Maiwenn, Gallienne, Kheiron... : 8 réalisateurs qui jouent leur propre histoire
Ils écrivent et incarnent leur propre histoire sur grand écran. De Cyril Collard et ses Nuits Fauves à Kheiron et son Nous trois ou rien, focus sur ces metteurs en scène français qui se sont focalisés sur un moment clef de leur vie et l'ont rejoué à leur manière au cinéma. (Laetitia Ratane)

Une déclaration d'amour filiale

Film Nous trois ou rien

"Ce film n'est pas inspiré d'une histoire vraie, c'est une histoire vraie" : pour son premier long métrage, l'humoriste et acteur Kheiron choisit de mettre en scène le destin hors du commun de ses parents. Se glissant lui-même dans la peau de son père, il rejoue aux côtés de Leïla Bekhti leur départ de l'Iran pour la France en compagnie de leur fils. 

Sans faire l'impasse sur la situation politique du pays, il injecte à ce contexte tragique une dose de légèreté digne des éternels optimistes qu'étaient ses parents, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l'amour familial au coeur de la banlieue avec un recul et un humour remarquable.


"Quand j’étais enfant, ma mère disait : « Les garçons et Guillaume ». Ce "et" m’a fait croire que pour rester unique aux yeux de cette Maman sans tendresse mais extraordinaire, pour me distinguer de cette masse anonyme qu’étaient les garçons, il ne fallait surtout pas que j’en sois un. J’ai tout fait pour être une fille, donc, et quel meilleur modèle que ma mère ?"

Dans cette adaptation pleine d'amour et d'humour de sa pièce éponyme, Gallienne incarne son propre rôle mais aussi celui de sa mère, selon une savante mise en abyme qui raconte comment il a commencé à jouer, en commençant justement à l'imiter. Et comment il a compris qui il était à la faveur d'un coming out inversé...

Mon film, mon fils, ma bataille

Film La Guerre est déclarée

La Guerre est déclarée naît de la collaboration intime d'un duo de cinéma peu commun : Valérie Donzelli, et Jérémie Elkaim, deux acteurs désireux d'écrire (à deux) puis de mettre en scène (elle-seule) ce qu'a réellement traversé leur couple passé. Leur sujet ? La maladie de leur fils, atteint d'un cancer et la rupture amoureuse parentale qui a suivi.

Leur choix ? Etre poétiques tout en restant réalistes, être vrais sans être complaisants, et transformer le moment le plus douloureux de leur vie en un combat positif, du côté de la pulsion de vie, de la musique et du décalage. Magique.

Après un one woman show Le Pois Chiche, qui l'aide à régler ses comptes de façon détonnante avec son passé, Maiwenn se lance dans l'aventure du cinéma en 2006. En trois semaines à peine, elle écrit, produit, réalise et joue dans Pardonnez-moi, une autofiction racontant la révolte d’une future maman, ex-enfant battue par son père, qui confronte sa famille à ses mensonges et à ses non-dits.

La réalisatrice y exprime les blessures béantes de l'enfance et suscite le malaise autant que l'admiration par sa manière d'entremêler avec science le fantasme et la réalité. Un cri du coeur et une thérapie personnelle viscérale qui ravissent autant qu'ils choquent les spectateurs.

Adaptation sur grand écran des albums de bande dessinée homonymes écrits et dessinés par Marjane Satrapi, Persepolis est son premier long métrage réalisé aux côtés de Vincent Paronnaud. Seize ans de sa propre vie et de celle de sa famille "avec tout ce que vous voulez forcément enfouir, oublier", rendus universels par le recours à l'animation, au noir et blanc et à l'onirisme.

De sa jeunesse à Téhéran (avant la chute du régime du Chah) à son adolescence à Vienne en passant par la guerre contre l'Irak, tout est passé au crible par la réalisatrice qui, avant le chef d'oeuvre d'Ari Folman, Valse avec Bachir, ose l'autofiction animée, entre quête de réalité et de vérité et belles histoires à créer et raconter. Le tout avec humour et émotion.


Il a été l'assistant-réalisateur de Maurice Pialat (A nos amours) avant d'oser lui-même se poser derrière la caméra. A 35 ans, en 1992, le romancier et musicien Cyril Collard réalise Les Nuits fauves, récit fiévreux et engagé de son propre destin de jeune homme bisexuel, atteint du SIDA. 

Cri urgent de désespoir face à la vie qui s'enfuit, son film brut et brutal bouleverse une génération toute entière, confrontée pour la première fois à la réalité de cette maladie et, trois jours avant la Cérémonie des Césars, au décès inacceptable car violent de son auteur, couronné à (juste) titre posthume (Meilleur film, Meilleure première œuvre, Meilleur espoir féminin pour Romane Bohringer et meilleur montage)...

Une quête personnelle qui touche le spectateur en plein coeur

Film Il est plus facile pour un chameau...

"Il y a le personnage de la mère, de la soeur, du frère et du père, les origines italiennes de la famille, j'ai rendu les choses assez transparentes, volontairement. J'aurais même pu garder mon nom, ça n'aurait rien changé, parce que je crois que le cinéma transforme les gens en personnages, les vies en histoires."

Avec Il est plus facile pour un chameau, Valeria Bruni Tedeschi ose des premiers pas autobiographiques risqués derrière la caméra. Son talent ? Parler de soi en parlant à tous dans une quête d'amour aussi personnelle qu'universelle, tracée sans complaisance, avec plein d'humour, de légèreté et de liberté.

Avec Boxes, la chanteuse et comédienne Jane Birkin choisit de parler de sa vie et plus précisément de son statut de femme de plus de 45 ans confrontée après l'envol de ses enfants, à son passé chargé et à son futur incertain. Se mettant en scène dans sa propre maison de Bretagne, la cinéaste pousse l'expérience jusqu'à convoquer ses propres actrices de filles sur son projet. 

Son audace ? Faire incarner Charlotte Gainsbourg (qui a refusé d'y participer) par sa cadette Lou Doillon ou encore faire défiler autour d'elle ceux qui dans sa vie ont le plus compté, personnes vivantes comme... décédées. Un déballage intime fantasque mais sincère, qui évite étrangement toute forme de narcissisme.

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