si le script s'auto-sabordait là où il pourrait prendre son envol dans un certain délire. On dirait que le réalisateur ne parvient pas à oser ses scènes jusqu'au bout, donc il coupe court. Du coup, ça patauge pas mal. Pas de coup vachard, rien de bien acerbe, les caractères manquent de complexité, on a l'impression de scénettes mises bout à bout, tout ça pour une issue muette, trop sage. La prise de parole de Lynn au mariage aurait pu donner lieu à un belle pirouette, mais non, c'est le calme plat, névrose redondante en toile de fond. Quand tout le monde fait la gueule, on peut se casser. L'humour affleure, moqueur, sans jamais provoquer d'hilarité. Il faut dire qu'on doit subir les longues simagrées et mises au point larmoyantes d'une femme dépressive, grimaçante, l'expression désespérée de trois autres (le môme, l'ado, la jeune adulte), sans parler du papy qui débloque, ce qui met la matriarche à rude épreuve. Ça manque de sérieux, de vérité; on a peine à y croire. La réalisation, lisse, n'épice guère plus le film. On nous sert le mariage ricain bourge-beauf cliché, en extérieur jardin, tente rose bonbon et cocktails. Bon choix cependant que d'achever le film par un magnifique blues de Nina Simone. En bref, à voir négligemment.
De Malgorzata Szumowska
Avec Juliette Binoche, Anaïs Demoustier
Film allemand,français,polonais - Drame
Bande-annonce | Séances (71)
Sa note :
(0,5)
Sa critique : Rejoignant le cortège des très déçus, je confirme la nullité de ce film, qui promettait pourtant. On ne comprend pas où veut en venir la réalisatrice, on ne saisit pas son propos. Les pseudo métaphores (le frigo qui ne ferme pas, les coquilles, les petites blessures...) n'éveillent rien, tellement c'est lourd. Les seuls instants climactiques sont [spoiler]Joanna Kulig qui se fait pisser dessus en pelotant ses gros nichons avant de chantonner Les Feuilles mortes sur un canapé avec un vieux mec à poil à la guitare; Juliette Binoche filmée en gros plan fixe qui se branle sur le sol de sa salle-de-bain; Anaïs Demoustier qui se fait enfoncer, sans qu'on n'en voit rien, une bouteille dans le fion par un vicelard idiot sur le coin d'un lavabo.[/spoiler] C'est lent, long et creux. Au bout de 45 minutes, toujours rien, rien même de choquant! Platement, ELLES nous montre le portrait languissant d'une bourgeoise parisienne déjà mûre, riche, plutôt coincée, bloquée dans une vie bien réglée, peu épanouissante, qui fait un reportage interminable sur deux jeunes escort girls à la base étudiantes, ce qui la trouble quelque peu et lui fait lentement lâcher prise. Mais il ne faut pas s'attendre à un quelconque bouleversement! Les réactions du personnage principal sonnent faux (ou alors c'est que la bourgeoise est vraiment conne) et cela déteint sur la qualité de jeu de Binoche, qui paraît mauvaise. On voit cette Anne chez elle faire la cuisine, le ménage, songer, taper son reportage au bureau, aller aux chiottes, mais tout ça n'a pas d'intérêt. Anaïs Demoustier répond à la journaliste avec un masque de pudeur, preuve qu'Anne ne perçoit rien du réel: comment peut-elle alors le percevoir? La réalisatrice fait croire que ces deux jeunes femmes racontent tout, ce qui est faux. Ça ne tient pas debout. C'est en outre soutenu par une visée prétentieuse. Les images manquent d'audace comme de beauté, les dialogues restent chétifs, plats, le rythme évanescent. Quel gâchis, surtout pour Joanna Kulig, dont on perçoit un vrai talent. Bref, un ratage.
De Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law
Film américain - Aventure
Bande-annonce | Séances (774)
Sa note :
(4)
Sa critique : Stressant, grandiose, ce film vise avant tout à divertir et il remplit son rôle, dans un contexte historique plausible. Versé avant tout dans l'action, il diffère de très loin des vieux polars de détective mais ça n'a rien d'un navet. Les acteurs sont tous excellents, avec un bémol pour Jared Harris, dont le rôle paraît un peu trop caricatural. Guy Ritchie pose sa marque spéciale sur ce deuxième Sherlock Holmes: niveau traitement formel, on aime ou pas! Il faut en effet apprécier le style de déroulement du récit, relativement découpé et analytique, qui comporte en particulier des ralentis avec commentaires explicatifs sur les scènes de combat hard, et des flash-back rapides, en ralentis et accélérés, qui apparaissent lors de l'enquête menée. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé. Le film est truffé de dangers et d'humour. La scène du train est excellente. Les reconstitutions, les décors, la lumière, les divers FX épatent de beauté et de précision: on se retrouve dans un Paris de 1893 magnifié, avec scène à l'Opéra Garnier. Dommage que la neige, à la fin, fasse toc. Le seul épisode un peu raté, c'est le passage de la frontière, qui traîne un peu, déroule quelques paysages romantiques qui tiennent plus à l'Écosse qu'aux Ardennes, et qui au final n'offre rien de palpitant. Mais sur la durée, le récit tient en haleine. Les dialogues sont d'un bon niveau, dotés de formules et de vocables assez recherchés. Globalement, Jeux d'Ombres s'avère sans conteste le meilleur divertissement sorti depuis le début de l'année 2012.
De Keith Scholey, Alastair Fothergill
Avec Samuel L. Jackson
Film américain - Documentaire
Bande-annonce | Séances (436)
Sa note :
(2)
Sa critique : Oulalah! Un docu-fiction animalier très Disney, comprendre lisse, cliché, anthropocentrique et culcul la praline, mais bien foutu. En effet, on a droit à de belles images, à quelques plans de paysages sublimes, vraiment de ce point de vue c'est réussi. Malheureusement, on se croirait dans Le Roi Lion (décidément, qu'est-ce que c'est marketing), avec les méchants venus du Nord (troupe de mâles sous l'égide du patriarche Kali, nom de la déesse hindou de la destruction: que de finesse!) et les pauvres petits gentils du Sud, séparés par une rivière "infestée de crocodiles". Ça essaie de raconter une histoire, on utilise les bouilles toute mignonnes des bébés lionceaux et guépards ("Oh que c'est mimi!") pour faire peur, face à la menace des sales bêbêtes qui rodent ici et là. On alterne entre les lions et les guépards, avec des détours contextuels sur le gnou (en transhumance), le zèbre, la gazelle, l'hippopotame, le phacochère, le vautour, l'autruche, l'éléphant, le croco, etc. Manque plus que la girafe (regardez ZARAFA)! Le commentaire (en VF Pascal Elbé, qui ne fait pas certaines liaisons) est très anthropomorphique: on met en scène les animaux en leur donnant des prénoms, des statuts et des rapports humains, en leur prêtant des sentiments, en leur attribuant des attitudes. C'est du Disney tout craché, sensé être fait pour les enfants. On parle du père, des fils, de la fille et de sa mère, de la sœur (femelles? retirez-moi ce mot!), on ne les voit jamais s'accoupler, on évite les zooms sur la barbaque sanguinolente, on ne dit pas que des interventions vétérinaires ont (certainement) eu lieu; bref, c'est anti-scientifique, rêveur, infantilisant au possible. Tout cela s'accompagne d'une musique imposante, pompeuse mais très aérienne, plutôt agréable. Ça se regarde sans trop d'ennui. Un doc fait pour les enfants mais qui pourra plaire aux adultes, avec une mise en garde contre les commentaires lourdingues.
De Alexander Payne
Avec George Clooney, Shailene Woodley
Film américain - Comédie dramatique
Bande-annonce | Séances (318)
Sa note :
(0,5)
Sa critique : Une fois connu le synopsis, on peut se demander quel l'intérêt il y a à voir un film au script naze et dans lequel l'émotion ne passe pas. George Clooney se retrouve comme par miracle nominé pour un Oscar alors qu'il campe passablement un personnage stupide, sans intérêt. Les deux actrices qui l'accompagnent ne sont pas vraiment crédibles. On nous inflige un discours bien «Fox» sur les valeurs familiales, l'importance de l'unité, de la fidélité... Du lourd. C'est moche, mal filmé, vu et revu, plein de remplissages, d'aspects série télé. Le film démarre au bout de 35 minutes et, déjà, on n'en a plus rien à secouer. Vide. Poussif et dénué de saveur, THE DESCENDANTS (la lignée) ressemble à un pauvre téléfilm moralisateur. Il est préférable de s'en abstenir.
De Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo
Film français - Romance
Bande-annonce | Séances (484)
Sa note :
(2,5)
Sa critique : Cette romance, quasi muette façon rétro, n'a absolument rien d'exceptionnel; ceux qui sont d'avis contraire manquent peut-être de culture cinématographique. Le film de M. Hazanavicius n'est pas mauvais mais il ne casse rien non plus, faut pas exagérer. On l'a sur-vendu. C'est globalement du déjà-vu, des scènes banales, pour la plupart attendues, qui s'enfilent comme des perles, sur une trame certes cohérente mais non dénuée de répétitions, de facilités et de clichés en tous genres. L'épisode de l'arrivée du parlant, véritable chamboulement, donne lieu à une certaine originalité de traitement; malheureusement, la surprise fait vite place aux conséquences caricaturales, et on glisse dans un down-up en ciseaux ultra creux. Toute la partie centrale de l'histoire se trouve ainsi plombée par une descente dépressive d'une lourdeur barbante. THE ARTIST emprunte à Tintin, avec Haddock pour l'alcool et ses mirages, et Milou pour le fidèle petit compagnon (pourquoi ne pas nommer le chien aux Oscars, pendant qu'on y est? ;) Bérénice Béjo offre une belle performance mais elle a tendance à minauder. Jean Dujardin déroule ses grimaces et contorsions jusqu'à l'overdose. Si la musique d'accompagnement, composée par L. Bource, fait son effet (son côté répétitif peut agacer), elle manque d'ampleur comme de charme. Reste la qualité du montage, du maquillage, des costumes, des effets, qui donnent à l'ensemble une jolie allure. Mais ça n'a pas la beauté des bons vieux films noir-et-blanc auxquels l'histoire fait référence. Bref, sur fond de cruauté du star-system hollywoodien, on assiste à une love story touchante mais plate, axée sur la frustration: l'un, trop attaché à sa fierté, n'ose pas prendre les devants, quand l'autre alimente en secret un attachement fétichiste à son idole. Efficace, ce conte rétro, propret, facile d'accès, saura émouvoir les âmes fleur-bleue; mais, faute d'originalité et de complexité, il n'offre rien de transcendant.
De Clint Eastwood
Avec Leonardo DiCaprio, Naomi Watts
Film américain - Biopic
Bande-annonce | Séances (576)
Sa note :
(1,5)
Sa critique : Un biopic pénible, longuet, pesant, orienté sur la personne de John Edgar Hoover (d'où le titre-prénom, qui le distingue en outre du président du même nom). Bavard, répétitif, grisâtre, sans véritable charme, ce biopic pourrait se voir sauvé par son point de vue intimiste majeur s'il ne s'embourbait pas dans un portrait ennuyeux. D'emblée, la voix de Leonardo DiCaprio s'impose, insupportable: une diction détestable, un ton nasillard, disgracieux, déroulant une farouche propagande anti-communiste, nationaliste, une action politique paranoïaque. A défaut d'obtenir un portrait juste de cet ignoble personnage, menteur et manipulateur, on peut apprécier la place accordée aux scènes personnelles (ascendance de la mère sur l'homo castré, drame conjugal, scène de la robe...) Le cinéaste fait le choix de représenter un J. Edgar homosexuel refoulé, qui a plutôt mal vécu sa sexualité (il a dû faire face à des rumeurs de travestissement) mais qui s'est attaché à un amant, Clyde Tolson, devenu une sorte d'alter ego très proche. Puisqu'on le suit au début (la petite trentaine) et à la fin (jusqu'à 77 ans) de sa carrière au FBI, plutôt que de prendre d'autres acteurs, les mêmes se trouvent lourdement vieillis, à coup de masques, de maquillage, de prothèses et d'ajouts divers en matériaux synthétiques. Le résultat est douteux, avec un grimage excessif, repoussant, plutôt irréaliste (quand on compare aux vraies photos d'Hoover vieux). Certains trouveront ça réussi... DiCaprio fait croire qu'il joue bien alors qu'il joue médiocrement; déjà ridé à soi-disant 30 ans, il ne cesse de froncer, de faire la gueule, de jouer les pitbulls, c'est exagéré. Certes, on comprend en gros le rôle controversé du personnage (qui a multiplié le harcèlement de dissidents, les dossiers secrets, les méthodes illégales) mais la charge est clairement insuffisante. On ne saisit pas à quel point il était coriace. Tout un pan de son action est occulté, alors que l'affaire Lindbergh occupe une place centrale. Le film exprime un côté intraitable et radical mais il montre aussi une face cachée, humaine, par un profil empreint de dolorisme, presque victimaire (pov' vieux), le rendant presque compréhensif. On peut donc suspecter les intentions du conservateur Clint Eastwood. À voir pour l'audace de la thèse intimiste, discutable.
