Ces expériences réelles (et dramatiques) à échelle humaine
En salle cette semaine, le film "Experimenter" revient sur la célèbre "expérience de Milgram", qui visait à étudier la question de la soumission à l'autorité chez l'Homme. Et les résultats furent glaçant... Le cinéma s'est ainsi quelques fois inspirés de ces -vraies- expériences aux conséquences parfois désastreuses...

"Se plonger dans Milgram c’est devenir plus nettement conscient, des limites de la routine et des contradictions de notre vie quotidienne, de la façon dont nous sommes responsables ou pas de nos actes et de nos pensées" explique Michael Almereyda, le réalisateur du film Experimenter. En 1961, à l'Université de Yale, le professeur de psychologie Stanley Milgram conduit une expérience sur la question de la soumission à l'autorité qui deviendra la célèbre "Expérience de Milgram". Très vite les résultats de ses recherches et les méthodes employées dérangent et déclenchent une vive polémique. Le scientifique voulait notamment s'interroger sur l'obéissance aveugle d'une grande majorité d'allemands durant la période nazie.

L'expérience, premier film en tant que réalisateur d'Oliver Hirschbiegel, fut un colossal succès en Allemagne à sa sortie en 2001, et fut couvert de prix. Adapté du roman Black Box de Mario Giordano, il est en fait une transposition de la fameuse et traumatisante expérience de Stanford qui eut lieu en 1971. Dans le film, 20 volontaires sont enfermés. Des hommes ordinaires, dans un univers carcéral. Huit d'entre eux sont désignés pour être les "gardiens", les douze autres étant les "prisonniers". La règle est simple : comme dans une vraie prison, les détenus doivent obéir aux gardiens qui sont chargés de faire régner l'ordre. Progressivement, la situation se détériore, la frontière entre l'expérience et la réalité devient de plus en plus floue...

Quand Hollywood flaire un bon filon avec un film étranger, il y a le plus souvent un remake à la clé. En 2010, le remake du film allemand L'expérience sortait. Réalisé par le créateur de la série Prison Break, Paul Scheuring, il mettait en scène Adrien Brody dans le rôle du détenu rebelle, tenu dans le film d'Oliver Hirschbiegel par le solide acteur Moritz Bleibtreu.

L'expérience de Stanford... Ou l'effet Lucifer

Film The Stanford Prison Experiment

L’expérience de Stanford (également appelée l'effet Lucifer) est une étude de psychologie expérimentale menée par le psychologue Philip Zimbardo en 1971, et liée aux effets de la situation carcérale sur le comportement humain. Prenant la forme d'un jeu de rôles de 2 semaines, elle fut réalisée avec 24 étudiants censés incarner des gardiens et des prisonniers. Cette étude démontra que c'était la situation plutôt que la personnalité des participants qui était à l'origine de comportements parfois à l'opposé des valeurs revendiquées par les même participants avant le début de l'étude. Punitions physiques, manipulations psychologique, humiliations sexuelles... L'expérience fut à ce point dramatique que le scientifique y mis fin avant son terme, tandis que les "cobayes" prisonniers présentèrent de très graves troubles émotionnels.

"Peut-il apprendre notre langage si on l'élève comme un homme ?" Telle était la tagline du film le Projet Nim. Nim Chimpsky, le héros chimpanzé de ce remarquable et bouleversant film documentaire, est né en 1973. Il est le septième de sa fratrie. Dès sa naissance, l'animal est enlevé à sa mère et immatriculé "numéro 37", puis choisi pour être l'objet d'une expérience. Elevé comme un enfant humain, apprenant le langage des signes pour communiquer, il grandit ainsi dans une famille américaine ordinaire. C'est Stephanie LaFarge, 36 ans, titulaire d’un diplôme de psychologie, qui a accueilli le chimpanzé Nim chez elle. Mère de sept enfants, elle a intégré le singe dans sa famille comme s'il était l'un des siens. Après quatre ans d'apprentissage dans la famille humaine, le scientifique responsable du projet déclara que le chimpanzé avait développé un vocabulaire de plus de 100 mots. Les étudiants qui observaient l'animal ont répertorié 20 000 combinaisons exprimées en langage des signes.

En Allemagne, aujourd'hui. Dans le cadre d'un atelier, un professeur de lycée propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d'un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature, dont les conséquences vont s'avérer tragiques... Selon le réalisateur du film, Dennis Gansel, c'est le manque d'idéaux du monde actuel qui le mènera à sa perte: "L'individualisme et l'atomisation de nos sociétés ne pourront pas fonctionner éternellement. Un tel contexte créé inévitablement un vide, et le danger est qu'un nouveau "isme" se présente pour le remplir", déplorait-t-il. En suivant ses peurs et en écrivant certaines scènes de façon parfaitement intuitive, les scénaristes ont ainsi collé au plus près de ce que Ron Jones, le professeur à l'origine de cette expérience, avait effectivement vécu à l'époque. Glaçant.

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