L'Humour à mort en 6 vidéos : hommage aux dessinateurs de Charlie Hebdo
Découvrez 6 extraits du documentaire L'Humour à mort, réalisé par Emmanuel et Daniel Leconte. Le long-métrage revient sur les attentats du 7 janvier 2015 ayant coûté la vie aux dessinateurs de Charlie Hebdo, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré et aux autres victimes civiles de cette attaque terroriste meurtrière. À l'aide de témoignages et d'images d'archives, les documentaristes rendent hommage aux disparus en livrant une ode à la liberté d'expression, cherchant à faire perdurer l'esprit de révolte du 11 janvier 2015.

Synopsis : Le 7 janvier 2015, l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo est victime d'une attaque terroriste qui coûte la vie à douze personnes dont les plus grands dessinateurs de presse français, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré. Le lendemain, une policière est tuée dans la rue. Le 9 janvier, une nouvelle attaque vise des juifs de France. Quatre otages sont assassinés. Ce film est un hommage à toutes ces victimes.

Le saviez-vous ? Parmi les personnalités extérieures à Charlie, Emmanuel Leconte et Daniel Leconte ont choisi de donner la parole à Soufiane Zitouni ou Elisabeth Badinter, comme l'explique le second : "Élisabeth Badinter fait partie de l’histoire : elle s’est engagée aux côtés de Charlie et surtout, elle a mis en garde contre le danger de « ne pas nommer les choses ». Car, dit-elle, par peur de les nommer, on ne nomme pas le reste. Ses propos sont lumineux. Soufiane Zitouni fait lui aussi partie de l’histoire parce qu’il a écrit une tribune dans Libération intitulée « Je suis Charlie ». Pour un intellectuel musulman, sortir du bois à ce moment-là et écrire « Je suis Charlie », puis expliquer que les dessins de Cabu étaient conformes à la volonté du prophète, c’était courageux. En tout cas, on ne voulait pas solliciter d’experts : ceux qui prennent la parole ont une raison évidente d’être là."

 

Le saviez-vous ? L’émotion et le sentiment de révolte étaient encore plus palpables au moment où Emmanuel Leconte et Daniel Leconte ont tourné les images du film qu'au jour d'aujourd'hui. Le second explique que ce projet « à chaud » s’est monté en deux temps : "Il est d’abord né du désir d’Emmanuel qui, sidéré par les événements de janvier, est venu me voir en me disant « Il faut faire un film sur Charlie ». Quand je lui ai répondu qu’il existait déjà, avec C’est dur d’être aimé par des cons, il m’a expliqué qu’à partir des rushes inédits de 2008, il y avait de quoi faire un autre film. On a compris que c’était une manière de redonner vie à nos amis assassinés, de leur redonner la parole. Un peu comme si les victimes répondaient elles-mêmes aux tueurs en leur disant : « Vous avez hurlé que vous aviez tué Charlie, la preuve que non. On est toujours vivants ». Et puis il y a eu le soutien de Canal+ qui a tout de suite accepté de rentrer dans le film et de notre distributeur Pyramide qui au même moment a organisé partout en France des séances de C’est dur d’être aimé par des cons au profit de Charlie Hebdo en partenariat avec les cinémas."

Le saviez-vous ? Les évènements de la journée du 7 janvier ont fait figure d'un électrochoc, un de ces moments où le temps s’arrête.Emmanuel Leconte s'est alors rappelé du documentaire que Daniel avait fait quelques années auparavant, C'est dur d'être aimé par des cons, centré sur le procès de Philippe Val (à la tête du journal Charlie Hebdo durant dix-sept ans) lié aux douze caricatures danoises ayant déclenché la colère des musulmans : "J’avais suivi de près le procès, j’étais dans les coulisses de tournage et j’avais pu rencontrer Charb, Cabu, Tignous et les autres… En regardant ces images, j’avais l’impression de redécouvrir un trésor perdu, d’avoir accès à ces gens dont on nous avait tout à coup privé. À l’époque, ils nous racontaient quel était leur rôle dans la société, un rôle que plus personne ne voulait jouer car les débats étaient devenus clivants. Se replonger dans ces images c’était non seulement trouver un refuge mais aussi avoir la sensation d’entendre des paroles de résistants : car oui, c’étaient des gens qui résistaient. Je me suis dit « il faut absolument les entendre de nouveau. C’est inadmissible qu’on leur cloue le bec ». Il faut dire aussi que Daniel avait tissé des liens très forts avec et je le sentais totalement détruit. Je l’ai donc un peu poussé à faire le film. Dans les 48 heures qui ont suivi, je me suis replongé dans les images et on s’est dit « on va faire un film et c’est eux qui remettront les points sur les i, c’est eux qui reprendront la parole ». Ils avaient tout l’arsenal argumentatif pour défendre leur point de vue mais on n’a pas voulu les écouter."