De David Fincher
Avec Daniel Craig, Rooney Mara
Film américain,britannique,suédois,allemand - Policier
Bande-annonce | Séances (488)
Sa note :
(2)
Sa critique : Ce MILLENIUM est une adaptation américaine du premier roman de Stieg Larsson (opus intitulé LES HOMMES QUI HAÏSSENT LES FEMMES), avec tout ce que cela entraîne de bon et de mauvais du fait de sa raison d'être, marketer le produit au-delà de l'écho limité d'une première adaptation suédoise réussie et convaincante. Le titre étatsunien, THE GIRL WITH THE DRAGON TATTOO, apparaît à la fois judicieux (vision punk-féminisme, 2012 année du Dragon) et faiblard (élude la dimension misogyne, discrétion du tatouage en question). Quant à LES HOMMES QUI N'AIMENT PAS LES FEMMES, c'est un titre foireux, soi-disant plus light mais en réalité dilué et trompeur. L’œuvre vise tout de même à dénoncer diverses pathologies telles que fascisme, racisme, sexisme, corruption. Or ce film manque de rigueur. Primo, ce thriller reste à l'évidence trop américanisé, non tant dans son récit que dans son rythme, son marquage. Le placement de produits finit vite par gonfler (du McDo à fond, Coca, Apple, Nokia, Ikea et autres Mercedes)! Ça fume partout, ça téléphone le portable collé à l'oreille mais surtout, ça ne parle qu'en anglais alors qu'on est en Suède, avec des Suédois! Il aurait sans doute fallu transposer le récit au Canada (comme Larsson l'avait envisagé pour son quatrième manuscrit, tenu secret): fuck (MOINS 1)!! En revanche, réalisation, montage, lumière, photo (beau travail, les reconstitutions), coiffures, costumes, maquillage sont de bonne facture, mention honorables (PLUS 1). Secondo, ce MILLENIUM n'évite pas l'écueil du traitement soporifique, la première demi-heure passée: c'est pareil que la version suédoise (en moins intense)! Si l'on reste bien fondé sur le même bouquin, on n'y rencontre ici pas de profonde nouveauté, ni de grande inventivité, ni de réel apport alternatif; il manque quelque chose, une saveur. Le style Fincher s'est-il fané? A-t-il trop attendu pour tourner? Voilà qu'il nous pond un remake concon, à l'entrain tout ratatiné. Au moment où l'envol est pris, le film entame un long vol plané, assombri par une effroyable météo et alourdi par des explications assommantes. Christopher Plummer (alias le patriarche), figure trop connue, peine à imprimer le mystère. Entraînant peut-être, mais emballant... C'est d'une facture trop lisse, peu troublante. L'omniprésence des tons froids (noirs, gris, blancs), l'homogénéité du design peuvent impressionner; or, faute de modération, l'exercice, à la limite du ridicule, nuit au réalisme et nourrit l'impression d'une œuvre factice (déco, bagnoles, vêtements: tout paraît trop calculé). Quant aux plans, ils n'ont rien de transcendant. David Fincher nous déroule les effets habituels, passables à dé-passés, en impressions de déjà-vu: ça finit par lasser et faire film de commande. Bref, le style reste fade (MOINS 1). Sans parler des sous-titres (par exemple, on lit, dans une phrase de Mikael, "si je pourrais"). Pourtant, l'intérêt refait surface dans les trois derniers quarts d'heure. Daniel Craig se révèle un bon choix, malgré peut-être un manque de fragilité apparente (profil auquel Brad Pitt aurait mieux répondu); le duo Blomkvist-Salander fonctionne, crédible (plus qu'avec Michael Nyqvist), Stellan Skarsgård (malgré son air avenant, en défaut de perversité) remplit son rôle. La sauce réussit à prendre (PLUS 1). Il est par contre regrettable de constater que, d'un point de vue global, l'émotion passe difficilement; l'effroi s'avère peu percutant, le vécu peu palpable, d'autant plus que certaines situations (recherches, timing) semblent peu crédibles (MOINS 1). Le travail d'investigation souffre d'un manque de punch. On encaisse les infos froidement, sans se sentir vraiment hâpés (RATAGE des scènes du viol et de sa vengeance en regard de la force de celles de l'original, plus posées, plus trash). Le drame central de l'enfance de Lisbeth (réduite à une seule