Le saviez-vous ? Les metteurs en scène ont été tous les deux dans la manifestation du 11 janvier avec les gens de Charlie qui étaient surprotégés et terrassés par l’émotion. Mais ce n'est pas à ce moment qu'ils ont pu leur parler du film. Ils ont commencé par monter des morceaux d’images sans savoir précisément comment les ordonner. Fin février, Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, leur a proposé de présenter le projet devant la rédaction de Charlie et c'est ainsi que Emmanuel Leconte et Daniel Leconte ont planché comme pour un grand oral. "On s’est retrouvés face à des gens traumatisés par les événements, par ce qu’ils sont devenus aux yeux des médias et qui avaient une pression terrible sur les épaules. C’est dans ce contexte qu’on leur a annoncé qu’on voulait faire un film avec eux !", se souvient le premier, le second poursuivant : "On leur a dit qu’on avait besoin d’eux et qu’on ne pourrait pas faire le film sans eux. Le premier à nous donner son accord a été Patrick Pelloux. Le seul à nous répondre qu’il ne ferait pas d’entretien a été Luz. Il l’a dit publiquement. Non pas parce qu’il n’était pas d’accord avec la démarche. Mais parce qu’il était encore sous le choc et qu’il n’avait pas les idées claires pour relever ce défi. On a bien aimé sa façon de dire non. C’était digne et intellectuellement honnête." 
Puis il y a eu la phase des grands entretiens avec les gens de Charlie Hebdo : "On a été fascinés par leur résilience, par l’aplomb de Riss, de Coco ou de Portheault. Quelques semaines plus tôt ils avaient vécu une attaque terroriste, et pourtant leur discours était encore affûté. Ils dégageaient une sérénité, une sincérité, qui nous ont fait du bien et qui nous ont impressionnés", note Emmanuel Leconte.

Le saviez-vous ? En tournant ce film aussi vite après les événements de janvier, les réalisateurs ont cherché à lutter contre la volatilité des informations dans les médias et l’opinion publique. Il s’agissait ainsi de faire perdurer l’esprit de révolte du 11 janvier et rattrapper le temps perdu, comme en témoigne Emmanuel Leconte : "Entre 2007 (année des caricatures de Mahomet) et l’attentat de 2015, il y a un sentiment de gâchis terrible. On se dit d’abord qu’on a perdu des êtres formidables et on se dit aussi que le cirque médiatique va réécrire toute cette histoire à l’envers. Toutes les réactions qui ont eu lieu par la suite et qui consistaient à déconstruire l’esprit du 11 janvier, cette volonté de détruire ce moment de communion incroyable, nous, on voulait s’y opposer. C’était pour nous comme un deuxième attentat." 

Le saviez-vous ? À la fin du tournage, Emmanuel Leconte et Daniel Leconte disposaient d'une trentaine d’heures de rushes. Emmanuel a depuis le début travaillé sur les images et les images d'archives : "C’était un vrai pari de faire parler des gens en 2007 en répondant à des événements de 2015", explique-t-il. Daniel Leconte était très mobilisé sur les nouveaux témoignages à recueillir de la galaxie Charlie. Ils ont en revanche travaillé ensemble sur le montage (à la fin du tournage, Emmanuel Leconte et Daniel Leconte disposaient d'une trentaine d’heures de rushes).

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