phrase!) passe complètement à la trappe: quel dommage! Rooney Mara, si elle s'en sort bien (affublée qu'elle est de piercings), jure de fadeur par rapport à Noomi Rapace (à part le nom...) Son regard manque de feu; il semble un peu perdu, vague. L'actrice sait donner corps à son personnage mais elle ne lui insuffle pas l'esprit adéquat, tranchant: elle joue efficacement mais de façon peu habitée. Ça manque de nerfs, sauf dans l'issue, bien enlevée. Le film se rattrape dans sa dernière escapade par une vélocité soigneusement travaillée. Dénoncer la corruption des grands patrons est le thème censé donner le la. Au final, cette grosse co-production aux allures de réchauffé, reste en-dessous de la version suédoise réalisée par Niels Arden Oplev; il paraît moins fort/dérangeant, moins cohérent/fin, moins authentique. Bien sûr, on gagne en casting, en moyens financiers, en maîtrise, en son (du NIN un peu plaqué), ça paraît plus net mais ça n'enterre en rien le film suédois ni la fabuleuse Noomi Rapace, au contraire. MILLENIUM 1 US, au-delà de son apparence virtuose, manque tout de même cruellement d'âme et d'originalité.
Sa note :
(4)
Sa critique : LOVE est un excellent film sur le fond, d'esprit plutôt libertaire, dont la qualité se trouve amoindrie par une multiplication de scènes trop étirées, qui suscitent un certain ennui, somme toute relatif. Ken Russel y déploie la lutte des sexes et y explore la question de l'engagement amoureux. Dès le début, la caméra effectue de drôles de mouvement, elle fait tourner la tête; les plans s'enchaînent en se bousculant, ce qui vise de la même manière à confondre quelque peu les sens. Ce montage perturbant évoque le profond dérèglement qui anime les caractères. Il est difficile de savoir où l'on va et c'est d'abord longuet, mais il faut s'accrocher car les clashs et les retournements éclatent au tournant. La saveur de l'histoire prend alors qu'on a déjà bien avancé dans le film. On évolue dans le milieu de la bourgeoisie anglaise, au sein d'une ville minière des Midlands, dans les années folles. Au sein de ce microcosme viennent éclater le rapport des sexes et s'entrechoquer les valeurs, comme un écho prématuré à 1968. On y danse, on s'y baigne à poil, on s'y salit, on en perd la tête; ça n'est pas non plus sulfureux, sauf peut-être pour l'époque où le film est sorti. L'aspiration à l'amour y est peint sous ses différentes facettes, exprimées dans les interactions entre les personnages mais aussi de manière particulièrement métaphorique et allégorique, quitte à insister lourdement. On parcourt les sentiments fous qu'induit l'amour, sans mièvrerie, à l'exception du volet illustrant l'amour pur, cependant délibérément kitsch. Le désir homosexuel n'y est pas absent, même s'il s'exprime de façon détournée et indirecte, en particulier à travers la fameuse scène de lutte au salon, chargée d'un homoérotisme palpable. L'histoire révèle une double faille dans l'imagerie désuète de l'amour romantique: la configuration sexuée (bisexualité, homosexualité) et les limites de la monogamie, ce qui met fin à tout calcul rassurant. Rupert, le personnage principal (Alan Bates), peint d'abord comme un provocateur à tendance subversive, s'estime en quête d'un sentiment de plénitude absolue. Fougueux, il peine néanmoins à trouver son idéal, en butte aux sentiments compassés et aux affectations ridicules de son milieu. L'amour qu'il est prêt à obtenir ne parvient pas à le combler: la persistance de résistances le chagrine et ses contradictions minent son enthousiasme. Que son bonheur dépende d'un seul être équivaut à vider le reste du monde de son intérêt. Il lui en faut plus, bien plus de liberté que ce qu'offre ce simple amour à deux, piège magnifique qui se referme bien vite sur le couple asphyxié. Il rêve d'une communauté de vie façon hippie. Malheureusement, il se heurte à des esprits trop binaires, dualistes qui, certes, désirent rompre avec un passé poussiéreux mais qui ne parviennent pas à manifester une telle largesse de vue. Ainsi en va-t-il du personnage de Gerald Crich (Oliver Reed). L'amour, terme si galvaudé, bouscule les anciens référents; comme on cherche à le renouveler, on cherche sa voie, passionnellement, jusqu'à la folie. Et ce n'est pas un hasard si l'on voit passer autant de folles, de fous, de tarés même (Hermione, la mère Crich, le cavalier, etc.). Entré dans le rythme particulier du film, on peut en savourer les situations comme les dialogues, imprévisibles. L'ancien monde, plus sûr mais rigide et malade de frustrations, est déclaré mourrant; le nouveau, plus spontané, vient tout chambouler, mais il se heurte à la persistance de l'héritage ancien, qui implique un certain cynisme fait de fausseté, de compromissions et d'avidité. L'amour nouveau ne recule devant rien; il repousse les impasses, sauf que le mur est encore là, comme un obstacle infranchissable - une montagne de glace. Flirtant avec l'utopie, la haine, la mort, l'impossible, ce rêve peut-il enfin émerger? Malgré un style flamboyant et tourbillonnant, c'est souvent la mort qui plane, la dépression qui menace. LOVE (Women in love, mais aussi men in love) illustre ce chaos, entre désespoir et espérance, comme une annonce des années 1960-70 dans un milieu élitiste des années 1920. Il faut une certaine maturité pour en savourer la qualité (adolescent, je n'en avais pas perçu toutes les subtilités). Une illustration originale, puissante, languissante, irritante, terrifiante, vivifiante, servie par un superbe jeu d'acteurs.
De Jeff Nichols
Avec Michael Shannon (II), Jessica Chastain
Film américain - Drame
Bande-annonce | Séances (152)
Sa note :
(3,5)
Sa critique : Jeff Nichols parvient, avec un sujet sans prétention, à générer une atmosphère saisissante, tourmentée. On suit le moment où un homme ordinaire (Michael Shannon, dans son rôle), entouré d'une femme aimante (Jessica Chastain) et d'une fillette atteinte de surdité, bascule dans la psychose. À travers des cauchemars, Curtis souffre d'hallucinations multisensorielles éprouvantes, dont il redoute la répétition. Il devine bien qu'il s'agit là d'un trouble mental, en rapport avec sa mère (une trauma d'abandon en voiture); pourtant il n'arrive pas à s'en extraire. Entraîné dans un délire paranoïaque malgré lui, Curtis se referme donc sur lui-même, obsédé par un objectif, construire un abri pour échapper à une tornade phantasmée. Car c'est déjà l'ouragan dans sa tête. Sur ce point, le film l'exprime en visions démentes mais le personnage adopte une attitude assez consciente de son problème pour brouiller les pistes. Ces visions, ne sont elles que névrose d'origine familiale ou mystérieuses prémonitions? À travers son regard, on se retrouve happé et questionné. Quoi qu'il en soit, ses démons l'amènent à s'éloigner progressivement des impératifs de la réalité sociale et économique, au risque de la honte, du pathétique, du déclassement. L'image est magnifique, les effets spéciaux sobres et élégants (une pointe de fantastique), le fond musical, symphonique, somptueux. Par contre, le rythme est très lent, disons posé, sans pour autant virer soporifique. On ressent une ambiance lourde, paisible en apparence, de fait écrasante. L'austère précision, la finesse des situations et des rapports psychologiques, apportent à TAKE SHELTER une qualité de fond; ça se tient. Le film laisse...une porte ouverte sur l'interprétation d'un tel cas. En effet, à ces hallucinations démentes s'adjoindrait une capacité prémonitoire. Ce qu'on nomme maladie mentale peut aussi révéler une part de vérité qu'on préfère éluder, une noirceur dont on préfère éviter la confrontation. D'aucun peuvent en outre y percevoir l'allégorie d'une civilisation étatsunienne en pleine perdition, fissurée, figée – promise à l'achèvement. On le savoure ainsi, ou on est déçu. Ce thriller psy, qu'il faut reconnaître dilué, longuet, un peu fade, aurait pu gagner en force mais il reste assez troublant sur grand écran, pour peu qu'on y soit sensible.

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